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Réconciliation

Sur notre déréliction civilisationnelle et sur les manifestations du délire contemporain.
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Re: Réconciliation

7 Décembre 2018, 12:15 Message

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Re: Réconciliation

11 Janvier 2019, 10:08 Message

"Chaque âme est et devient ce qu'elle contemple." Plotin, Les Ennéades
C'est dire si on est mal.

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Re: Réconciliation

21 Janvier 2019, 10:39 Message

« Je meurs innocent. Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que mon sang ne retombe pas sur la France »

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Re: Réconciliation

24 Janvier 2019, 09:57 Message

« Talent Les esprits extraordinaires tiennent grand compte des choses communes et familières ; et les esprits ordinaires n'aiment et ne cherchent que les choses extraordinaires. » (Rivarol)

L'anecdote du philosophe et du puits relève de la caricature — il est vrai qu'ensuite les épigones puis les scolaires ont tout fait pour la justifier.

« Métaphysique. C'est une grande sottise de vouloir définir ce qu'il ne faut que sentir, comme matière, existence, mouvement, repos, etc. » (du même auteur)

Même en replaçant le terme dans son époque, il manifeste un biais de celle-ci, qui nous regarde encore (de très loin, désormais, d'une distance qui correspond à une chute de plus en plus déplorable) ; et il aurait fallu dire éprouver plutôt que sentir.

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Re: Réconciliation

8 Février 2019, 17:08 Message

IMG_20190204_152825.jpg
IMG_20190204_152825.jpg (92.28 Kio) Vu 1876 fois


Photo prise autour de 1939. (Photo J. Peterson)

Ce qui saute au yeux je trouve, c'est un sentiment de quiétude, de sérénité. Même sur cette impression figée, nous percevons le temps qui s'écoule lentement.

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Re: Réconciliation

8 Février 2019, 18:33 Message

Et la posture de l'enfant, son assurance, les mains précises et les pieds bien campés, solides : elle habite déjà son corps d'adulte. Tout l'inverse des jeunes adultes d'aujourd'hui qui ont pour la plupart des attitudes d'enfants, le regard au sol, les genoux en dedans, le maintien approximatif, crainte de tout contact, etc. La composition de cette photo a comme un poids.

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Re: Réconciliation

13 Février 2019, 08:54 Message

L'expérience nous enseigne le doute systématique ; le doute radical est une supercherie intellectuelle, une facilité, et pour finir une démission ; car, en tous cas, une question nous taraude à longueur de temps : qu'en est-il ? Il est rare qu'elle nous féconde.

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Re: Réconciliation

16 Février 2019, 09:56 Message

Paul Valéry, "Le bilan de l'intelligence" (conférence prononcée le 16 janvier 1935 à l'université des Annales).

« Commençons par l’examen de cette faculté qui est fondamentale et qu’on oppose à tort à l’intelligence, dont elle est, au contraire, la véritable force motrice ; je veux parler de la sensibilité. Si la sensibilité de l’homme moderne se trouve fortement compromise par les conditions actuelles de sa vie, et si l’avenir semble promettre à cette sensibilité un traitement de plus en plus sévère, nous serons en droit de penser que l’intelligence souffrira profondément de l’altération de cette sensibilité. Mais comment se produit cette altération ?

Notre monde moderne est tout occupé de l’exploitation toujours plus efficace, plus approfondie des énergies naturelles. Non seulement il les recherche et les dépense, pour satisfaire aux nécessités éternelles de la vie, mais il prodigue, et il s’excite à les prodiguer au point de créer de toutes pièces des besoins inédits (et même que l’on n’eût jamais imaginé, à partir des moyens de contenter ces besoins qui n’existaient pas. Tout se passe dans notre civilisation industrielle comme si, ayant inventé quelque substance, on inventait d’après ses propriétés une maladie qu’elle guérisse, une soif qu’elle puisse apaiser, une douleur qu’elle abolisse. On nous inocule donc, pour des fins d’enrichissement, des gouts et des désirs qui n’ont pas de racines dans notre vie physiologique profonde, mais qui résultent d’excitations psychiques ou sensorielles délibérément infligées. L’homme moderne s’enivre de dissipation. Abus de vitesse, abus de lumière, abus de toniques, de stupéfiants, d’excitants… Abus de fréquence dans les impressions ; abus de diversité ; abus de résonance » ; abus de facilités, abus de merveilles ; abus de ces prodigieux moyens de déclenchement, par l’artifice desquels d’immenses effets sont mis sous le doigt d’un enfant. Notre vie actuelle est inséparable de ces abus. Notre système organiques, soumis de plus en plus à des expériences mécaniques, physiques et chimiques toujours nouvelles se comporte, à l’égard de ces puissance et de ces rythmes qu’on lui inflige, à peu près comme il le fait à ‘égard d’une intoxication insidieuses. Il s’accommode à son poison, il l’exige bientôt. Il en trouve chaque jour la dose insuffisante.

L’œil à l’époque de Ronsard, se contentait d’une chandelle, - si ce n’est d’une mèche trempée dans l’huile ; les érudits de ce temps-là, qui travaillaient volontiers la nuit, lisaient (et quels grimoires !), écrivaient sans difficulté, à quelques lueur mouvante et misérable. L’œil, aujourd’hui, réclame, vingt, cinquante, cent bougies. L’oreille exige toutes les puissances de l’orchestre, tolère les dissonances les plus féroces, s’accoutume aux tonnerres des camions, aux sifflements, aux grincements aux ronflements des machines, et parfois les veut retrouver dans la musique des concerts.

Quant à notre sens le plus central, ce sens intime de la distance entre le désir et la possession de son objet, qui n’est autre que le sens de la durée, ce sentiment du temps, qui se contentait jadis de la vitesse de la course des chevaux, il trouve aujourd’hui que les rapides sont bien lents, et que les messages électriques le font mourir de langueur. Enfin, les évènements eux-mêmes sont réclamés comme une nourriture assez relevée. S’il n’y a point, le matin quelque grand malheur dans le monde, nous sentons un certain vide : « Il n’y a rien, aujourd’hui dans les journaux ! » disons-nous. Nous voilà pris sur le fait, nous sommes tous empoisonnés. Je suis donc fondés à dire qu’il existe pour nous une sorte d’intoxication par la hâte, et aune autre par la dimension.

Les enfants trouvent qu’un navire n’est jamais assez gros, une voiture ou un avion jamais assez vite, et l’idée de la supériorité absolue de la grandeur quantitative, idée dont la naïveté et la grossièreté sont évidentes (je l’espère), est l’une des plus caractéristiques de l’espèce humaine moderne. Si l’on recherche en quoi la manie de la hâte (par exemple) affecte les vertus de l’esprit, on trouve bien aisément autour de soi et en soi-même tous les risques de l’intoxication dont je parlais.

J’ai signalé, il y a quelque quarante ans, comme un phénomène critique dans l’histoire du monde la disparition de la terre libre, c’est-à-dire l’occupation achevée des territoires par des nations organisées, la suppression des biens qui ne sont à personne. Mais, parallèlement à ce phénomène politique, on constate la disparition du temps libre. L’espace libre et le temps libre ne sont plus que des souvenirs. Le temps libre dont il s’agit n’est pas le loisir tel qu’on l’entend d’ordinaire. Le loisir apparent existe encore, et même ce loisir apparent se défend et se généralise au moyen de mesures légales et de perfectionnement mécanique contre la conquête des heures par l’activité. Les journées de travail sont mesurées et ses heures comptées par la loi. Mais je dis que le loisir intérieur, qui est tout autre chose que le loisir chronométrique, se perd. Nous perdons cette paix essentielle des profondeurs de l’être, cette absence sans prix, pendant laquelle les éléments les plus délicats de la vie se rafraichissent et se réconfortent, pendant laquelle l’être, en quelque sorte, se lave du passé et du futur, de la conscience présente, des obligations suspendues et des attentes embusquées…Point de soucis, point de lendemain, point de pression intérieure ; mais une sorte de repos dans l’absence, une vacance bienfaisante, qui rend l’esprit à sa liberté propre. Il ne s’occupe alors que de soi-même. Il est délié de ses devoirs envers la connaissance pratique et déchargé du soin des choses prochaines : il peut produire des formations pures comme des cristaux. Mais voici que la rigueur, la tension et la précipitation de notre existence moderne troublent ou dilapident ce précieux repos. Voyez en vous et autour de vous ! Les progrès de l’insomnie sont remarquables et suivent exactement tous les autres progrès. Que de personnes dans le monde ne dorment plus que d’un sommeil de synthèse, et se fournissent de néant dans la savante industrie de la chimie organique ! Peut-être de nouveaux assemblages de molécules plus ou moins barbituriques nous donneront-ils la méditation que l’existence nous interdit nous interdit d’obtenir naturellement. La pharmacopée, quelque jour, nous offrira de la profondeur. Mais, en attendant, la fatigue et la confusion mentale sont parfois telles que l’on se prend à regretter naïvement les Tahiti, les paradis de simplicité et de paresse, les vies à forme lente et inexacte que nous n’avons jamais connues. Les primitifs ignorent la nécessité d’un temps finement divisé. »

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24 Février 2019, 12:43 Message

« Le monde moderne ne sera pas châtié.
Il est le châtiment. »
Nicolás Gómez Dávila

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Re: Réconciliation

27 Février 2019, 09:08 Message

Le "Bien" et le "Mal" : de Babylone à Hollywood.
Lumière attique.

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Re: Réconciliation

28 Février 2019, 10:27 Message

« Peut-être distinguera-t-on à la fin de ce siècle deux classes d’hommes, les uns formés par la télévision, les autres par la lecture. » Ernst Jünger, Soixante-dix s’efface II – 1971–1980, Gallimard

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Re: Réconciliation

1 Mars 2019, 10:21 Message

C'est une Critique de la Raison morale pour le temps présent qu'il faudrait écrire ; qui ne laisserait que le champ de ruines qu'abritent et l'une et l'autre, sans la moindre échappatoire "transcendantale", à l'opposé de leur prétention délirante et mortifère ; qui montrerait la formidable (et plus que millénaire pour la seconde) usurpation qu'elles opèrent. Le temps présent s'y prête bien : on n'a jamais autant étouffé sous la chape de plomb de l'esprit de la morale (une contradiction dans les termes), même aux siècles les plus sottement bigots, pendant qu'on n'a jamais non plus décadé à ce point, rejoint d'aussi misérable façon les culs de basse fosse de l'humanité et de l'histoire. Tout en se croyant "rationnel".

Et dire que nos "tradis" s'imaginent que c'est la rupture avec le Dieu des siècles passés qui est la cause et l'expression même du nihilisme ! Quand le comble de ce nihilisme est justement de s'y raccrocher à toutes forces, pire encore en le réduisant aux acquêts d'une morale sacerdotale, ce qui peut le mieux et le plus, et à coup sûr, renforcer ce qu'ils veulent combattre ! Pourtant ce sont les premiers à ressasser la phrase faussement attribuée à Bossuet : "Dieu se rit...".

Décidément, il faut renverser le cours des choses, tous azimuts.

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6 Mars 2019, 09:27 Message

Cendres.
"Tu es poussière et tu retourneras à la poussière".

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Re: Réconciliation

13 Mars 2019, 09:30 Message

« Il ne faut pas dire du mal du paradoxe, passion de la pensée : le penseur sans paradoxe est comme l'amant sans passion, une belle médiocrité » Søren Kierkegaard, Miettes philosophiques

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Re: Réconciliation

28 Mars 2019, 08:13 Message

Le Remplacement : de l'unité ontologique à l'équivalence technique.

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Re: Réconciliation

1 Avril 2019, 08:32 Message

Démocratie aristocratique.
Pour en finir avec toutes les féodalités : il faut une incarnation presque sans pouvoir, et un pouvoir presque sans incarnation. C'est la définition même de l'autorité.

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Re: Réconciliation

2 Avril 2019, 12:11 Message

Michel Maffesoli: “Le coeur et la rage” (L'Inactuelle)

« Dans notre progressisme natif, nous avons du mal à accepter que les époques se suivent et ne se ressemblent pas. Des esprits aigus ont pu noter, à juste titre, la fin de l’ère des révolutions (E. Hobsbawm). Si nous savons voir, avec quelque lucidité, l’architecture des sociétés contemporaines, nous pouvons dire que nous assistons à l’ère des soulèvements populaires.

Puissance populaire contre pouvoir politique.

Voilà bien ce que les élites ne comprennent pas. Tout simplement parce que la puissance du peuple, lame de fond irrépressible, se moque, on ne peut plus, du pouvoir politique. Du pouvoir quelle qu’en soit la coloration.

Cette puissance, en action, ne va sans une certaine rudesse. Mais n’en est-il pas ainsi chaque fois qu’une mutation de fond se produit ? Et il est lassant d’entendre toutes les belles âmes tenant le haut du pavé médiatique, s’insurgeant en chœur, chœurs des vierges effarouchées, contre la violence, injustifiable bien sûr, de ces soulèvements.

La volupté de la destruction est en même temps une volupté créatrice.

Ont-ils oublié ce que sait, de savoir incorporé, la sagesse populaire : on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ? Et, en termes plus soutenus, ce que ne manquait pas de souligner, à diverses reprise, Michel Bakounine : "la volupté de la destruction est en même temps une volupté créatrice". Car si le progressisme, propre à la modernité, est dramatique – tout a une solution, une possible résolution –, la postmodernité voit le retour du tragique, ce qui est "aporique", sans solution. D’où la dose de violence inhérente au « sentiment tragique de l’existence ».

Or, à l’encontre d’une réalité quelque peu rachitique, à l’opposé d’un "principe de réalité" essentiellement économiciste, dont le "pouvoir d’achat" est l’alpha et l’oméga, le cœur battant des soulèvements populaires est, structurellement, une perpétuelle « quête du Graal », c’est-à-dire une recherche spirituelle.

Voilà qui peut paraître quelque peu paradoxal. Faire référence à l’intelligence du cœur. Horresco referens ! Comment est-ce possible quand on ne conçoit l’intelligence que sous sa forme rationaliste. Ainsi que je l’avais nommé dans ma critique du "mythe du Progrès", dès 1979, la caste technocratique, sous ses modulations intellectuelles (on dit maintenant "experts"), politiques, journalistiques, cette Caste donc est incapable de comprendre que le génie du peuple s’exprime mieux dans son souci spirituel que dans des préoccupations politiques.

Tout simplement parce que cette caste, en son rationalisme morbide, tout en se disant démocratique, est rien moins que démophile. Les sempiternelles incantations à propos des valeurs républicaines et de leurs fondements démocratiques cachent mal leur "avant-gardisme" natif. Tous ces progressistes, en leurs divers partis, de droite ou de gauche (ou de droite et de gauche !), veulent révolutionner, réformer, conserver pour le peuple. Mais ils n’acceptent pas que tout cela soit fait par le peuple.

Le monde moderne pourrissant est à l’agonie. Ses représentants caducs ne peuvent même pas envisager que toute transfiguration, car c’est bien de cela dont il s’agit, comporte une dose de mystique.

Cette pseudo-intelligentsia, on ne peut plus déphasée, en son progressisme benêt et, les saccages écologiques en témoignent, de plus en plus dévastateur, ne peut saisir l’atmosphère mentale de l’époque. Ce que le philosophe Ortega y Gasset, en son livre prémonitoire : La révolte des masses, nommait "l’impératif atmosphérique" du moment.

C’est parce qu’elle ne sait pas s’adapter au changement de climat spirituel en cours que la caste subira le sort qui fut celui, en leur temps, des dinosaures : périr.

Le monde moderne pourrissant est à l’agonie. Ses représentants caducs ne peuvent même pas envisager que toute transfiguration, car c’est bien de cela dont il s’agit, comporte une dose de mystique. Ce grand républicain qu’était, lui, Victor Hugo ne rappelait-il pas que l’on ne peut penser une goutte de vie sans mysticisme. Ce qu’il exprimait ainsi : "Savoir, penser, rêver. Tout est là".

Notre crise est existentielle plus qu’économique.

Comme tout rêve, ce mysticisme des gilets jaunes ne leur est pas forcément conscient. Mais, tel un instinct ancestral, il s’exprime tout à la fois dans les discussions des "ronds-points", où sans fin la parole circule et dans ces attaques des symboles de la société de consommation poussée à son extrême, les magasins et les banques des Champs-Elysées et les lieux du pouvoir d’État. Ils cassent le jouet qu’ils ne peuvent pas avoir, mais en même temps ils invalident la course infernale de la consommation à laquelle la modernité a réduit l’énergie collective. Consommation finissant en "consumation", Georges Bataille avait bien décrit cela.

Dans cette circulation et, contre les divers "sachants" s’arrogeant le monopole de la parole publique, s’exprime ce que, dans la tradition thomiste, Joseph de Maistre nommait le "droit divin du peuple". Souveraineté de la puissance naturelle qui, régulièrement, se rappelle au bon souvenir des pouvoirs établis. Ceux-ci n’étant que délégués et devant rendre des comptes au peuple qui en est le légitime détenteur. Ainsi que le rappelle l’antique adage (qu’il est inutile de traduire) : Omnis autoritas a populo.

Les divers commentateurs parlent, avec componction, pour ne rien dire. Obnubilés par l’économicisme qui leur est cher, ils en oublient que c’est une crise morale qui est en jeu.

C’est cette autorité qui reprend force et vigueur. Elle rappelle que, telle une vraie royauté, l’opinion est reine d’un monde. Les gilets jaunes reprennent la parole contre ceux qui, avec l’arrogance, la suffisance et la jactance que l’on sait l’ont monopolisée à loisir. Les divers commentateurs parlent, avec componction, pour ne rien dire. Et de cela on commence à se rendre compte.

Obnubilés par l’économicisme qui leur est cher, ils en oublient que c’est une crise morale qui est en jeu. Et qu’il s’agit moins de fournir un fatras de réponses technocratiques, pouvant satisfaire quelques "bobos" urbains et privilégiés, pouvant également tranquilliser un troisième ou un quatrième âges sans trop d’horizon lointain. Il est à cet égard frappant d’observer que la fréquentation du grand "Débat" national a eu pour coloration "cinquante nuances de gris" !

Vers une quête spirituelle.

En bref, ce sont moins des réponses bien formatées qui sont attendues que la capacité de savoir poser des questions. Ce qui n’est plus accepté, c’est un monde sans question et plein de réponses. Tout simplement parce que c’est à partir de l’insaisissable, ce qui est en devenir, ce qui est questionnant, que l’on peut saisir le saisissable. Celui de la vie Réelle.

Bachelard le rappelle, dans sa méditation sur la rêverie : "le nouvel âge réveille l’ancien. L’ancien âge vient revivre dans le nouveau". Voilà qui est d’actualité et peut illustrer cette secessio plebis que sont les ronds-points contemporains. Le peuple romain insatisfait du sort qui lui est réservé par le Sénat, et qui ne correspond en rien aux origines de l’antique République, cette res publica animant l’inconscient collectif, le peuple donc se retire, on s’en souvient, sur l’Aventin.

Face aux insurrections populaires, il faut rappeler l’importance de l’entièreté du corps collectif. Le corps et l’esprit mêlés en un mixte fécond.

Il est intéressant de rappeler qu’Erasme, dans son Eloge de la folie, rappelant cet "ancien âge", note qu’on ne le fit pas revenir par un discours "prétendu sage". Discours rationnel et plein de bonnes intentions. Mais bien par le fait de lui conter une fable. Agripa tente de convaincre le peuple en improvisant une fable. Celle de la complémentarité des "membres et de l’estomac".

Voilà qui fut judicieux. Face aux insurrections populaires, il faut rappeler l’importance de l’entièreté du corps collectif. Le corps et l’esprit mêlés en un mixte fécond. C’est cela la fonction du mythe rappelant que le corps social ne se nourrit pas simplement de pain, mais a besoin de rêve pour assurer la présence à l’être. Pour être, tout simplement. En une formule oxymoronique : un corporéisme mystique.

Dire avec justesse ce qui est.

C’est cet oxymore que l’élite ne sait pas ou ne veut pas comprendre. L’expert dès lors n’est plus un philosophe suivant le chemin ardu de la pensée, mais bien, pour reprendre un terme de Platon, un "philodoxe". Il court, ici et là, pour ne manquer aucune miette de la "société du spectacle". Il est un élément du spectacle intégré. Et il n’est plus, dès lors, pris en considération.

Ne l’oublions pas. C’est quand on ne sait pas dire, avec justesse, ce qui est, c’est quand le moralisme, ce qui devrait être, prend le dessus, que le peuple fait sécession. C’est aussi le moment où naissent les discours démagogiques, tout pétris de haine, de ressentiment et de xénophobie.

L’enjeu n’est donc pas négligeable. Il faut trouver les mots, les moins faux possible, pour dire la "volupté créatrice" qui, plus ou moins maladroitement, est en gestation dans notre postmodernité naissante. Les lieux communs et diverses bien-pensances ne suffisent plus, il faut avoir l’audace et le courage d’une pensée de haute mer. Là encore, entièreté de l’être, le courage n’est-il pas, tout à la fois, "le cœur et la rage" ? »

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Re: Réconciliation

8 Avril 2019, 08:12 Message

"Ce qui survient" est aussi consternant de simplicité qu'il est pourvoyeur de désastre : de l'ἰδέα, la figure de l'apparaître platonicienne, à la logique folle de l' "idée", en passant par tous les "idéalismes", pour finir dans le bavardage incontinent et la sotte ratiocination. Pauvre de nous ! Nous méritons bien notre avenir numérique — à supposer que tout ce petit monde ne s'effondre pas.

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