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Réconciliation

Sur notre déréliction civilisationnelle et sur les manifestations du délire contemporain.
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Re: Réconciliation

26 Octobre 2018, 10:14 Message

Elle me semble parler vrai, cette femme que je ne connais pas.

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Re: Réconciliation

30 Octobre 2018, 10:47 Message

"Tout est mal qui finit mal" commentait Adorno au sujet de la sixième de Mahler. « La seule Sixième, malgré la Pastorale » disait Berg. "Boursoufllure", autrement dit le "trop de notes" en version terminale, disait la critique de l'époque. On la comprend ; à part Berg, sans doute aveuglé par l'admiration et l'affection, tout cela est un peu vrai, et cette symphonie, sombre, véhémente, sans guère de concession, si elle comporte des moments magnifiques et emporte finalement par sa puissance, ne convainc pas totalement, en effet à certains égards par sa démesure sinon son enflure, sa pesante insistance sinon sa sincérité.

Teodor Currentzis, chef gréco-russe assez radical, aux fortunes diverses (opéras de Mozart discutables, à dire le moins, mais magnifique Pathétique, par exemple), qui bidouille un peu les potards (potentiomètres) — il n'est pas le seul, et de longue date, cela dit — et qui se retire au fin fond de l'Oural pour enregistrer avec son orchestre, nous livre ces jours-ci une sixième d'anthologie. Virulente, agressive parfois (mais c'est juste, en l'occurrence), testostéronée en diable, implacable — une sorte de Kondrachine moderne — et qui file droit au but, à sa fin, sans détours. L’œuvre en sort nettement resserrée, urgente, fatale. La critique d'époque se serait-elle trompée, vu sous cet angle ? L'objection ne tombe pas complètement, mais elle est très affaiblie... Un seul regret : notre vigoureux Teodor passe un peu à côté de l'andante moderato, sans doute le plus beau et le plus émouvant des mouvements lents de Mahler, celui qui dit le mieux adieu au classicisme, en lui rendant un hommage dont le lyrisme intense et la profonde nostalgie de ce que l'on dépasse, au moment même où on le fait, ne peuvent que bouleverser les cœurs authentiquement sensibles.

Pour cela, ma version de référence reste Boulez.
Mais cet enregistrement se hisse, en se distinguant sans ambages, au sommet d'une pourtant abondante discographie.

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Re: Réconciliation

11 Novembre 2018, 10:56 Message

"Plus jamais ça".
Réponse : si vis pacem para bellum.
L'histoire ne bégaie pas, mais les hommes.

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Re: Réconciliation

11 Novembre 2018, 11:28 Message

Ah, les hommes !... Les hommes dont nous sommes, mon cher Didier... Les hommes bégaient, tâtonnent, font ce qu'ils peuvent... (c'est dimanche, je m'efforce d'être charitable...) Les hommes, les voici :

Image

Bon dimanche à chacun.

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Re: Réconciliation

26 Novembre 2018, 18:58 Message

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Fermez le ban.

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Re: Réconciliation

27 Novembre 2018, 18:10 Message

..quoique cela, Bernanos ne pouvait pas même l'imaginer :

Image (Libération)

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Re: Réconciliation

7 Décembre 2018, 12:15 Message

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Re: Réconciliation

11 Janvier 2019, 10:08 Message

"Chaque âme est et devient ce qu'elle contemple." Plotin, Les Ennéades
C'est dire si on est mal.

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Re: Réconciliation

21 Janvier 2019, 10:39 Message

« Je meurs innocent. Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que mon sang ne retombe pas sur la France »

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Re: Réconciliation

24 Janvier 2019, 09:57 Message

« Talent Les esprits extraordinaires tiennent grand compte des choses communes et familières ; et les esprits ordinaires n'aiment et ne cherchent que les choses extraordinaires. » (Rivarol)

L'anecdote du philosophe et du puits relève de la caricature — il est vrai qu'ensuite les épigones puis les scolaires ont tout fait pour la justifier.

« Métaphysique. C'est une grande sottise de vouloir définir ce qu'il ne faut que sentir, comme matière, existence, mouvement, repos, etc. » (du même auteur)

Même en replaçant le terme dans son époque, il manifeste un biais de celle-ci, qui nous regarde encore (de très loin, désormais, d'une distance qui correspond à une chute de plus en plus déplorable) ; et il aurait fallu dire éprouver plutôt que sentir.

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Re: Réconciliation

8 Février 2019, 17:08 Message

IMG_20190204_152825.jpg
IMG_20190204_152825.jpg (92.28 Kio) Vu 487 fois


Photo prise autour de 1939. (Photo J. Peterson)

Ce qui saute au yeux je trouve, c'est un sentiment de quiétude, de sérénité. Même sur cette impression figée, nous percevons le temps qui s'écoule lentement.

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Re: Réconciliation

8 Février 2019, 18:33 Message

Et la posture de l'enfant, son assurance, les mains précises et les pieds bien campés, solides : elle habite déjà son corps d'adulte. Tout l'inverse des jeunes adultes d'aujourd'hui qui ont pour la plupart des attitudes d'enfants, le regard au sol, les genoux en dedans, le maintien approximatif, crainte de tout contact, etc. La composition de cette photo a comme un poids.

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Re: Réconciliation

13 Février 2019, 08:54 Message

L'expérience nous enseigne le doute systématique ; le doute radical est une supercherie intellectuelle, une facilité, et pour finir une démission ; car, en tous cas, une question nous taraude à longueur de temps : qu'en est-il ? Il est rare qu'elle nous féconde.

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Re: Réconciliation

16 Février 2019, 09:56 Message

Paul Valéry, "Le bilan de l'intelligence" (conférence prononcée le 16 janvier 1935 à l'université des Annales).

« Commençons par l’examen de cette faculté qui est fondamentale et qu’on oppose à tort à l’intelligence, dont elle est, au contraire, la véritable force motrice ; je veux parler de la sensibilité. Si la sensibilité de l’homme moderne se trouve fortement compromise par les conditions actuelles de sa vie, et si l’avenir semble promettre à cette sensibilité un traitement de plus en plus sévère, nous serons en droit de penser que l’intelligence souffrira profondément de l’altération de cette sensibilité. Mais comment se produit cette altération ?

Notre monde moderne est tout occupé de l’exploitation toujours plus efficace, plus approfondie des énergies naturelles. Non seulement il les recherche et les dépense, pour satisfaire aux nécessités éternelles de la vie, mais il prodigue, et il s’excite à les prodiguer au point de créer de toutes pièces des besoins inédits (et même que l’on n’eût jamais imaginé, à partir des moyens de contenter ces besoins qui n’existaient pas. Tout se passe dans notre civilisation industrielle comme si, ayant inventé quelque substance, on inventait d’après ses propriétés une maladie qu’elle guérisse, une soif qu’elle puisse apaiser, une douleur qu’elle abolisse. On nous inocule donc, pour des fins d’enrichissement, des gouts et des désirs qui n’ont pas de racines dans notre vie physiologique profonde, mais qui résultent d’excitations psychiques ou sensorielles délibérément infligées. L’homme moderne s’enivre de dissipation. Abus de vitesse, abus de lumière, abus de toniques, de stupéfiants, d’excitants… Abus de fréquence dans les impressions ; abus de diversité ; abus de résonance » ; abus de facilités, abus de merveilles ; abus de ces prodigieux moyens de déclenchement, par l’artifice desquels d’immenses effets sont mis sous le doigt d’un enfant. Notre vie actuelle est inséparable de ces abus. Notre système organiques, soumis de plus en plus à des expériences mécaniques, physiques et chimiques toujours nouvelles se comporte, à l’égard de ces puissance et de ces rythmes qu’on lui inflige, à peu près comme il le fait à ‘égard d’une intoxication insidieuses. Il s’accommode à son poison, il l’exige bientôt. Il en trouve chaque jour la dose insuffisante.

L’œil à l’époque de Ronsard, se contentait d’une chandelle, - si ce n’est d’une mèche trempée dans l’huile ; les érudits de ce temps-là, qui travaillaient volontiers la nuit, lisaient (et quels grimoires !), écrivaient sans difficulté, à quelques lueur mouvante et misérable. L’œil, aujourd’hui, réclame, vingt, cinquante, cent bougies. L’oreille exige toutes les puissances de l’orchestre, tolère les dissonances les plus féroces, s’accoutume aux tonnerres des camions, aux sifflements, aux grincements aux ronflements des machines, et parfois les veut retrouver dans la musique des concerts.

Quant à notre sens le plus central, ce sens intime de la distance entre le désir et la possession de son objet, qui n’est autre que le sens de la durée, ce sentiment du temps, qui se contentait jadis de la vitesse de la course des chevaux, il trouve aujourd’hui que les rapides sont bien lents, et que les messages électriques le font mourir de langueur. Enfin, les évènements eux-mêmes sont réclamés comme une nourriture assez relevée. S’il n’y a point, le matin quelque grand malheur dans le monde, nous sentons un certain vide : « Il n’y a rien, aujourd’hui dans les journaux ! » disons-nous. Nous voilà pris sur le fait, nous sommes tous empoisonnés. Je suis donc fondés à dire qu’il existe pour nous une sorte d’intoxication par la hâte, et aune autre par la dimension.

Les enfants trouvent qu’un navire n’est jamais assez gros, une voiture ou un avion jamais assez vite, et l’idée de la supériorité absolue de la grandeur quantitative, idée dont la naïveté et la grossièreté sont évidentes (je l’espère), est l’une des plus caractéristiques de l’espèce humaine moderne. Si l’on recherche en quoi la manie de la hâte (par exemple) affecte les vertus de l’esprit, on trouve bien aisément autour de soi et en soi-même tous les risques de l’intoxication dont je parlais.

J’ai signalé, il y a quelque quarante ans, comme un phénomène critique dans l’histoire du monde la disparition de la terre libre, c’est-à-dire l’occupation achevée des territoires par des nations organisées, la suppression des biens qui ne sont à personne. Mais, parallèlement à ce phénomène politique, on constate la disparition du temps libre. L’espace libre et le temps libre ne sont plus que des souvenirs. Le temps libre dont il s’agit n’est pas le loisir tel qu’on l’entend d’ordinaire. Le loisir apparent existe encore, et même ce loisir apparent se défend et se généralise au moyen de mesures légales et de perfectionnement mécanique contre la conquête des heures par l’activité. Les journées de travail sont mesurées et ses heures comptées par la loi. Mais je dis que le loisir intérieur, qui est tout autre chose que le loisir chronométrique, se perd. Nous perdons cette paix essentielle des profondeurs de l’être, cette absence sans prix, pendant laquelle les éléments les plus délicats de la vie se rafraichissent et se réconfortent, pendant laquelle l’être, en quelque sorte, se lave du passé et du futur, de la conscience présente, des obligations suspendues et des attentes embusquées…Point de soucis, point de lendemain, point de pression intérieure ; mais une sorte de repos dans l’absence, une vacance bienfaisante, qui rend l’esprit à sa liberté propre. Il ne s’occupe alors que de soi-même. Il est délié de ses devoirs envers la connaissance pratique et déchargé du soin des choses prochaines : il peut produire des formations pures comme des cristaux. Mais voici que la rigueur, la tension et la précipitation de notre existence moderne troublent ou dilapident ce précieux repos. Voyez en vous et autour de vous ! Les progrès de l’insomnie sont remarquables et suivent exactement tous les autres progrès. Que de personnes dans le monde ne dorment plus que d’un sommeil de synthèse, et se fournissent de néant dans la savante industrie de la chimie organique ! Peut-être de nouveaux assemblages de molécules plus ou moins barbituriques nous donneront-ils la méditation que l’existence nous interdit nous interdit d’obtenir naturellement. La pharmacopée, quelque jour, nous offrira de la profondeur. Mais, en attendant, la fatigue et la confusion mentale sont parfois telles que l’on se prend à regretter naïvement les Tahiti, les paradis de simplicité et de paresse, les vies à forme lente et inexacte que nous n’avons jamais connues. Les primitifs ignorent la nécessité d’un temps finement divisé. »

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Re: Réconciliation

24 Février 2019, 12:43 Message

« Le monde moderne ne sera pas châtié.
Il est le châtiment. »
Nicolás Gómez Dávila

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