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Réconciliation

Sur notre déréliction civilisationnelle et sur les manifestations du délire contemporain.
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Re: Réconciliation

10 Juin 2017, 12:04 Message

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Re: Réconciliation

29 Juin 2017, 10:10 Message

Embarras de la post-modernité : le passé, en tout et toujours, nous précède ; le déconstruire, le vouer aux gémonies, le nier, le congédier, organiser son oubli : rien ne permet de s'en débarrasser tout à fait.

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Re: Réconciliation

8 Juillet 2017, 10:39 Message

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Extrait de "Lire Être et Temps de Heidegger", dernier ouvrage de Marlène Zarader.

Un livre dont on se dit que la lecture n'est pas indispensable, que l'on ouvre toutefois au regard du très grand crédit dans lequel on tient l'auteur (remarquables "Heidegger et les paroles de l'origine" et "La dette impensée. Heidegger et l'héritage hébraïque"). Un livre qui, de fait, vous prend très vite à l'occasion de l'explicitation pas à pas, paragraphe après paragraphe, des difficiles premiers pas de ce qui constitue une sorte d'épopée foncièrement inactuelle, un livre à visée "pédagogique" (au meilleur sens du terme) qui contribue pour une certaine part à éclaircir encore, avec le recul, l'extraordinaire geste tenté dans cette œuvre, avec ses tâtonnements, ébauches, impasses, apories, geste qui, conduit par une intuition, une inspiration, et surtout un sentiment foncièrement juste, permet à qui peut partager ce sentiment d'entrevoir une possible remise en ordre de toute la perspective humaine.

M. Zarader a été interviewée sur France-Culture au sujet de cet ouvrage, récemment :

Etre et Temps de Heidegger (4/4)
Sommes-nous dans le monde ?


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Re: Réconciliation

14 Juillet 2017, 11:29 Message

De la part de l'ami Philippe :

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(Les deux patries de Jean de Viguerie)

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Re: Réconciliation

14 Juillet 2017, 18:20 Message

PS tardif, sur l'émission de France-Culture, avec M. Zarader. Je l'ai indiquée dans le message supra car elle m'avait été signalée par Yannick. Je l'ai écoutée ces derniers jours : c'est très décevant, et pas à la hauteur de l'intérêt du livre prétexte à cette interview. Adèle ras-les-pâquerrettes Van Reeth tient à scrupuleusement marquer en toute occasion son allégeance à la bienpensance la plus servile, mélange tout pour donner l'impression d'être tant soit peu au fait de son sujet, rétorque des sottises de premier ordre en ayant le sentiment d'être pertinente alors qu'elle prouve qu'elle ne comprend rien à rien, en bonne élève de l'école de l'inculture aussi crasse que prétentieuse (l'animalité, le petit enfant...), et Zarader déçoit quand elle cède le terrain à l'arrogance stupide du modernisme à deux balles des "études" et "travaux" que son interlocutrice évoque, ne sait pas comment faire pour faire entendre si peu que ce soit d'une pensée dont l'horizon dépasse de mille coudées les possibilités intellectuelles de son vis-à-vis, et se fait piéger par un format d'émission et un contexte aussi peu favorables que possible au développement de quelque chose de ce genre.

Bref, on se dit que peut-être..., on fait l'effort d'écouter, et décidément : non, rien à faire. A oublier. J'espère que Zarader se mord les doigts d'avoir accepté une telle invitation, et qu'elle ne s'y laissera pas reprendre de sitôt ; elle n'a pas les moyens qu'il faut pour faire face à ce genre de cocotte, à supposer que cela présente le moindre intérêt de la dézinguer à son propre jeu.

Fermez le ban.


***

Sur l'introduction proposée par l'ami Philippe ci-dessus, cette réaction trouvée sur un site de l'Action Française.

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Re: Réconciliation

14 Juillet 2017, 19:17 Message

Jean de Viguerie, épilogue au Deux Patries

Les années qui nous séparent de la guerre d’Algérie, entrent peu à peu dans l’histoire. Les faits dominants se dégagent. Nous y voyons plus clair. De Gaulle avait commencé le changement. Il semble bien qu’après lui l’évolution se soit poursuivie, et qu’aujourd’hui le patriotisme révolutionnaire ait presque achevé sa transformation humanitaire.

Les événements de mai 1968 ont joué un rôle d’accélérateur. On vit des manifestants lors de ces journées incendier des drapeaux tricolores. Ce fut à ce moment-là que le mot patrie disparut du vocabulaire républicain. Les politiciens, les journalistes et les spécialistes de science politique ne voulurent plus l’employer. Désormais ils parlèrent toujours de la nation, jamais de la patrie.

Plus récemment, la réduction des effectifs militaires et la suppression de la conscription consommèrent le rejet dé la patrie jacobine et belliciste. Le service militaire obligatoire pour tous était l’une des institutions essentielles nées de la Révolution. Rousseau en avait énoncé les principes, et depuis 1789 il fallait que tout citoyen fût soldat. La fin du service armé prouva la transformation définitive du patriotisme révolutionnaire. On sut qu’il était vraiment passé de la première phase, celle de l’extermination des Français, à la deuxième, celle de la destruction de la France elle-même.

Sans pour autant renier sa nature profonde. Le projet de 1996 au sujet du nouveau « service national » invoque, dans un langage digne de Montesquieu et de Robespierre, l’« idéal républicain » où la patrie et l’égalité se confondent. « Si le service national, écrivait Jacques Chirac, est peu à peu devenu inadapté, je dois et je veux défendre l’idéal républicain auquel il se réfère, qui est un idéal d’égalité, un idéal de solidarité, un idéal de patriotisme » Dans le stage tenant lieu de service, le même Chirac prévoit une « information civique sur le fonctionnement de notre démocratie et de nos institutions, sur le respect des droits de l’homme ». Il n’y a donc pas de rupture ; le patriotisme révolutionnaire continue.

Certes nous avons vu disparaître certains signes et certains rites. On ne fait plus chanter la Marseillaise aux enfants des écoles, et dans la plupart des casernes les saluts aux couleurs ont cessé. Mais l’essentiel de la liturgie a été conservé. On célèbre toujours les fêtes nationales du Il novembre et du 8 mai. On continue de faire les cérémonies des monuments aux morts et de fleurir les statues des poilus. Il ne faut pas vexer les anciens combattants: ces gens-là sont des électeurs, et ils sont toujours prêts à défiler, à déposer des gerbes et à observer des minutes de silence. « Si je les écoutais, disait récemment le maire d’un petit village, ils sortiraient tous les dimanches avec les drapeaux. » Mais il y a une autre raison : le patriotisme belliciste doit être gardé en réserve ; on peut avoir à s’en servir. Car la patrie révolutionnaire aura toujours des ennemis intérieurs, des traîtres qui la mettront en péril mortel. Hier les « aristocrates » et les « fanatiques », aujourd’hui les « fascistes » et les « révisionnistes ». Ici le patriotisme humanitaire ne suffit pas. Il faut recourir à la vieille panoplie de 1792 et de 1871 : les tambours, les hymnes, la Patrie en danger, l’exécration des sous-hommes qui refusent les Droits de l’homme, autant d’articles ayant fait leurs preuves. Et si l’on négligeait d’en user, les méchants traîtres se les approprieraient. « Ne laissons pas, disait récemment un Premier ministre, ne laissons pas les trois couleurs accaparées par les nostalgiques de ceux qui en 1940 n’offraient à la France que la caricature du fascisme et de la capitulation. » La Révolution se nourrit de traîtres. Sans traîtres elle dépérit. À défaut elle se contente des « nostalgiques » de la traîtrise, et en attendant meilleure prise, les cloue au pilori.

Voilà pour le patriotisme révolutionnaire. Soyons rassurés à son sujet. Sa nature profonde n’est pas altérée. Sa vitalité est intacte. Il continue à vénérer la mort. Il exclut toujours le « sang impur ». Sa transformation humanitaire n’a nullement diminué sa capacité de haine.

Quant à l’autre patriotisme, celui de l’attachement à la France, beaucoup de Français n’en ont plus la moindre idée. Cela ne saurait nous surprendre. Piété signifie gratitude. Comment éprouver de la gratitude, si rien ne vous a été donné ? Aux générations montantes les trésors de la France n’ont pas été dispensés. Même leur propre langue ne leur a pas été apprise. De leur propre histoire les jeunes gens ne savent rien. Les plus savants ne connaissent que la Révolution et De Gaulle. « Ce n’est pas mal », se félicitait récemment un écrivain médiatique. Oui, mais ce n’est pas suffisant, nous le voyons, pour éveiller l’amour de la France.

On nous dit que cette indifférence à la France admet des exceptions. Nous le voulons bien. Il existe, c’est vrai, des familles, il existe des écoles, il existe des communautés religieuses, il existe même des familles politiques où l’on se soucie de transmettre l’héritage, où le devoir de piété est rendu à la France. Il existe encore une jeunesse dévouée à la France. Nous avons même rencontré parfois des Français qui priaient pour la France. Cela doit être dit. Mais la France à laquelle cette piété s’adresse, on peut se demander si elle vit encore, si l’on ne vénère pas ici un passé révolu, un personnage historique appelé France, pour tout dire une morte.

Car un pays vivant rassemble au cœur de son être la patrie et la nation.

Or, on peut douter que la France ait encore l’une et l’autre. La patrie, disait Maurras, ce sont « des hommes vivants ».
Il n’est pas de patrie sans communication entre des hommes vivants. Si la patrie est principe de génération et d’éducation, elle ne peut, quoi qu’en dise Barrès, résider seulement dans les morts et dans le passé. Il faut qu’elle soit aussi dans les hommes vivants. Ses leçons ne passeront pas d’elles-mêmes des cercueils des morts aux berceaux des enfants. Il faut des vivants pour les recueillir et pour les transmettre. Il faut des parents, des foyers, des familles, des cousinages et des amis. Il faut des prêtres, des maîtres et des sages. Ce sont eux qui communiquent l’héritage. Ce sont eux qui révèlent le mystère des vertus, ce sont eux qui font parler les livres. Point de patrie sans eux.

Alors point de patrie. Car dans la France d’aujourd’hui ces vivants-là se raréfient. Et ceux qui restent éprouvent bien du mal à remplir leurs fonctions. Ou la censure de la pensée unique les voue à l’isolement, ou les esprits se ferment à leurs leçons. Et puis un jour ils meurent et n’ont pas de successeurs parce qu’ils n’ont pas eu de disciples. On les a empêchés d’en avoir. Alors viennent se mettre à leur place des hommes qui ont peu reçu et qui par conséquent ne donneront pas beaucoup. Dans les années soixante de ce siècle, le courant a été coupé. Le savoir essentiel, le savoir indispensable à la vie n’a plus été transmis. De cet accident gravissime le corps social n’est pas près de se remettre. Nous n’avons plus que des intelligences inquiètes. Comme elles n’ont pas appris la vertu du savoir, elles ne cessent de s’interroger sur ce qu’il faut faire. Elles ne savent pas qu’il faut d’abord connaître et contempler. La patrie se trouve de ce fait exposée au péril de mort. Car toute patrie est fragile. Seules les méditations des sages peuvent l’aider à survivre.

On nous propose le patrimoine. Il n’y en a plus aujourd’hui que pour le patrimoine : on le dirige, on le conserve, on y fait carrière, on le visite, on y promène sans cesse des enfants ébahis, enfin on organise en son honneur des journées de célébration. On dirait que le patrimoine a remplacé la patrie. Beaucoup d’ailleurs espèrent en lui. À défaut de parents, se disent-ils, à défaut de maîtres capables, le patrimoine pourrait sans doute relayer la patrie. Conservons, célébrons ces monuments, éclairons-les la nuit. En retour ils nous transmettront les leçons du passé. Naïve illusion : ce n’est que du passé conservé. Le patrimoine ne peut pas remplacer les hommes vivants. Le patrimoine ne sera jamais la patrie. Nous devons nous rendre à l’évidence, la patrie a disparu à nos yeux.
De même que la nation.

L’indépendance et la souveraineté sont les conditions nécessaires de l’existence d’une nation. Or, nous savons ce que l’européisme et le mondialisme ont fait de l’indépendance et de la souveraineté de la France. Une nation est une association politique, une cité. Or, il n’est pas de cité sans lien entre les citoyens, et ce lien, dit Aristote, est l’amitié. L’amitié politique garante de l’union et du bonheur politique. Mais cette amitié ne peut se concilier avec la persécution. Depuis plus de deux siècles sont persécutés dans notre pays ceux qui refusent de rendre un culte aux mythes appelés droits de l’homme.
La patrie disparue, la nation désagrégée, il reste l’État.

De fait, la France n’existe plus que par l’État, par sa puissance grandissante qui envahit tout, qui dévore tout, qui paralyse tout. « Je ne suis plus qu’un Français administratif », écrivait déjà en 1974 le colonel Argoud. C’était juste avant la présidence de M. Giscard d’Estaing. Aujourd’hui « Français fiscal » conviendrait mieux. En outre cet État qui a réduit la France à lui-même prétend assumer la responsabilité de ses destinées. « Ainsi l’État, écrivait De Gaulle, l’État qui répond de la France, est-il en charge à la fois de son héritage d’hier, de ses intérêts d’aujourd’hui et de ses espoirs de demain. » Sans doute, mais alors c’est inquiétant et l’on peut tout redouter de l’avenir. Car cet État « en charge de la France » n’est rien d’autre que son ennemi. Cet État qui « répond de la France », en réalité la détruit. N’est-ce pas la détruire que légaliser l’avortement, manipuler sans cesse les esprits, fomenter la haine civile et tenir pour négligeable la sécurité des personnes et des biens ? Mais l’État ne peut que détruire la France. C’est sa pente naturelle depuis la Révolution. Sa mécanique fonctionne révolutionnairement : le « ressort principal » qui l’actionne, n’est pas l’amour de la France, mais celui de la patrie mythique, celui du mythe des droits de l’homme. On a écrit de l’État léniniste qu’il était « un État contre son peuple », mais on peut en dire autant du nôtre. Si l’on veut que l’État cesse d’être contre le peuple, il ne suffit pas de changer la Constitution, de modifier les institutions et les lois, ni même d’appeler au pouvoir des hommes honnêtes animés de l’amour du bien commun. Il faut changer la nature même de l’État. Il faut instaurer un autre État dont l’idéologie soit absente. Il faut que puisse naître enfin du corps social une nouvelle association politique. Avec l’État issu des Lumières et de la Révolution, on ne fera jamais rien. Les Vendéens et le comte de Chambord l’avaient compris. Un jour peut-être les Français le comprendront.

Ce jour est loin. Aujourd’hui nous n’avons que le désastre : la patrie disparue, la nation inconsistante et l’État qui exténue nos dernières forces. Comment la France pourrait elle vivre encore ? Nous la voyons mourir sous nos yeux. Nous constatons la mort.

Ce faisant commettons-nous une irrévérence ? Nous ne le croyons pas. La patrie n’est pas Dieu. La patrie n’est pas l’Église. Il n’a jamais été promis à la France que les portes de l’Enfer ne prévaudraient pas contre elle. Tout homme voudrait que sa patrie soit immortelle, et c’est une aspiration bien naturelle. Mais la « France éternelle » et la « France immortelle » posées comme des dogmes offensent la raison et la nature des choses. Ces mensonges fabriqués par l’utopie révolutionnaire servent à endormir les électeurs. Les politiciens les ressortent au moment de la défaite, espérant ainsi masquer aux yeux des Français les conséquences de leurs fautes.

On nous objecte les « forces vives ». La France, nous dit-on, n’est pas morte, puisqu’elle a encore des « forces vives ». Pensez, avec une population si nombreuse, une pareille « séduction culturelle », un commerce extérieur d’un tel dynamisme, et un cinéma aussi prestigieux, il n’est pas possible qu’elle soit morte. Et d’ailleurs ce n’est pas tout : n’avons-nous pas aussi la « qualité de vie » (que tant d’étrangers nous envient) et la « grandeur patrimoniale » ? Oui, sans doute, et cela fait beaucoup de belles « forces vives » additionnées. Le malheur est qu’une nation n’est pas une addition. Une nation est une association politique liée par l’amitié et garantie par la justice. Or, cette association chez nous s’est défaite. La France n’est donc plus une nation. La France comme nation ne vit plus. Toutes les « forces vives » additionnées n’y changeront rien.
On demande la date de la mort. Si la France est morte, quand est-elle morte? Pendant la guerre de 1914-1918 ? C’était l’avis d’Antoine Argoud. « La France à mes yeux, écrivait-il, est morte à Verdun en 1916. » Ou bien plus tard, lors de la déroute de 1940 ? ou bien beaucoup plus tôt, en 1789 ou en 1793 ? Bien difficile à dire. Un pays ne meurt pas comme un être humain. On ne le voit pas rendre le dernier soupir. On peut très bien dire qu’il meurt, alors qu’il est déjà mort. Il y a eu sans doute un jour de la mort, le jour où toutes les forces de la patrie ont été épuisées, mais ce jour-là on ne s’est aperçu de rien. Pouvait-on s’en douter? La machine tournait, le gouvernement siégeait, l’Assemblée légiférait, la France était représentée dans les conférences internationales. Et puis, quelque temps après, vient le temps de la découverte. On se rend compte que ce pays n’intéresse plus personne, même pas ses habitants, qu’il tourne comme un satellite, mais qu’il n’y a plus de vie en lui. On dit alors : « Tiens, il est mort. » En fait il était mort depuis longtemps, mais c’était un mort vivant, un mort à qui l’on faisait faire les gestes d’un vivant. Les morts vivants, nous savons ce que c’est, toutes les professions aujourd’hui en sont pleines. Nous savons aussi que la société s’en accommode, qu’elle s’accommode de professeurs, de médecins, d’avocats (et de bien d’autres) qui sont des simulacres. Il est donc normal qu’elle prenne pour un être vivant le simulacre de la France.

Les politiciens, eux, savent que la France est morte. Ils ont une bonne raison de le savoir : ce sont eux qui l’ont tuée. Seulement ils ne peuvent pas déclarer cette mort. Les bonnes gens leur diraient : « Que faites-vous là ? » Ils perdraient le pouvoir et l’argent. Alors ils maintiennent de toutes leurs forces l’illusion. Tout en achevant de perdre la France, ils l’exaltent et lui promettent l’immortalité. Sans cela ils seraient peut-être chassés de leurs prébendes. On les comprend.

On comprend moins, même si on les admire, ces nationalistes d’aujourd’hui, qui répètent à tout bout de champ : « Il faut refaire la France », ou bien « il faut que France continue ». Toute espérance est respectable, et d’ailleurs ceux qui parlent ainsi ne le font pas comme les politiciens, par désir du pouvoir et de l’argent. Mais enfin ils savent bien eux aussi que la France est morte. Certains le savent si bien qu’ils veulent la « ressusciter ».
Ils le savent, mais eux non plus ne veulent pas le dire.

Pour ne pas décourager les braves gens. Pour ne pas désespérer les vrais patriotes. C’est vrai, conviennent-ils, la France est morte ou près de mourir, mais ne le dites pas. Les gens ne supporteraient pas d’entendre une telle vérité. Ce serait terrible pour eux, ce serait dangereux.

Peut-être, mais il est dangereux aussi de ne pas regarder les choses en face. Tant que l’on cache la réalité, l’équivoque subsiste. Les gouvernants sont mauvais, se dit-on, mais la France continue. En fait, il n’y a plus de France, et ce sont les gouvernants qui l’ont tuée. Voilà la réalité. Il est quand même temps de savoir à qui nous avons affaire: à des ennemis redoutables, puisqu’ils ont déjà à leur actif la destruction de la patrie. On doit les connaître pour les mieux combattre. On ne sauvera pas la France qui n’est plus. Mais on pourra peut-être empêcher ou retarder d’autres destructions, celle de la famille par exemple, ou de ce qui reste du savoir. En attendant que se forme une nouvelle association politique digne de ce nom.

Qui s’appellera peut-être France - mais alors ce sera une autre France - ou qui portera un autre nom.
De la France morte quelques Français, il est permis de l’espérer, garderont l’héritage. Ils suivront l’exemple de ses héros et de ses saints. Ils s’enchanteront de la beauté de ses monuments. Ils méditeront les œuvres de ses écrivains. Ils seront ainsi consolés au milieu du désert. Leurs descendants trouveront-ils la même consolation ? Cela n’est guère probable. Il est très possible en effet que, dans le paroxysme de la barbarie montante, toute cette sagesse et toute cette beauté, ou bien soient jetées au rebut comme des vieilleries inutiles, ou bien cessent d’être comprises et deviennent aussi énigmatiques et muettes que les statues de l’île de Pâques. Dans l’un et l’autre cas la France mourrait une seconde fois. Mais il est aussi de l’ordre des choses possibles qu’un jour les vestiges de l’héritage français soient exhumés des décombres, pieusement recueillis par quelque nouvelle civilisation, et réanimés par une nouvelle cité dont le peuple alors serait français comme nous-mêmes, autrefois, nous avons été grecs et romains.

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Re: Réconciliation

18 Juillet 2017, 07:49 Message


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Re: Réconciliation

24 Juillet 2017, 10:15 Message

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Redécouverte, hier, de cette ancienne version, faisant suite à une septième d'anthologie : et voici une huitième exceptionnelle, passionnée, terrible, qui se situe au niveau de la meilleure de Gunter Wand, ce qui n'est pas peu dire, tout en offrant une vision très différente de cette œuvre monumentale, puissante, et pourtant intime ; cela malgré un orchestre qui n'a pas tous les moyens requis pour une telle lecture. Immensité de l'âme, foi d'un paysan, et déchirements d'un être proprement humain, sur fond d'appel de la Totenuhr.

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Re: Réconciliation

24 Juillet 2017, 15:27 Message

Parole et musique : l'intime est, stricto sensu, le hors-langage.

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Re: Réconciliation

25 Juillet 2017, 16:37 Message

Devoir de vacances : soulignez le paradoxe qui surgit du rapprochement des deux derniers messages de ce fil, et résolvez cette apparente contradiction... ;)

Toujours dans le cadre des vacances, ces quelques extraits du livre de Marlène Zarader évoqué supra (décidément très bien fait et intéressant, malgré, c'est une surprise et la confirmation de l'impression ressentie à l'écoute de l'émission radiophonique, quelques faiblesses vraiment regrettables — il serait du reste intéressant de les analyser).

Explicitation pas à pas du début de Sein und Zeit, sur le "bavardage" (ou mieux : le verbiage) :

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Et, un peu plus loin, une prolongation sur la curiosité, et autres "modes d'être" impropres et pourtant "de prime abord et le plus souvent" le fait du "Dasein", le tout saupoudré de quelques considérations plus actuelles :

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Re: Réconciliation

30 Juillet 2017, 13:38 Message

Extraordinaire conversation entre l'immense George Steiner et le grand Pierre Boutang sur le mythe d'Antigone à la télévision en 1987. A l'heure de Cyril Hanouna, on peine à imaginer que de telles cimes intellectuelles aient pu être atteintes dans le petit écran. Trouvé sur le compte Facebook de Mme Eugénie Bastié. Cette jeune journaliste est vraiment formidable.

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Re: Réconciliation

30 Juillet 2017, 13:46 Message

Georges Steiner sur Martin Heidegger !
Le 27 novembre 1998 Chenevière s'entretient avec Georges Steiner pour la RST. J'ai beaucoup de réserves vis à vis de Heidegger mais cet entretien est époustouflant.


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Re: Réconciliation

31 Juillet 2017, 10:52 Message

« Rousseau veut que nous soyons les amis de nos enfants […], il est moins difficile d’être ami que d’être père. » (Bernanos)

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Re: Réconciliation

31 Juillet 2017, 11:31 Message

Un mot sur la vidéo avec Steiner sur Heidegger : un seul point est entièrement contestable — or, il détermine de fond en comble l'optique de l'interviewé (au demeurant parfaitement loyal et juste avec son "sujet" pour le reste) ; c'est celui du prétendu "a-humanisme" de Heidegger, qui relève du contresens absolu (et à ce titre surprenant, sauf à considérer le biais qui l'amène), qui relève d'une lecture comme bancale, qui marche sur une seule jambe, de cette œuvre en effet immense, de cette sorte de contrefort qui soutient à lui seul toute la tradition philosophique précédente, autant dire tout le destin de l'occident, désormais destin mondial. Rien de moins, que cela plaise ou non — comme le souligne Steiner — qu'on n'y entende goutte ou que l'on y perçoive le sens en sa souveraine liberté créatrice, l'a-venir qui en même temps menace et s'offre.

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Re: Réconciliation

31 Juillet 2017, 12:10 Message

... Il est moins difficile d'être ami que d'être père

...

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Re: Réconciliation

1 Août 2017, 10:34 Message

Ce que nous sommes : pas un "Moi", puisque nous ne pouvons en être totalement expulsé.

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Re: Réconciliation

1 Août 2017, 11:46 Message

Mais c'est folie que de se prendre pour un moi, qui n'est qu'une usine faite de bric et de broc, en perpétuelle construction/déconstruction, structuration/déstructuration ! Nos malheurs viennent de ce qu'il faut pourtant bien qu'elle fonctionne — et le plus harmonieusement possible — cette usine, si nous voulons parvenir être.

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Re: Réconciliation

2 Août 2017, 18:39 Message

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Richter, fils d'un Allemand et d'une Russe, joue Schubert à Moscou. Un témoignage extraordinaire, il faut tout écouter, y compris les lieders du Winterreise ou du Schwanengesang chantés... en russe. Il faut surtout affronter une immense D960, jouée de façon absolument personnelle et pourtant fidèle, avec une autorité transcendante, où chaque note est pensée et jouée comme jamais —ce n'est pas un cliché de le dire. Dieu sait que j'ai entendu, y compris en concert, de biens fortes interprétations de cette œuvre (souvenir d'un remarquable Dalberto tellement absorbé et bouleversé par cette musique qu'il a eu bien du mal à sortir ensuite de la salle...). Mais cet enregistrement est absolument unique. À réserver à ceux qui ont un cœur vaste, sensible, et fort.

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