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Réconciliation

Sur notre déréliction civilisationnelle et sur les manifestations du délire contemporain.
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Re: Réconciliation

16 Avril 2018, 07:32 Message

Très juste. Bonne journée.

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Re: Réconciliation

18 Avril 2018, 09:42 Message

"Plus d'États ont péri parce qu'on a violé les mœurs que parce qu'on a violé les lois" (Montesquieu, Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, 1734)

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Re: Réconciliation

18 Avril 2018, 09:56 Message

À retenir et à méditer.

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Re: Réconciliation

18 Avril 2018, 15:17 Message

« Mieux vaut faire vouloir aux lois ce qu'elles peuvent, puisqu'elles ne peuvent que ce qu'elles veulent » (Montaigne)

Un commentaire à suivre :
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Montaigne stratège Eric Werner

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Re: Réconciliation

18 Avril 2018, 15:37 Message

La renaissance — par nature, définition, ou en toute logique, comme on le voudra — est anti-moderne. C'est la modernité qui est donc réactionnaire, dans l'incessante répétition d'elle-même.

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Re: Réconciliation

25 Avril 2018, 11:42 Message

« Une grande quantité d'intelligence peut être investie dans l'ignorance lorsque le besoin d'illusion est profond. » (Saul Bellow)

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Re: Réconciliation

25 Avril 2018, 12:22 Message

Une fois encore, et au risque de passer pour un flagorneur, je dis : oh, que c'est juste, bien vu et bien dit ! Cela fait image. On a trop vite fait de dire de tel ou tel : quel con ! Eh bien non, il y a, parfois, des trésors et des efforts d’intelligence, de talents, de «culture» employés à se préserver, à refuser de voir, à fuir, à se soumettre. Lâcheté, perversion, fatigue d'être soi. Ah, la cohorte des cons instruits ! Je suis, parfois, moi-même, soumis à la grande tentation de les comprendre trop.

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Re: Réconciliation

26 Avril 2018, 21:43 Message



Un Requiem angoissé, tendu, d'une extrême émotion, d'un courage, d'une lucidité et d'une profondeur à couper le souffle, qui abolit toute distraction, un diamant noir. Comme toujours, il faut arrêter l'écoute après la Sequentia pour cette œuvre si particulière. Et comme toujours, une interprétation radicale (Confutatis !), avec "son" orchestre, "son" chœur, "ses" solistes, au premier rang desquels Bernada Fink, bien sûr. Exceptionnel. Indispensable.

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Re: Réconciliation

27 Avril 2018, 08:32 Message

Pour y revenir un peu, ce matin.

Je ne suis pas un inconditionnel des enregistrements de Harnoncourt, loin s'en faut, même si j'ai toujours écouté avec un grand intérêt ses interprétations ; au fil du temps il a accumulé d'extraordinaires réussites (finale de la 41ème de Mozart ! — entre tant d'autres choses), et des "essais" nettement plus contestables. Le toujours vif intérêt en question s'expliquant par la personnalité si singulière, l'intelligence musicale si puissante, le sens aigu de la (re)création, et le cheminement sans pareil d'un étonnant novateur pétri de classicisme et de tradition, d'un impatient en quête désespérée du calme qui gît au cœur du tourbillon des passions.

Sa dernière période désarme toute critique, et nous offre un tableau saisissant ; de 5ème et 7ème en Missa Solemnis, de St Matthieu en Requiem, l'ombre gigantesque de la Mort pénètre partout et donne le ton, le ton ultime ; avec elle une décantation radicale s'opère : plus de parti pris, plus d'excès, plus de "tentatives", mais un aboutissement, un accomplissement. Et une sensibilité totale, les yeux grands ouverts, qui rend justice à ces œuvres comme aucun autre ne l'a même imaginé. Esthète et "mélomane" s'abstenir ; c'est l’œuvre d'un humble héros, profondément musicien.

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Re: Réconciliation

27 Avril 2018, 14:44 Message

Remarquable interprétation de ce Requiem en effet. Rien à ajouter aux mots parfaitement justes posés ci-dessus.

Ce que le Maître pensait à propos de l'éducation à la musique (et des Arts en général) :


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Re: Réconciliation

29 Avril 2018, 09:14 Message

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Re: Réconciliation

2 Mai 2018, 16:59 Message

« La réalité est une signifiance insignifiable»
Hugo von Hofmannsthal, Buch des Freunde

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Re: Réconciliation

4 Mai 2018, 10:29 Message

A ceux qui n'ont qu'une idée courante de la "philosophie", et qui toutefois restent intrigués, dans le sentiment confus que quelque chose d'important (pour ne pas dire d'essentiel), leur échappe peut-être de ce côté-là, que quelque chose pourrait les y attendre — auquel rien ni personne ne les a introduit, i.e. ne les a amené devant le saut qui seul change tout le regard* ; comme on prépare la rencontre avec une œuvre d'art authentique, comme on peut tenter d'y amener.

Un texte fort simple, mais à lire attentivement ; bouteille à la mer qui peut découvrir — qui sait — non pas un horizon, mais l'horizon qui nous précède de très longue date.

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On ne saurait mieux dire, ni plus simplement.
Introduction de Schelling, le traité de 1809 sur l'essence de la liberté humaine, Heidegger
Une lecture trop longtemps différée, en ce qui me concerne.

Fascinant, ce trio d'adolescents réunis dans la même chambrée de collège, qui forment le cœur battant de cette génération : Hegel, Schelling, Hölderlin ; "l'ornière du résultat" pour celui qui a fait autorité de son temps, et la vie la plus vivante, l’œuvre la plus féconde d'avenir pour les deux autres pourtant en échec, et même mis à l'abri par la folie pour le plus incroyable des trois.


* Que la "révolution copernicienne" n'en est pas une, elle n'est jamais qu'un simple décentrement ; qu'une révolution du regard, qu'une conversion à proprement parler reste à venir ; et que la pensée dite "philosophique" à toujours déjà opéré cette conversion, avant même Platon qui l'a si bellement évoquée.

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Re: Réconciliation

21 Mai 2018, 16:18 Message

Nouvel extrait de ce texte tout à fait passionnant.

On notera, au passage, que cet extrait est éminemment politique.

[NDLR pour la compréhension du début du texte : la liberté est un fait ; le système est une nécessité ; pourtant l'un et l'autre semblent s'exclure : quid ? On redira qu'il ne s'agit pas ici de bavardage pseudo philosophique ni de tarte à la crème]

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Re: Réconciliation

22 Mai 2018, 09:41 Message

Le fléau de cet admirable texte me semble être constituer de la phrase Toute philosophie est théologie en ce sens originel et essentiel que la saisie conceptuelle de l’étant en totalité pose la question du fondement de l’être, fondement qui a pour nom Dieu. Plus précisément encore [...] la saisie conceptuelle de l’étant en totalité[...] Dans la compréhension qui est la mienne, j’inclinerais à voir dans cette proposition un paradoxe pour ne pas dire un oxymore. C’est un débat qui court dans toute la scolastique puis dans sa remise en cause.

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Re: Réconciliation

22 Mai 2018, 14:54 Message

Et pourtant...

Il s'agit d'un court extrait, ce qui, comme de juste, ne permet pas de tout à fait appréhender ce qui est dit (mais il était difficile et probablement vain d'afficher le chapitre entier... il me semblait toutefois que cet extrait donnait à réfléchir, même sans connaître tout l'arrière-plan de ce livre.).

À ce moment de son cours, MH piste "l'idéalisme allemand" pour en démont(r)er la dynamique historique, en mettant en relief la richesse de "l'échec" de Schelling à résoudre les problèmes inhérents à ce dernier, problèmes qui s'inscrivent dans une très longue histoire, et sont tout spécialement liés à la "mutation" qui a engendré la "modernité". Il s'appuie donc, à ce moment de son explicitation, sur ce qui fait (encore), quoique de façon très problématique, la "base" de la pensée de Schelling. Il y a ici de profondes subtilités (et une maîtrise stupéfiante de la langue pour les abriter), il y a un "tremblement du sens" qui à tout moment et tout à la fois, sur la ligne de crête, menace de retomber dans l'ornière la plus fautive comme promet d'offrir la possibilité d'un basculement radical ; que Schelling recherche, en tâtonnant, du sein de son époque.

"Méléta to pan", sagesse grecque formulée par Périandre de Corinthe.
"Soucie-toi de l'étant dans sa totalité" traduit-on.
Or, il faudrait : "Soucie-toi de l'entièreté (pan)".
Qu'il n'y a pas d'existence à proprement parler, mais toujours déjà co-existence ; et que ce "co" ne vise en rien la masse des "autres" — qui "existent" si peu ou si faussement, faut-il le dire. Que c'est aussi bien une con-sistance : le singulier, comme séparé, renvoie à un "tout". La question "théologique" par excellence est celle du monde comme "tout" (Pan, et pas totalisation), comme "cosmos", et partant celle de son "fondement" : le Dieu (ou le divin). Elle ne peut être posée indépendamment de la question de l'être de l'étant comme tel, soit la question de la philosophie, la question même de "l'être". Toute "philosophie" (ou plutôt : "métaphysique") est donc nativement : onto-théo-logie, dit et redit MH. Avec la "saisie conceptuelle", on s'inscrit dans une filiation "Renaissante" puis des "Lumières", avec Spinoza (une cible de Schelling), puis Descartes, puis Kant, etc. C'est-à-dire qu'on reste dans la "philosophie", quand il faudrait retrouver les voies de son origine la plus propre, les chemins de la pensée vivante (cf. l'admirable (sic Finkielkraut) "Qu'appelle-t-on penser" du même auteur).

Mais je m'égare de façon un peu trop cursive. Après tout, je ne sais pas comment vous entendez cette phrase, en quoi elle vous semble relever de l'oxymore, et avec cela, je délabyrinthe moi-même assez confusément mon affaire.

En tous cas : merci de votre lecture et intérêt, c'est si rare, et de votre objection, sur laquelle je reviendrais si et dès que l'inspiration me viendra. De même, n'hésitez pas à prolonger si cela vous est possible

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Re: Réconciliation

22 Mai 2018, 15:20 Message

Lire votre prolongation, dont je vous remercie et qui me semble claire et pertinente, ne fait que me renforcer dans ma remarque qui n'était pas une objection et moins encore une contradiction. Tout au contraire, c'était un autre point vue d'où envisager le même point crucial mais en étant bien en accord avec la problématique. Comme vous le souligner, il s'agit d'un court extrait à propos d'une très vaste question. Ce que vous dites de la co-existence me va tout à fait. Comme ce que vous dites de la philosophie et des voies de son origine. Le singulier, comme séparé, renvoie à un "tout" Nous sommes, là encore, tout à fait d'accord. C'est la façon, j'allais dire la méthode, pour retrouver ces voies d’accès vers une nouvelle alliance qui m'intéresse et dont nous pourrions discuter. [M.L. nous disait que cette secrète polémique avec Theillard l'avait conduit à forcer le trait dans l'un de ses propres ouvrages] Mais dites-vous autre chose ? Je ne le crois pas.

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Re: Réconciliation

23 Mai 2018, 12:41 Message

La question "théologique" par excellence est celle du monde comme "tout" (Pan, et pas totalisation), comme "cosmos", et partant celle de son "fondement" : le Dieu (ou le divin). Elle ne peut être posée indépendamment de la question de l'être de l'étant comme tel, soit la question de la philosophie, la question même de "l'être".

Les guillemets sont de rigueur, ils enserrent bien, chacun, un monde entier. Je suis vraiment troublé par notre audace (surtout la mienne) à traiter, comme cela, à la louche, de questions aussi graves sur lesquelles se sont penchés d’éminents esprits —travailleurs, eux, ce que je ne serai jamais. Mais poursuivons, en quelques mots encore, puisque nous conversons entre amis.
Vous parliez d’une filiation "Renaissante" puis des "Lumières", que j’entendais comme une dégénérescence, même si nous sommes prêts, vous et moi, à reconnaitre, évidemment, les innombrables et secourables bienfaits de cet aspect de l’évolution des mentalités (nous laissons là le cirque des slogans et entrons dans la mystérieuse et insondable complexité du réel et de l’entendement humain qui cherche — c’est sa plus noble tâche — à le comprendre en même temps qu’il sent y être assujetti) Je parlais de scolastique. Entre les deux mouvements de cette partition de l’esprit, se situe une figure, dont je ne connais rien, bien entendu, mais qui m’a toujours fasciné, celle de Nicolas de Cues et — le texte que vous avez bien voulu nous proposer en faisait mention — son fameux dépassement des concepts par son union hypostatique. Cela me plaisait bien, ce truc là, quand j’étais petit garçon. Je me demande si ce n’est pas depuis lors que nous avons loupé une marche.
P.S. Si vous aviez un morceau de Schelling prenant Spinoza pour cible (pas trop long, svp !) Moi, j’aimais assez Spinoza, mais depuis que l’insipide Lenoir en a fait un bestseller au rayon du Développement Personnel, vous me connaissez, j’aime plus.

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