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Réconciliation

Sur notre déréliction civilisationnelle et sur les manifestations du délire contemporain.
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Re: Réconciliation

31 Octobre 2017, 17:45 Message

Quel baratin ! Et pourtant... ça et là, il me semble déceler quelques éclats d'une vérité brisée.

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Re: Réconciliation

3 Novembre 2017, 09:38 Message

Baratin ? Vous y allez un peu fort, tout de même...

***

Pour J.

Enseigner, c'est transcender.

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Re: Réconciliation

7 Novembre 2017, 14:19 Message

« Une excellente manière de te défendre d'eux, c'est d'éviter de leur ressembler » Marc Aurèle, Pensées pour moi-même VI, 6.

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Re: Réconciliation

8 Novembre 2017, 10:38 Message

« Quelle dose de vérité un esprit supporte-t-il, quelle dose ose-t-il ? tel a toujours été pour moi le critère véritable de sa valeur. L'erreur n'est pas un aveuglement, l'erreur est une lâcheté... »

Nietzsche, Ecce homo

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Re: Réconciliation

8 Novembre 2017, 13:40 Message

Quelle percussion ! Quelle étincelle fera-telle jaillir, en chacun ? By the way, de quelle vérité s’agit-il ? Est-elle triste ? Est-elle gaie ? Et puis, aussi, de quelle valeur ? De là, plusieurs propositions. Œdipe se crève les yeux. Cassandre est tenue pour folle. Alors, nous pouvons continuer à nous en prendre à la propagande. Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut voir, ni de sourd que celui qui ne veut entendre.
Bonne journée à chacun.

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Re: Réconciliation

10 Novembre 2017, 10:42 Message

Je me suis fait « piéger » (agréablement) par un livre, par ailleurs en provenance d’un legs indirect qui me touche. Il s’agit de : Nietzsche, essai de mythologie d’un certain Ernst Bertram, dont j’ignorais tout jusque-là. À première vue (titre, et quatrième de couverture), il avait un peu de quoi éveiller ma curiosité, et presque tout pour me disconvenir. Toutefois, après une préface assez intéressante, qui replace l’homme et l’ouvrage dans leur contexte (1918, donc précocement pour une intelligence aussi pénétrante de son sujet, et le « cercle » de Stefan George, dont on a un peu oublié l’influence, et dont cet auteur original s’est détaché, notamment avec et suite à cet ouvrage), après la préface, donc, l’introduction, intitulée « Légende », et donnant à ce titre son sens fécond — celui d’explication des signes, qui de la carte fait le territoire, soit tout l’inverse de ce que l’on pouvait craindre —, cette entrée en matière entraîne à pousser plus loin la découverte du livre. Qui se révèle captivant, et plaisant, nonobstant le caractère parfois horripilant de son sujet (horripilant de mauvaise foi, de laisser aller polémique, de jonglage improbable, de contradictions masquant les vrais déchirements, de jeu des masques au carré, etc.) — que ne compensent pas toujours ses traits les plus géniaux.

A dire le vrai, le seul Nietszche qui m’importe, c’est le métaphysicien pur et dur, le penseur, la vive arête de la crise à venir, l’annonciateur du Désastre, de notre pleine responsabilité d’icelui, et nonobstant le fourrier involontaire de celui-ci ; ce qui seul compte pour moi c’est sa place éminente dans la trajectoire allemande et occidentale, l’articulation de la première avec les déterminants les plus profonds de la seconde, etc. Tout le reste, c’est-à-dire 99,99% de la « production » intellectuelle le concernant n’est que (très) mauvaise littérature, notamment toute celle d’origine française — nos « intellectuels » se sont surpassés à ce sujet pour montrer les bavards ridicules, les salonards vains qu’ils sont pour la plupart, entraînant à leur suite la masse des gogos.

Soyons raide, faisons court : la seule « explication », car de penseur à penseur, qui vaille, c’est le cours sur Nietzsche de Heidegger, tant du point de vue de l’un que de l’autre. Et de Platon tout aussi bien, pourrait-on dire : cette conversation se fait à distance de siècles, et même de millénaire ; elle manifeste autant qu’elle engendre un Destin.

Alors ce livre ? Eh bien, il échappe à ma dichotomie, et c’est heureux. L’approche n’est pas proprement « philosophique », elle n’en est pas moins éclairante, et profonde à sa façon. Thomas Mann, ami resté fidèle à l’auteur jusqu’à sa mort, malgré la divergence de leurs vies à partir de 1933, en disait ceci : « Il sera réédité souvent et il provoquera toujours l’admiration ». Son essai de « mythologie » est en vérité une « généalogie » : quoi de plus nietzschéen ?

Deux choses m’ont frappé dans ce livre, la seconde très en marge de celui-ci.
D’abord que Nietzsche est de fond en comble profondément… luthérien. Comme toute l’Allemagne nordique, à un point stupéfiant si l’on y regarde bien. Pour ladite Allemagne, on pourrait croire à un cliché — mais pas dans ce livre ; le voir si puissamment chez celui qui se dit Dionysos — certes ultimement crucifié — cela « donne plus à penser ». Comme Kierkegaard, mutatis mutandis, on se dit que s’il avait pu prolonger encore un peu sa quête terriblement éprouvante, Nietzsche aurait pu finir… catholique. Ce catholicisme qui, soit dit en passant, est au départ du très jeune Heidegger, avec lequel ce dernier rompra spectaculairement, — et semble-t-il définitivement (« Sans cette provenance théologique, je ne serai jamais arrivé sur le chemin de la pensée. Provenance est toujours avenir » Acheminement de la parole — on le voit le « semble-t-il » n’est pas de trop).

Ensuite, très en creux, cela a accusé fortement à mes yeux cette dimension cachée de « l’explication » de celui-ci avec celui-là, qui traverse tout le chemin du dernier : la tentative presque désespérée, en urgence absolue, de nous retenir in extremis au bord du gouffre. Le fameux « pas en arrière », plus encore, peut-être, que d’être la condition de possibilité d’une reprise, est déterminé par une angoisse et un effroi devant ce qui se profile à l’horizon proche, et qui est enclenché de très longue date, au regard de quoi les atrocités du XXème siècle ne sont que prémices.

Pour finir : c’est une belle découverte, une plongée intelligente et fine au sein d’une destinée hors du commun, d’un auteur aussi exaspérant que passionnant, furieux que doux, puissant que fragile, joueur que sincère, bref : proprement écartelé à presque tous les égards, d’un penseur destinal pris dans la nasse, en devenir, l’une des rares cimes effectives de la pensée occidentale — elles se comptent presque sur les doigts des deux mains —, qu’on le veuille ou non.

Et un vrai cadeau.

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Re: Réconciliation

10 Novembre 2017, 22:35 Message

Je vous remercie, cher Didier de cette belle présentation. J'en retiens particulièrement la conclusion, votre phrase sur le pas en arrière et celle décrivant un penseur destinal pris dans la nasse. Merci.

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Re: Réconciliation

2 Décembre 2017, 18:10 Message

« Danger effroyable : que la politique d'affaires américaine et la civilisation inconsistante des intellectuels viennent à s'unir » (Nietzsche, VdP III, § 251)

« La société ne saurait plus former ses membres en tant qu' "instrument à ses fins propres", dès qu'elle est devenue l'instrument d'un mécanisme » (Klossowski, Nietzsche et le cercle vicieux)

Le capital hypertrophié, bras séculier du Néant.

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Re: Réconciliation

8 Décembre 2017, 19:23 Message

Saisissant résumé d'une sottise sans nom, dévoyant et débilitant un principe en effet supérieur, et qui a prospéré à un point inimaginable dans le domaine français, par là cause notable de notre déclin plus prononcé que chez d'autres :

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... et ils ne redeviennent égaux que par les lois. (De l'esprit des lois)


Décidément, l'ontologie n'est pas le truc des intellos français ; mais le jeu gratuit avec les artifices de la langue.

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Re: Réconciliation

10 Décembre 2017, 10:30 Message

La notion de vie facticielle, réunie avec le concept debordien de spectacle, sur fond de volonté de volonté piégée dans le calcul itératif tout autant que piégeant ce dernier : un assez bon outil pour "décrypter" le sombre aujourd'hui. Pas de bricolage syncrétiste dans cette articulation, de la logique, du sens, une révélation qui vient.

Un mot pour résumer le tout : la dévastation.

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Re: Réconciliation

Hier, 13:49 Message



Si cruelle, si touchante ! Si traîtresse, si belle !
Le calme rentre dans mon cœur purifié par la souffrance,
J’entends les harmonies célestes !
J’entends ta voix, Bonté ! (À Giselle.)
Va, ne sache jamais l’horreur de ma torture !
Que cette heure d’angoisse pour toi ne soit qu’un rêve !
Enfant, enfant, je te pardonne.

(Il donne le baiser de paix à Giselle, la relève et la conduit à un siège où elle tombe évanouie. Il la contemple longtemps puis se détourne, éclate en sanglots et se dirige vers la porte, le visage dans les mains.)

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