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Hallu

Sur notre déréliction civilisationnelle et sur les manifestations du délire contemporain.
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Hallu

6 Décembre 2017, 10:28 Message

Ce matin, parcourant brièvement les news et les réseaux a-sociaux — j'hallucine.

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Re: Hallu

6 Décembre 2017, 12:05 Message

Je vous comprends...

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Re: Hallu

6 Décembre 2017, 12:10 Message

On ne le dit jamais dans les médias mais les étrangers ont du mal à comprendre le succès de Johnny Hallyday ! Moi aussi d'ailleurs...

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Re: Hallu

6 Décembre 2017, 13:31 Message

Votre étonnement m'étonne. Ne me dites pas que vous découvrez l'environnement quotidien des masses ! Rien que de très ordinaire. Il s'agit tout simplement d'un moment de célébration collective contemporaine, mes amis. Ne soyez pas accablés, bientôt la Coupe du Monde de Football viendra vous changer les idées.

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Re: Hallu

6 Décembre 2017, 14:58 Message

Voici ce qu'Ulysse a écrit ce matin :

"C'était une blague familiale d'enfant snob qui se croit au-dessus de son temps.

Pendant longtemps, j'ai bien fait rire mon entourage en déclarant, suite au moindre non-événement donnant lieu à un déchaînement médiatique de commentaires ineptes, de contre-vérités ou de cérémonies officielles : "Vous en avez vraiment marre, mais ATTENTION, ce n'est qu'une préparation, une préquelle, un apéritif, parce que quand Johnny Hallyday va mourir, là vous allez vraiment morfler"...
J'imaginais déjà, gosse, le bordel que ça allait créer et les jeux d'impostures si typiques de notre époque : un médiocre interprète belge américanisé célébré par l'État, honoré par toutes les autorités, qui a suivi toutes les modes les plus débiles par opportunisme servile, sans grand talent à vrai dire, sinon d'avoir une sorte de "timbre" étrange, à la texture bêlante, souverainement vulgaire.
Seulement voilà, ma blague était drôle mais je prends conscience aujourd'hui que ce n'était bien qu'une blague et que la mort de Johnny raconte une autre histoire que celle de la France des idiots incultes qui rêvent de Las Vegas et de romances mécaniques. Cette disparition, comme TOUT le reste, la dernière pub pour le dentifrice Colgate + extra-super-white, le dernier attentat au Pakistan, le tremblement de terre en Indonésie, sera oubliée aussitôt qu'advenue et tous les Jean-Karim de Bobigny, du 9.3, du 9.4 et d'ailleurs continueront tranquillement à écouter du PNL en rêvant de Gucci, LVMH et de féfé lancées à pleine vitesse dans une vie aux couleurs d'islam. Ma blague n'était drôle que d'anticiper sur le ridicule possible d'un psychodrame national causé par la mort d'un saltimbanque. Mais voilà : entre-temps, c'est la nation qui a disparu, son peuple qui a été remplacé, et même ce psychodrame sent sacrément fort l'affectation, le jeu, le théâtre, le mensonge. RIP Johnny = Je suis Charlie = sauver Willy = 140 nuances d'ennui.
Dans 4 jours, un nouveau miracle biotechnologique chassera l'image du vieux rocker travesti, et les derniers Français élevés à la pseudo-subversion rock'n rollesque pourront bien prendre conscience qu'ils ne sont qu'une fin de race - très exactement la fin de la fin de race française, celle qui avant de se laisser tuer et violer par l'Afrique avait vendu son âme aux USA. Dans leur cage d'escalier, Moussa et Aïcha regardent ça de très loin... Ils sont chez eux après tout. Wallah, qu'est-ce qu'on en a à battre ?

Ça ne meurt pas un peuple, un peuple, c'est remplacé."

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Re: Hallu

6 Décembre 2017, 17:40 Message

En voiture. J’y crois pas : France Musique en fait une tonne et programme une émission spéciale ce soir, France Culture consacre la moitié de son journal à l’artiste. Je croyais faire une blague à mon copilote en écoutant ces stations : mais après un moment de franche hilarité, il faut se résoudre à éteindre le poste... Au passage, hélas, nouvelle preuve que Renaud Capuçon est sérieusement atteint par la peopolite (sur FM).

Tous aux abris !

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Re: Hallu

6 Décembre 2017, 18:13 Message

P.-S. : Pour prolonger Ulysse : M. Smet, paix à son âme, est non seulement un chanteur de variétoche, mais il est au fond resté à travers ses diverses métamorphoses commerciales un yéyé. Soit un parfait représentant de cette génération débile, dans tous les sens du terme, la nôtre, celle qui a succédé à la génération formica-frigidaire d’après guerre, et chez qui le tropisme progressiste version modernité américaine est devenu addiction, servilité, et unique horizon, si l’on peut encore parler « d’horizon » à ce niveau. Les fans du showman ne regrettent pas la perte d’un peu de ce qu’ils sont, et donc de ce que nous sommes : ils pleurnichent sur leur aliénation devenue substantielle et leur vie de pacotille, comblée à grands coups (tac poum poum) de grégaritude et de sentimentalisme épais, pitoyable, obscène pour finir, à deux balles, frelaté et faux comme tout le reste, et donc publié et « partagé » à l’envi.

[Tapé SGDG sur un portable]

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Re: Hallu

6 Décembre 2017, 19:43 Message

La Bergé, si elle n'existait pas, il faudrait l'inventer...

Image


***

Sur un forum sportif : "Pour moi Johnny c’est toute ma vie de souvenir, donc 30ans que je baigne dans ses chansons, avec deux parents fan absolu, dont le 2ème prénom de mon frère johnny , Laura pour ma sœur et David pour moi. Sincères condoléances à sa famille, ainsi qu'à la France car indirectement il faisait parti de la famille de beaucoup d’entre nous. "

Notre Roberto Alagna non moins "national" ne fait pas beaucoup mieux, qui vante la "voix" extraordinaire de l'artiste...

N'en jetez plus !

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Re: Hallu

6 Décembre 2017, 20:27 Message

Didier Bourjon a écrit:Notre Roberto Alagna non moins "national" ne fait pas beaucoup mieux, qui vante la "voix" extraordinaire de l'artiste...

Du second degré ?

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Re: Hallu

6 Décembre 2017, 20:54 Message

Jean-F Chassaing a écrit:Du second degré ?

Je crains fort que non, Alagna s'est illustré depuis un certain temps dans le "cross over", et revendique haut et fort ses origines populaires. Ce en quoi il a raison, sauf à se caricaturer, ce qui lui arrive de plus en plus souvent.

Il fait partie de ces artistes qui ne savent pas s'arrêter à temps ; il a été admirable, très souvent, avec une diction, une voix, un timbre, un chant vraiment extraordinaires, renouant avec une tradition du chant français qui s'était presque perdue ; mais tout cela est passé, abimé, et...
Jonas Kaufmann m'inquiète aussi.
Il est sorti ces derniers temps une série de disques de type "récital" de "vedettes" du lyrique qui tous, hélas, à des degrés divers, ont permis de constater les premiers outrages du temps : Juan Diego Florez qui peine dans Mozart, Kaufmann, donc, qui paie sans doute ses (admirables) Siegmund, Parsifal et autre Lohengrin, et d'autres encore (c'est un boulimique par passion). Même "la" Bartoli... Et l'on voit la critique musicale juger ces enregistrements certes moins bons que les précédents, trouver ici et là de quoi justifier une petite réserve en lieu et place de l'enthousiasme qui auparavant était, à juste titre le plus souvent, de rigueur, mais jamais aborder de front le problème manifeste. On comprend que cela soit délicat, et bien ennuyeux, mais...

Ah, voilà qu'on reparle de musique... cela fait un bien fou...

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Re: Hallu

6 Décembre 2017, 23:00 Message

Musique encore.

Pendant que les "grandes chaînes" nous font une soirée entière sur qui vous savez (3 secondes passées dessus pour vérifier que oui, c'est bien cela, jusqu'à plus soif...), Mezzo passe l'enregistrement d'un Orfeo de premier ordre, en concert à la basilique St Denis, dirigé par le jeune chef Leonardo García Alarcón, que j'apprécie beaucoup. Une sorte de mise en scène avec des bouts de ficelle fait office de théâtre dans un contexte malaisé pour cela, cela ne relève certes pas du génie, mais peu importe : la musique proprement extraordinaire (d'aucuns diraient surhumaine...) et le chef-d’œuvre monteverdien sont bien là (encore un "coup d'envoi" si magistral qu'il ne peut plus que (se) décliner), avec une jeune troupe homogène, rompue à ce répertoire, une instrumentation originale et très réussie, quelques embardées de jeunesse qui se défendent toutefois très bien, et toujours cette couleur à la fois ancienne et intemporelle, aristocratique et populaire, que ce chef donne à la musique qu'il choisit de diriger, conformément aux origines de cette dernière. Remarquable.

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Re: Hallu

7 Décembre 2017, 12:50 Message

Permettez-moi de revenir à un chanteur sus-cité pour vous faire part de mon sentiment ainsi que d'une récente découverte musicale. (Je ne suis pas aussi à l'aise pour parler de musique, mais essayons tout de même...)

Je voulais donc reparler du ténor Juan Diego Florez : je n'ai pas la même analyse que Didier à l'écoute de son dernier disque de Mozart. Certes, la voix a significativement évolué, elle se dirige vers un ténor un peu plus "large" notablement. De là à parler de commencement de déclin, je trouve cela un peu prématuré, sauf à anticiper déjà l'évolution de cette voix, qui, fatalement, dans les années à venir, déclinera en effet. Pour de bon. (Je lui souhaite le plus tard possible.)

Je pense que M. Florez (ou quelqu'un dans son entourage) aura eu l'excellente idée d'enregistrer Mozart à ce moment précis de l'évolution de sa voix, qui est le moment idéal pour lui je crois. Mozart nécessite en effet une voix bien spécifique, tout sauf facile, en particulier pour les ténors. Nous sommes loin des pyrotechnies rossiniennes auxquelles M Florez est rompu, et pas dans le lyrisme (au sens romantique) non plus : le ténor mozartien, assez indéfinissable, est un ténor "soutenu", déjà large, ses airs tournent dans des tessitures élevées, voire très élevées (d'autant plus hautes et compliquées à soutenir que nous ne sommes plus au même diapason depuis le XVIIIe siècle, je le rappelle ! La reine de la Nuit s'en souvient plus souvent qu'à son tour...)
Toutefois, il me semble que M. Florez a commis une erreur dans cet enregistrement : vouloir "faire son ténor", là où Mozart ne le nécessite pas (jamais !). Serait-ce par habitude ? Un péché par excès ? La crainte que l'on attende cela de lui ? Je ne le sais pas. Mais il est certain qu'il s'est mis tout seul en difficulté, en voulant faire par ici une fioriture, par là un aigu supplémentaire qui n'étaient pas utiles à l'interprétation, et qui l'ont de fait confronté à une difficulté "technique" dont il n'est pas coutumier. (Car un aigu de Mozart est beaucoup plus difficile à réaliser qu'un suraigu Rossinien... Nous ne sommes pas dans le même registre ! Et M. Florez l'a peut-être mal évalué ?)
Du reste, je tiens à dire ceci : nous parlons ici avec une très grande exigence, et ma foi, je connais bien des ténors qui souhaiteraient "décliner" de la sorte ! J'ai trouvé le Mozart de M. Florez remarquablement bien chanté quoi qu'on en dise, et malgré mes réserves, je dois dire que j'ai été agréablement surprise par d'autres aspects de la ligne de son chant, très mozartien justement. Ce à quoi je ne m'attendais plutôt pas de sa part.

Autre écoute, autre chanteur : Sérénade, un disque de mélodies françaises, chantées par Thomas Hampson.

Pour le coup, le déclin vocal est bien là. Et c'est avec un pincement au cœur que l'on entend un vibrato un peu trop fluctuant, une ligne de chant moins solide, un timbre toujours beau mais plus aussi éclatant. Malgré tout, la finesse, l'intelligence et la culture de M. Hampson transparaissent tellement dans cette interprétation que je l'ai écoutée avec plaisir. La maturité du chanteur rend hommage à cette musique particulièrement exigeante et délicate.
Évidemment, la langue française - ah ! Il n'y à rein à faire décidément ! - gagnerait à être exprimée par un chanteur natif de notre langue. (C'est terrible tout de même : l'étranger qui parle notre langue bénéficie immédiatement d'un charme insoupçonné, mais s'il la chante... cela devient rapidement une catastrophe ! Cela est vrai de toute langue qui n'est pas maternelle, mais tout de même, le français est légèrement pire en la matière... Il faut dire que la musicalité à notre langue s'accorde déjà difficilement d'une mélodie autre que la sienne propre. Alors, rajouter un accent étranger, même léger, par là-dessus !)

Cher Eric, j'ai beaucoup pensé à vous en écoutant la chanson du pêcheur (Charles Gounod).
Dernière édition par Phénarète le 7 Décembre 2017, 15:21, édité 1 fois.

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Re: Hallu

7 Décembre 2017, 13:42 Message

[...]nous parlons ici avec une très grande exigence [...]
...et une grande science de la chose. Pour le moins, vous faites rêver, chère amie. Ah ! Les pêcheurs de perles...

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Re: Hallu

7 Décembre 2017, 15:02 Message

Très belle analyse, en effet, et quasi "professionnelle" ! Je plussoie et m'incline bien bas, tout en précisant deux ou trois choses, pour expliquer ma brève remarque au sujet de ce chanteur que j'apprécie fort, qui est de ceux qui vous mettent en joie, tout simplement, et qui sont irrésistibles dans certains répertoires, Rossini en tête, il va de soi. Ce qu'il y a, c'est que lorsque l'on aime et que l'on s'est habitué à une forme de perfection, on l'espère, on l'attend ; or, sa voix ne s'est pas seulement un peu élargie, elle s'est, "outrage" inévitable du temps disais-je, un peu assombrie, ce qui, pour une voix "solaire" par excellence s'entend tout de suite, et chagrine l'écoute (très exigeante, c'est vrai) ; d'autre part l'insolence de ses aigus, qui faisait merveille il y a peu encore (les neuf contre-ut de "Militaire et mari", bissé allègrement au MET !!!) fait place, dans cet enregistrement, à des aigus qui peinent parfois, ce qui désarçonne, et montre, nonobstant toutes les excellentes et très vraies raisons exposées par Phénarète, une faille pointant désagréablement le bout de son nez. Enfin, je suis surtout d'accord avec ceci : le style mozartien n'y est pas pleinement, pas encore peut-être, il reste encore trop d'idiosyncrasie rossinienne dans son chant, si je puis dire, et ceci est en effet l'une des causes de la mise en exergue parfois fâcheuse de cette menace de faille. Nous sommes cela dit très loin de la faillite, et il est vrai, surtout compte tenu de la concurrence actuelle, que c'est un très beau récital ; l'on ne peut qu'être heureux de voir Florez l'aborder. Tout de même : "Furor del mar", en premier morceau du disque est une fausse bonne idée : on est d'entrée de jeu confronté à ce qui gêne (un peu !). Soyons provocateur : si l'on veut comparer ce qui peut être considéré comme relativement comparable, on pourra réécouter... Pavarotti (dont je suis tout sauf "fan" (hum...) !!!) dans cet air (eh oui... enregistrement de 64, Glyndebourne, avec Janowitz jeune, ce qui ne gâte rien, faut-il le dire...) : voilà qui donne à penser ;) ...

P.S. d'accord aussi avec la critique du disque de Hampson ; quoique là, je serai nettement plus sévère, nonobstant la très grande estime que j'ai pour ce chanteur, musicale et extra-musicale, nonobstant les références absolues qu'il nous a donné, notamment dans Mahler (Rückert-Lieder avec Bernstein ! — "définitif", bien qu'un tel jugement n'ait pas de sens...). C'est que l'on noue des rapports quasi affectifs avec les grands interprètes, spécialement dans le chant...

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Re: Hallu

7 Décembre 2017, 18:35 Message

Madame, Monsieur, continuez. L’ignorant que je suis, se régale.

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Re: Hallu

8 Décembre 2017, 16:59 Message

Eric Veron a écrit:Madame, Monsieur, continuez.

Je crois que nous sommes assez d'accord, pour finir... encore que, si on lançait le sujet "Jonas" (Kaufmann)... ;)

Pour rester dans l'orbe de la musique, des paroles, et évoquer certain penseur, une citation.
Qui a dit, d'une façon étrangement prémonitoire de son destin :
« Quand j'ai quelques minutes pour penser à ce que je veux, je cherche des paroles qui aillent sur une mélodie que j'ai en tête, et une mélodie sur des paroles que j'ai également en tête, mais les deux ne vont pas ensemble, bien qu'issues d'une seule et même âme. Bah ! c'est mon lot ! » ?

Nietzsche, élève de Première à Pforta, dans une lettre à sa mère.

Et, dans les inédits de l'époque du Zarathoustra, ceci : « Vénérez-moi l'ascendance maternelle : le père n'est jamais qu'un hasard. »

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Re: Hallu

8 Décembre 2017, 18:16 Message

Qui a dit, d'une façon étrangement prémonitoire de son destin

Comment chasser de sa mémoire la scène ultime de cet homme se jetant, plein de larmes, au cou du cheval battu, avant de s’effondrer définitivement. Quoi de plus profondément et de plus tragiquement humain ?

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Re: Hallu

10 Décembre 2017, 09:06 Message

Ouf.

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