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Modernité et ignorance

Sur notre déréliction civilisationnelle et sur les manifestations du délire contemporain.
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Modernité et ignorance

10 Octobre 2014, 16:46 Message

Un entretien intéressant de Marcel Gauchet, suite aux lamentables attaques qu'il a du subir.

Entretien avec Marcel Gauchet : « Le monde moderne est sous le signe de l’ignorance. » (PHILITT)

« C’est un des grands changements du monde contemporain. Je ne vais pas refaire l’histoire complète des formes qu’ont pu revêtir les sociétés religieuses du passé mais un de leurs traits les plus frappants, c’est d’être en général dominées par un pouvoir politique qui tombe d’en haut (le divin, les ancêtres…). Un pouvoir vertical qui met le monde en ordre parce qu’il est lui-même en communication avec l’ordre de l’au-delà. Cette structure va survivre à la religion pendant très longtemps dans le monde occidental sous le nom d’État qui est un appareil de domination et de coercition. Il n’est plus autorisé par les dieux mais il domine la société au nom d’une science supérieure de l’ordre qui la conditionne. À partir de la Révolution française, le pouvoir devient petit à petit une représentation de la société. On élit les gens. Cette société se sépare du pouvoir et devient indépendante. C’est l’essor de l’économie. Désormais, ce qui compte ce n’est plus l’ordre insufflé par le politique, mais la dynamique sociale de l’initiative individuelle. On passe de la domination du politique à la domination de l’économie qui est l’emblème de l’indépendance de la société, laquelle acquiert son nom de société qu’elle n’avait pas. La société, telle que la sociologie basique nous l’enseigne, c’est une notion qui ne s’impose vraiment qu’à la fin du XIXe siècle. Cette société, qui vit sous le signe de l’économie, devient de plus en plus indépendante mais elle subordonne de plus en plus l’appareil politique. Aujourd’hui, les politiques sont les larbins de la société. »

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Re: Modernité et ignorance

13 Février 2016, 12:40 Message

Dans la même veine, à l'émission "Répliques" Jean-Pierre Le Goff s'oppose à un partisan du "convivialisme" qui semble bien résumer toutes les impasses de l'époque et dont la critique est bien menée à mon avis dans cette émission. Jean Pierre Le Goff, au lieu de la fuite en avant, propose un retour au réel et une reprise.

Décidément certains de la 2ème gauche participent bien au débat que nous avons ici.

Il y a dans le même sens une interview de Jacques Julliard dans le dernier numéro de la revue des deux mondes. (téléchargeable en PDF pour 10 €)

Résumé sur le site de France Culture :

Alain Caillé qui dirige depuis sa fondation la revue du MAUSS mouvement anti-utilitariste dans les Sciences Sociales a publié l'an dernier « Le convivialisme en 10 questions : un nouvel imaginaire politique » où il définit le convivialisme comme un art de vivre ensemble qui permet aux humains de prendre soin de la nature sans dénier la légitimité du conflit mais en en faisant un facteur de dynamisme et de créativité.

Jean-Pierre Le Goff a écrit « Malaise dans la démocratie » et on trouve dans cet ouvrage, entre autre anecdote significative, le récit du sommet des consciences pour le climat qui s’est tenu en juillet 2015 à Paris. L’appel pour ce sommet invitait à s’interroger en son for intérieur « Why do I care ? ».


http://www.franceculture.fr/emissions/r ... vrier-2016

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Re: Modernité et ignorance

16 Février 2016, 12:10 Message

« Là où l’ancienne éducation initiait, la nouvelle ″conditionne″. Avec l’ancienne, on traitait les élèves comme les oiseaux traitent leurs petits pour leur apprendre à voler ; dans la nouvelle, on les traite plutôt comme un éleveur traite ses jeunes volailles, pour des raisons dont elles ignorent tout. En un mot, l’ancienne éducation était une sorte de propagation –des hommes transmettant la force de leur humanité aux hommes-, la nouvelle n’est que propagande . »

« Si les rêves de certains planificateurs scientifiques se réalisent, la conquête humaine de la nature sera synonyme de domination de quelques centaines d’individus sur des milliards d’êtres humains. Dans ce cas, il n’y a et ne peut y avoir d’augmentation du pouvoir de l’homme. Tout nouveau pouvoir conquis par l’homme est aussi un pouvoir sur l’homme. Tout progrès le laisse à la fois plus faible et plus fort. Dans chaque victoire, il est à la fois le général qui triomphe et le prisonnier qui suit le char triomphal . »

« Le processus qui, si on ne l’arrête pas, abolira l’homme, va aussi vite dans les pays communistes que chez les démocrates et les fascistes. Les méthodes peuvent (au premier abord) différer dans leur brutalité. Mais il y a parmi nous plus d’un savant au regard inoffensif derrière son pince-nez, plus d’un dramaturge populaire, plus d’un philosophe amateur qui poursuivent en fin de compte les mêmes buts que les dirigeants de l’Allemagne nazie. Il s’agit toujours de discréditer totalement les valeurs traditionnelles et de donner à l’humanité une forme nouvelle conformément à la volonté (qui ne peut être qu’arbitraire) de quelques membres ″chanceux″ d’une génération ″chanceuse″ qui a appris comment s’y prendre . »

« Au moment de la victoire de l’homme sur la nature, on constatera que l’humanité tout entière est assujettie à certains individus et que ces derniers sont eux-mêmes soumis à ce qui est purement ″naturel″ en eux, c’est-à-dire à leurs pulsions irrationnelles. La nature, qui ne sera plus entravée par les valeurs, régnera sur les maîtres du conditionnement et, à travers eux, sur toute l’humanité. La conquête humaine de la nature s’avérera être, au moment de son succès apparent, la victoire de la nature sur l’homme. »

Qui écrit cela, en 1943 ? Clive Staples Lewis, dans L'abolition de l'homme

Une recension ici (Blog J-B Noé).

On peut fort bien lire notre destinée sans recours au fondement, hautement problématique, d'une morale "naturelle" ; sans nier non plus que « L’intelligence humaine n’a pas davantage le pouvoir d’inventer une nouvelle valeur qu’il n’en a d’imaginer une nouvelle couleur primaire ou de créer un nouveau soleil avec un nouveau firmament pour qu’il s’y déplace ».

La perte au carré, à s'entériner rageusement ; suites erratiques et sans fin de l'oubli de l'oubli.

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Re: Modernité et ignorance

23 Octobre 2016, 14:15 Message

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Re: Modernité et ignorance

23 Octobre 2016, 15:46 Message

On fait d'une pierre deux coups : pour la laïcité extrême et pour..l'avortement ! ;)

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Re: Modernité et ignorance

9 Novembre 2017, 10:13 Message

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Qui ne s'en est fait la réflexion ? Et pourtant... mensonges, demi-vérités, données biaisées, propagande, sottise, aveuglement volontaire, etc. prospèrent comme jamais et les "médias" avec !


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