Pourquoi l’école est foutue

Pourquoi l’école est foutue

Marronnier.

Bac 2018 – Consignes, pressions, menaces : comment on gonfle les notes du bac (Le Point)

« Virginie Subias Konofal, agrégée de lettres classiques et auteur de Histoire incorrecte de l’école, est persuadée que l’inspection ne se gêne pas pour passer derrière les correcteurs. Et elle a de fortes raisons de le croire. Un jour, alors qu’elle était en train de corriger des copies du bac de français, dont certaines étaient « vraiment indigentes », elle reçoit un coup de fil de son chef de jury. « Il faut que votre moyenne remonte de 3 points, lui ordonne l’enseignant missionné par le rectorat. Soit vous remontez tout votre paquet de 3 points soit vous piochez au hasard certaines copies que vous remontez de 6 points. » Virginie Subias Konofal refuse d’obtempérer. Réponse du chef de jury : « Si vous ne le faites pas, je le ferai ! » »

Etc.

On ne va pas redire une énième fois que tous sont complices à commencer par les « parents d’élève », ces papas et ces mamans, transparents et bienveillants, qui n’ont par ailleurs pas que ça à foutre que d’élever leurs enfants, ni même de les éduquer, ouvrant par là toute grande la voie de la facilité à des enseignants à qui leur hiérarchie demande (exige, s’il le faut) d’autre part de surtout faire semblant, et même, de fil en aiguille, de faire semblant de presque plus rien tout au long des années de « scolarisation » des enfants, et, et, et… tenez, ça m’épuise de devoir encore rabâcher ces évidences ; ce qu’il faut surtout se dire, c’est que le « réel » est mille fois pire,  l’effondrement mille plus avancé, et probablement irrémédiable, du moins avant un siècle ou deux, que tout ce que l’on peut imaginer. C’est de toutes les façons une règle constante, quasi une loi de la physique.

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Là encore, on est embêté : faut-il dénoncer une nouvelle atteinte au très peu qui pouvait encore subsister ici et là, du fait de quelques rarissimes professeurs, afin de faire place tout à fait nette à l’idiotie générale, à l’oubli systémique, à l’addiction amibienne à la camelote spectaculaire et ses stimuli ? Faut-il considérer que depuis belle lurette, sinon depuis toujours, philosophie et scolarité sont parfaitement antinomiques, que « l’enseignement » de la chose est non seulement, presque par définition, son tombeau mais que, en l’état de déculturation générale où nous sommes tombés depuis bon an mal an près d’un siècle (et pas seulement 40 ans), c’était une discipline pitoyablement ramenée à une usine à produire des dissertations inutiles ou a permettre à divers « intellectuels » (guillemets de rigueur) — tout aussi inutiles — de dégoiser à l’infini ? Autrement dit que cette dernière péripétie (après le latin, le grec, la littérature, les « humanités »…) est parfaitement négligeable, ne mérite qu’un sarcasme ?

Doit-on se dire, pour tenter une analogie, que, tel un artiste musicien qui sait bien qu’il y a très peu, vraiment très peu, de personnes dans la salle — voire aucune, absolument aucune — pour entendre ce pourquoi, dans le meilleur des cas, il joue à chaque fois sa vie, et qui, malgré les tousseurs, les avachis du premier rang, les dilettantes, les représentants de leur surface sociale, les spécialistes, les prétentieux et les bavards, communie dans la musique et par sa grâce, tel cet artiste (il en reste beaucoup, et parfois forts jeunes, ce qui est une sorte d’anomalie à mes yeux incompréhensible — pour ne pas dire de miracle — et donc, contre toute raison, un espoir), tel cet artiste, faut-il persévérer ; ou bien tirer le rideau, une bonne fois, se retirer tout à fait.

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