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Pourquoi l'école est foutue

Sur l'école, et ses alternatives
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Re: Pourquoi l'école est foutue

14 Février 2018, 10:59 Message

L'esprit de l'enseignement n'est-il pas fondé depuis des années sur "l'économie de (la) connaissance (s)" (dans un autre sens) ! :)

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Re: Pourquoi l'école est foutue

14 Février 2018, 15:30 Message

Ouverture des écoles indépendantes : une proposition de loi à surveiller (le blog de la liberté scolaire)

Faisant suite aux interrogations sur les écoles hors contrat, j'avais hésité avec le fil "liberté, liberté chérie..."......

" [...]
Cette proposition de loi consiste à soumettre l’ouverture des écoles, collèges et lycées privés hors contrat à un régime juridique particulièrement restrictif et dissuasif, qui a tout du régime d’autorisation sauf le nom :

1°Les délais d’opposition à l’ouverture seraient allongés à 2 mois (pour le maire) et 3 mois (pour les recteur, préfet, et procureur) au lieu de 8 jours actuellement pour le maire et d’1 mois actuellement pour les autres autorités. Les motifs d’opposition seraient fortement élargis, incluant désormais les programmes et les volumes-horaires par matière, ce qui constitue un changement majeur.

2° Les noms et les titres des enseignants devraient être communiqués en amont (alors qu’en pratique, la composition définitive du corps professoral ne peut que très rarement être arrêtée 4 mois avant le début, vue la pénurie actuelle d’enseignants).

3° La liste exacte des pièces constitutives du dossier à déposer serait fixée par décret, ce qui offre de moindres garanties que la loi, alors qu’il s’agit d’une liberté constitutionnelle. Les gouvernements successifs pourraient aisément ajouter d’autres pièces administratives et exigences par ce biais.

4° Les sanctions pécuniaires seraient renforcées en cas de non-respect des procédures.

Cette proposition de loi cherche manifestement à contourner l’obstacle de la jurisprudence constitutionnelle de janvier 2017 pour parvenir tout de même au but, alors avoué par Mme Belkacem en conférence de presse : freiner l’essor des écoles hors contrat.

Si cette proposition de loi aboutissait, elle aurait des conséquences très préoccupantes :

1° Les écoles hors contrat en viendraient à être nettement plus contrôlées par l’Education nationale que les écoles sous contrat, alors qu’elles ne sont pas financées par l’argent public, qu’elles sont bien plus fortement inspectées une fois qu’elles sont ouvertes (l’an dernier, presque toutes ont été inspectées par des commissions pouvant compter jusqu’à 12 membres !), et qu’elles portent sur l’établissement dans son ensemble, ce qui correspond à un contrôle bien plus approfondi et bien plus fréquent que dans l’enseignement public ou l’enseignement sous contrat (simple contrôle de conformité pédagogique, portant sur l’enseignant seulement, et organisé en moyenne une fois tous les 7 ans). Vu l’élargissement des délais comme des motifs d’opposition, on aboutirait à un contrôle d’opportunité, ce qui serait très grave pour une liberté de rang constitutionnel.

2° L’allongement des délais d’examen du dossier associé à l’exigence (déjà existante) de communiquer le plan des locaux, contraindrait les créateurs à louer à vide des locaux pendant des mois. Cela renchérirait lourdement le coût d’ouverture d’une école, et donc freinerait nettement les créations d’école d’une part et d’autre part favoriserait les écoles lucratives par rapport aux écoles associatives à but non lucratif (qui n’auront pas les ressources financières pour endurer de tels délais et donc de tels coûts).

3° Les projets pédagogiques (volumes et programmes) et même les profils de créateurs et d’enseignants ressembleraient davantage à ceux de l’Education nationale, ce qui réduirait l’intérêt présenté par les écoles indépendantes (qui auraient tendance à s’aligner sur les écoles publiques, pour obtenir un « droit à naître » de la part de l’administration). Les enfants perdraient la possibilité de disposer de vraies alternatives par rapport aux écoles suivant les programmes et l’approche pédagogique de l’Education nationale (enfants dys, HP etc..). Alors que l’Education nationale se montre pour l’heure impuissante à éviter que 40 % des enfants connaissent de graves lacunes à la fin du primaire, à redresser le niveau de lecture de nos écoliers (la France est 34ème au classement PIRLS 2017), il ne paraît pas légitime de pousser les écoles privées à ressembler davantage aux écoles publiques. Le bon sens du nouveau Ministre ne suffit pas à rendre désormais inutiles les alternatives au modèle scolaire unique promue par l’Education nationale.

En définitive, cette proposition de loi manque totalement ses buts affichés, pourtant consensuels : prévenir la radicalisation d’une part et d’éviter l’indigence académique d’autre part. Si elle venait à être appliquée, ses effets seraient contre-productifs.

1° On alourdit le régime d’ouverture des écoles déclarées alors que les problèmes de radicalisation comme d’indigence académique concernent les écoles clandestines (créées sous forme de cours de soutien ou centre culturel), qui ne sont contrôlées par personne. La priorité est de contrôler mieux ces écoles de fait, pas d’harceler les écoles légalement ouvertes ou pire de dissuader les créateurs d’école de déclarer leur école en alourdissant de manière disproportionnée les procédures à respecter. L’exemple cité par la proposition de loi – à mauvais escient du reste –, à savoir l’école Al-Badr de Toulouse, est à ce titre éclairant. Tous les moyens légaux existent déjà pour la faire fermer, et l’Etat – malgré la décision de justice – n’y est pas parvenu ! Une action législative nettement plus utile aurait été d’étendre le contrôle de l’Etat aux structures éducatives non déclarées légalement sous le statut d’école et d’inciter les services de l’Etat à plus de courage pour contrôler les structures réellement problématiques.

2° Les efforts doivent porter sur l’effectivité et la régularité des contrôles portant sur les écoles, une fois qu’elles sont ouvertes, sur pièces et sur place. En effet, il est vain de prétendre détecter des menées radicales ou une future indigence académique dans le dossier de déclaration. Les personnes voulant instrumentaliser les écoles au service du radicalisme n’auront pas souvent la bêtise de le clamer dans leur dossier de création.

Conclusion :

En alourdissant la procédure d’ouverture (financièrement et en temps), le législateur prend la responsabilité de réduire le nombre d’ouvertures d’écoles – alors que c’est un droit constitutionnel qu’il lui incombe au contraire de garantir, et pas seulement de tolérer.

Il prend aussi la lourde responsabilité de contribuer à la marchandisation du secteur – conséquence qu’il n’avait très probablement pas souhaité. Le retrait du texte est pour cela fortement recommandé. Une proposition de loi bien conçue portant sur l’accroissement du contrôle sur les structures périscolaires serait en revanche pertinente.

Anne Coffinier"

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Re: Pourquoi l'école est foutue

15 Février 2018, 08:58 Message

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Re: Pourquoi l'école est foutue

21 Février 2018, 14:34 Message

Enseignante en 6e, je constate le désastre : merci Peillon, merci Belkacem ! (Riposte Laïque)

"Ainsi que je l’ai déjà expliqué dans mes publications, je suis enseignante. J’enseigne notre belle langue française de la sixième à la terminale, au gré des affectations dans une de nos belles régions de France.

Ayant repris le métier après une longue coupure, j’ai pu mesurer l’indéniable baisse de niveau de nos élèves, depuis l’ère Mitterrand. Malheureusement, force m’a été de constater que cette chute graduelle est devenue exponentielle depuis le passage d’un certain Flamby et de ses ministres à la présidence de notre pays.

En effet, je suis depuis quelques mois en charge de deux classes de sixième. Et je ne peux que constater les dégâts. Ces élèves sont entrés au CP, à la rentrée 2012. Durant leurs cinq années de primaire, ils ont subi le pédagogisme poussé à son paroxysme.

Tout d’abord, et pour ne pas changer, la plupart d’entre eux ânonnent quand ils doivent lire et sur 10 qui lisent fluidement, 7 ne comprennent pas ce qu’ils lisent. Si le mot leur pose un problème, ils le transforment afin qu’il fasse sens pour eux, sans se soucier du sens général de la phrase.

D’autant qu’ils sont intellectuellement crasses. Ils ne savent pas le quart de la moitié de ce que nos parents avaient appris à la communale. C’est tout juste s’ils savent différencier un verbe d’un nom commun. Une terminaison de participe passé à la place d’un imparfait ou inversement, ne leur pose aucun problème. Leur vocabulaire est extrêmement pauvre. Une phrase à l’ancienne et ils sont perdus : » mais Madame, ça veut rien dire : Il leur offre de les accompagner. Ça veut dire quoi : maculée ? Pourquoi vous avez pas écrit le pas dans : il ne peut venir ? Etc. etc. Ils ne connaissent pas la simple règle de trois et donc encore moins la poser. Madame, ça fait combien sur 20, 20 sur 30 ? Selon les normes en vigueur, ils sont tous ( ou presque) dys quelque chose.

Faire une dictée relève du parcours du combattant : Tout d’abord vous devez interdire effaceurs et autres « blanco », car s’ils estiment avoir fait une erreur, ils veulent la corriger de suite, perdant ainsi le fil de la dictée, » madame vous pouvez répéter, madame ch’ais pu où j’en suis, madame j’comprends pas… » . Une fois que vous avez réussi à leur faire comprendre que la correction d’erreurs viendra à la relecture, vous pouvez alors très très lentement commencer la dictée. Très lentement, parce qu’ayant été nourri à la photocopie, ils ne savent plus écrire. Tracer à la main leur demande un effort surhumain. Et puis, il faut écouter et écrire en même temps… Leur attention est quasi nulle. Comme pour les troubles du langage et de l’écriture, selon les normes en vigueur, ils souffrent tous de TDAH. Trouble de l’attention et hyperactivité. Pourquoi, parce que l’école ne doit plus brimer, ne doit plus contraindre, l’école doit laisser l’enfant s’épanouir…. Résultat, ils se lèvent en pleine classe (nous parlons ici d’enfants de 11 ans, pas 2 ans) pour jeter un papier, aller chercher un cahier dans le casier, prêter un crayon à l’autre bout de la classe… et ne comprennent pas le reproche qui leur en est fait. Ils interrompent la parole, du camarade ou de l’adulte en permanence au prétexte de raconter tout et n’importe quoi, » mais madame, j’voulais dire que… » » cela a t-il à voir avec le cours ? Est-ce quelque chose que tu n’as pas compris ? » » Ben non » » bon alors tais toi et écris ». Quand ils ne réfléchissent pas à voix haute, chantonnent, se tiennent à genoux sur leur chaise, vautrés sur la table, avachis le long de la chaise… Ils tripotent en permanence leur stylo, leur tube de colle, leur souris correctrice dont ils dévident le fil, la règle ou la trousse qui finit par tomber…

Je dois vous avouer que je suis une très méchante enseignante qui fait écrire dans le cahier, ce qu’elle écrit au tableau. Je ne donne pas de photocopies. Avec moi, on écrit le cours dans le cahier, puis j’explique, puis on fait des exercices afférents au cours.

Le pédagogisme veut que ma pratique soit obsolète, au profit du tout oral. J’en veux pour preuve les manuels. En 2014, j’avais un manuel édité en 2011. Manuel sur lequel je pouvais appuyer mon cours. A la fin de chaque texte, de nombreuses questions étaient proposées, tant de grammaire que de compréhension du texte. J’ai maintenant le manuel édité en 2016. Il est d’une insondable vacuité. Il n’y a plus rien, si ce n’est une ou deux rares questions qui doivent être faites à l’oral, comme, » A l’oral explique ce que tu penses du texte. «

Tout cela combiné à l’éducation déficiente des parents. Un enfant, qu’on laisse pousser tout seul, tant les problèmes qui hantent l’adulescent devenu parent l’occupent. Un enfant qui doit comprendre que maman et papa n’ont pas que cela à faire, car ils doivent s’occuper de leur divorce, de leur nouvel épanouissement avec un nouveau compagnon, de leur épanouissement professionnel, épanouissement sportif, mental, amoureux, sexuel, et que sais-je encore. Au milieu, quelques gamins dotés de parents normaux, qui font leur boulot de parents, ont été normalement éduqués, ont eu droit à un instit vieille France qui leur a enseigné de véritables connaissances.

Le livre de Mme Lefebvre est ô combien d’actualité.

Laurence-Antigone "

Merci à elle pour ce témoignage.

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Re: Pourquoi l'école est foutue

21 Février 2018, 22:03 Message

Texte doublement révélateur : par ce que raconte cette personne (qui, hélas, est aujourd'hui tout ce qu'il y a de banal, et même très en-deça de ce qu'on peut voir dans un très grand nombre d'établissements), mais aussi... par la façon dont elle le raconte. Son propre niveau de langue est bien relâché, pour le dire aimablement, et il est pétri de syntagmes modernants dont celui-ci, un des plus insupportables : "faire sens". Chacun voit le dévalement qui succède au sien, en s'aveuglant sur ce dernier, dont il faudrait tout premièrement s'occuper.

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Re: Pourquoi l'école est foutue

25 Février 2018, 11:57 Message

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Re: Pourquoi l'école est foutue

29 Mars 2018, 08:18 Message

Voici le texte d'un professeur de français.
Édifiant.

"J’aimerais qu’on m’explique. Qu’on m’explique vraiment. Parce qu’enseigner dans de telles conditions, je ne vois pas comment c’est possible.
Je suis prof de français en REP (pas en REP + hein). Parmi mes 4 classes, j’en ai une qui est considérée comme « bonne » au regard des autres. Celle dans laquelle les élèves ne posent pas de gros problèmes de comportement, et où quelques-uns ont un bon niveau.
Dans cette classe composée de 23 élèves, l’un est en ULIS (section spécialisée pour élèves handicapés) et il ne participe pas au cours de français car il ne sait pas écrire une phrase. Mais chez lui, au moins, c’est reconnu. Une enseignante spécialisée le prend en charge (avec 12 autres, qui sont aussi dans cette section ULIS).
Pourtant, sur mes 22 élèves restants, j’en ai 8 qui ne savent pas ce qu’est une phrase. Ils sont pourtant en 4e. Ils ont eu des cours sur le verbe, le sujet, le complément, la majuscule et le point depuis le CP. Mais ils ne savent toujours pas ce qu’est une phrase. Parce qu’ils « ont des difficultés », terme générique qui veut tout et rien dire. Aucun diagnostic précis.
Trimestre après trimestre, année après année, les enseignants de ces 8 gamins ont dit aux parents que « les résultats étaient insuffisants », que leur enfant devait davantage se concentrer, mieux apprendre ses leçons, essayer de comprendre, poser des questions, cesser de s’amuser en cours, réfléchir davantage aux consignes, etc. Mais à part leur passer un savon (et encore, pas toujours), les parents n’ont rien fait de plus.
L’Institution est venue en aide à ces élèves. Ils ont eu des APC à l’école primaire, c’est-à-dire du soutien, tous les jours, pour les aider à assimiler les notions. Ils ont eu des supports adaptés et des évaluations adaptées, pour les encourager, pour leur donner confiance en eux, pour les laisser aller à leur rythme. Et ceci pendant 5 ans. Ils ont eu, en 6e, de la remédiation ciblée, sur ordinateur, en français et maths, à raison de deux heures par semaine. En 5e et en 4e, ils bénéficient encore de remédiation, d’encouragements, d’activités ciblées et adaptées, lors des séances d’AP (accompagnement personnalisé), à raison d’une heure en français et une heure en maths chaque semaine. Si l’on fait le total de toutes ces heures de cours quasiment particuliers, depuis le CP, on arrive à quelque chose de vertigineux, de l’ordre de 68 heures par an, soit près de 480 heures depuis le début de l’école élémentaire. Soit près de trois mois (à raison de 6 heures par jour) de scolarité en plus pour ces élèves « en difficulté ». Pour rien, ou presque.
Parce que non seulement ils ne savent pas écrire une phrase correcte, mais ils ne savent pas non plus écrire tout court. La plupart du temps, ils ne parviennent pas à se relire. Et quand ils y arrivent, ils déchiffrent et ne se rendent même pas compte de l’absence de sens de leur production, tant l’acte de lire se limite pour eux à déchiffrer.
Ces 8 élèves-là (dont 7 sont des Français « pure souche », je tiens à le préciser) iront vers la voie professionnelle. Ils en sont satisfaits, pour la plupart. Réfléchir, ce n’est pas leur truc. Apprendre des choses abstraites non plus. Pourtant, pour obtenir un bac pro ou un CAP, ils vont quand même être obligés de réfléchir et d’apprendre un minimum… Je veux bien qu’il y ait des « intelligences multiples », qu’on soit plus doué de ses mains que de son cerveau, mais ne pas être capable de comprendre un texte simple ou d’écrire une phrase correcte sera tout de même préjudiciable quel que soit le type d’études.
Pour eux, parce qu’ils représentent tout de même un tiers de la classe (je reviendrai sur les 14 autres), je multiplie les projets. Des jeux sur l’orthographe et la conjugaison pour rendre les choses moins académiques, aux reportages vidéo pour que l’écrit soit abordé de manière moins formelle, en passant par l’étude de films comme « Sur les chemins de l’école » pour leur montrer la chance qu’ils ont de pouvoir aller facilement à l’école, ou encore l’écriture de chansons (rap, bien sûr) pour établir un pont entre leur univers et celui de l’école, je jongle avec le programme pour tenter de leur enseigner quelque chose, qu’il reste quelque chose des heures qu’ils auront passées dans mon cours. En vain. Du point de vue humain, émotionnel, ils en retirent certes de la joie, de jolis souvenirs, quelques moments de motivation. Mais sur le plan purement scolaire, rien. Le ludique leur rend les choses moins pénibles, mais pas plus profitables.
Ils sont en 4e et sont incapables de formuler une pensée claire parce qu’ils n’ont pas les outils pour (vocabulaire, syntaxe, logique argumentative), et ce n’est pourtant pas faute de les leur avoir enseignés depuis des années. Leurs capacités de réflexion sont à l’image de leurs compétences en expression écrite : quasiment nulles. Car de la maitrise du langage nait la pensée élaborée. L’un ne va pas sans l’autre.
Mais on leur a toujours laissé penser que ça allait s’arranger, qu’ils allaient finir par engranger ces connaissances et compétences « du socle commun », à force de répétition. Si ladite répétition avait eu lieu de manière continue, c’est-à-dire jour après jour jusqu’à ce que la notion soit maitrisée, alors sans doute auraient-ils pu la mémoriser. Mais on n’a pas le temps : il y a un programme, dense et fourni, à faire. Alors on avance, et même si des dispositifs de remédiation ont lieu, ils sont dans tous les cas insuffisants, voire inefficaces (comme je l’ai dit plus haut).
Voyons maintenant les 14 autres élèves de la classe. Parmi eux, une fille brillante, qui devrait déjà être en seconde tant elle a de « facilités », comme on dit. En guise de facilités, elle fait simplement très correctement son boulot d’élève, avec rigueur et enthousiasme. Quatre autres filles s’en sortent bien, malgré quelques lacunes hallucinantes en orthographe et conjugaison, et certaines difficultés en ponctuation. Je reviens pourtant à chaque fois, sur chaque copie, sur ces erreurs que je corrige inlassablement. En vain : pour progresser en ces domaines, il faudrait que ces filles s’astreignent à revenir sur leurs copies et à faire l’effort de passer du temps à mémoriser les bonnes graphies, les bonnes terminaisons, les règles simples de la ponctuation forte. Cela leur prendrait du temps. Et entre les devoirs des 7 ou 8 autres matières qui nécessitent de la réflexion et/ou de la mémorisation, plus leur cours de danse et d’équitation, plus les weekends festifs avec les parents, plus les réseaux sociaux et la télé, c’est clair, elles n’ont pas le temps. Ces 4 filles, comme les 8 dont j’ai parlé précédemment, permettent de faire le constat suivant : tout ce qui est mal assimilé le restera à jamais.
Hormis ces cinq filles, dont les bulletins font la fierté des parents, les neuf élèves restants ont un profil que l’on qualifie de « médiocre ». Cela signifie qu’ils comprennent, sur le moment, ce qu’on leur explique. Mais qu’ils l’oublient très vite. Ils peuvent à la rigueur réussir une évaluation simple, s’il s’agit de ressortir par cœur le cours. Mais ils ne pourront pas s’appuyer sur leurs connaissances pour aborder des notions plus complexes, puisque ces connaissances se seront volatilisées sitôt l’évaluation terminée. Ce sont des élèves intelligents, mais qui ne travaillent que pour la bonne note, pas du tout pour s’enrichir intellectuellement. Avec eux, il faut toujours tout recommencer, comme avec les 8 premiers, à ce détail près qu’ils n’ont pas de « difficultés ». Leurs lacunes sont donc immenses, et s’ils frôlent le 10 de moyenne, c’est bien parce que l’Institution se montre extrêmement bienveillante à leur égard, en baissant constamment le niveau d’exigence.
Ainsi, dans une dictée, on ne compte désormais plus 1 point par faute d’accord grammatical, mais seulement 0,5. Il faut donc réussir à comptabiliser plus de 40 erreurs de ce type pour avoir un zéro. Quant à l’orthographe lexicale, on doit là aussi se montrer indulgent : 0,25 points en moins par erreur. Il faut donc 80 erreurs de ce type pour avoir un zéro. Sachant que les dictées contiennent, en moyenne, 150 mots, on voit que même avec 20 erreurs d’orthographe grammaticale et 20 erreurs d’orthographe lexicale (ce qui est déjà énorme), on a quand même 5/20. Et tout est à l’avenant…
Ainsi, dans cette « bonne classe » de 4e, sur 23 élèves, j’en ai 5 qui tiennent la route, et 18 qui ne vont pas, de facto, être capables d’assimiler le programme de ce niveau. Soit parce qu’ils n’ont pas acquis les compétences de base (les 8 premiers), soit parce que leurs connaissances et compétences sont tellement superficielles et lacunaires qu’une bonne partie des savoirs et savoir-faire à mobiliser leur sont inaccessibles.
Mais je dois faire le programme, parce que mon inspecteur l’exige, et parce que les 5 qui « tiennent la route » ne doivent pas être pénalisés à cause des 18 autres. Alors bien sûr je différencie, j’adapte, je fais des grands écarts en permanence et je reformule sans arrêt. J’explicite pour les 18 et j’ironise pour les 5. Je parle de la subordonnée circonstancielle et je réexplique, pour la 8e fois de l’année, comment on reconnait un verbe conjugué. Je donne des textes à étudier qui correspondent au programme, mais je ne demande pas à tout le monde de savoir répondre aux questions : je n’humilie pas. Je privilégie le travail en petits groupes, en variant les démarches : tutorat des plus forts envers les plus faibles, ou groupes de niveau avec types d’exercices adaptés. Je jongle, je me contorsionne, je passe des heures à chercher des stratégies, à préparer des projets et des évaluations différenciées, à faire intervenir l’interdisciplinarité. Je rencontre les parents, je mets en garde, j’explique le fonctionnement du système scolaire, j’invite à aller à la « classe ouverte » du midi ou à l’aide aux devoirs du soir. Je fais des séances de coaching, je mets en place des calendriers et des protocoles de micro-objectifs à atteindre (personnalisés), j’encourage à n’en plus finir, je lis les articles des chercheurs en sciences de l’éducation, je fais le clown, j’explique le fonctionnement du cerveau, je prends le temps de diagnostiquer le type de mémoire (visuelle, auditive ou kinesthésique) de chaque élève, je fournis un protocole de mémorisation personnalisé. Je choisis avec soin l’ordre dans lequel j’aborde chaque notion, le relie à ce qui a été vu avant, pratique la didactique spiralaire, utilise les nouvelles technologies dans mon cours. Je prends des plantes pour garder mon calme en toutes circonstances, je néglige ma famille pour travailler encore et encore, je subis avec dignité les quolibets et véhémentes diatribes de l’opinion publique, qui me croit au club Med.
Et tout ça pour quoi ? Pour rien.
Les 5 filles n’ont pas besoin de moi pour progresser, un ordinateur ferait aussi bien l’affaire. Et les 18 autres, malgré mes efforts dantesques, resteront exactement là où ils en sont aujourd’hui, à très peu de choses près. Et ces 23 élèves-là, ce sont d’une « bonne classe ». Je vous laisse imaginer ce que sont les autres classes…
Je pourrais m’en moquer, devenir cynique. Profiter de mes fameuses vacances, cesser de faire des efforts et laisser les élèves dans leur ignorance crasse. Mais, bien que beaucoup de gens me conseillent de faire ainsi, je ne peux m’y résoudre. Quand on fait ce métier, c’est parce qu’on sait, intimement, que la maitrise du langage est fondamentale dans une vie. Lire et écrire, à un niveau décent s’entend, c’est la seule porte de sortie vers la liberté. Je devrais accepter que ces ados, si attachants par ailleurs, soient le jouet, dans quelques années, de toutes les manipulations possibles et imaginables ? Non, je ne peux m’y résoudre.
Alors j’aimerais qu’on m’explique, qu’on m’explique vraiment, comment je peux mener à bien ma mission dans un tel contexte. Pour que les Yann Moix et autres détracteurs de l’Education Nationale cessent de dire que les profs sont des feignasses incompétentes, d’une part, et que nos élèves accèdent enfin à un niveau correct. Par exemple, celui de fin de 3e. J’attends."

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Re: Pourquoi l'école est foutue

29 Mars 2018, 09:28 Message

À mon sens le problème réside dans l’incapacité à la réflexion soulignée dans le texte. Réfléchir est une torture ou une activité franchement obscène. J’ai observé ce phénomène à l’Université : les étudiants estiment que le professeur doit leur donner des connaissances qu’ils récitent le jour de l’examen. Ils sont complètement affolés et s’estiment trahis quand on leur demande une réflexion à l’aide de ces connaissances.

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Re: Pourquoi l'école est foutue

29 Mars 2018, 09:33 Message

Jean-F Chassaing a écrit:les étudiants estiment que le professeur doit leur donner des connaissances qu’ils récitent le jour de l’examen. Ils sont complètement affolés et s’estiment trahis quand on leur demande une réflexion à l’aide de ces connaissances.


Il en ainsi de toute la "vie sociale", désormais. Nous n'avons plus à faire qu'à des machines déblatérantes, même plus "désirantes", des ventriloques du salmigondis qui tient lieu de discours universel, qu'à des zombies de leur existence, des automates "dirigés par les données" (comme on disait en informatique quant à la conception des programmes) — qu'à des abrutis finis. L'abrutissement, voilà bien la seule chose qui soit "finie" chez nos contemporains béats devant leur abyssale nullité ; la régression amibienne, voilà bien leur ataraxie.

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Re: Pourquoi l'école est foutue

29 Mars 2018, 10:23 Message

Et en prime, d'un professeur de philosophie :

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Re: Pourquoi l'école est foutue

1 Avril 2018, 09:03 Message

À Tolbiac comme à Toulouse, les étudiants bloqueurs demandent d'obtenir 10/20 minimum à tous leurs partiels pour valider automatiquement leur année...



Ce n'est pas très nouveau, mais tout de même...

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Re: Pourquoi l'école est foutue

1 Avril 2018, 09:11 Message

Qui monterait dans un avion, subirait une intervention chirurgicale si les pilotes et les médecins étaient recrutés par cette "méthode". Surement pas eux.

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Re: Pourquoi l'école est foutue

5 Avril 2018, 09:11 Message

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Re: Pourquoi l'école est foutue

5 Avril 2018, 12:39 Message

Pour prendre des notes il faut écouter et comprendre. Si les étudiants ne savent plus prendre des notes c’est à cause de leur habitude qui les fait ingurgiter des choses qu’ils ne comprennent pas. Face à un cours magistral ils ne peuvent tout noter, mais pour noter l’essentiel il faut faire l’effort de comprendre et l’habitude, si elle a jamais existé, en est perdue. Donc certains notent n’importe quoi, y compris les plaisanteries et se retrouvent devant un galimatias qu’ils apprennent pour le recracher à l’examen. À aucun moment la question du sens n'a été abordée.
Dernière édition par Jean-F Chassaing le 6 Avril 2018, 08:43, édité 1 fois.

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Re: Pourquoi l'école est foutue

6 Avril 2018, 08:32 Message

Réquisitoire implacable, et indiscutable, cher Jean-François...

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Re: Pourquoi l'école est foutue

6 Avril 2018, 10:52 Message

P.S. :



Mai 68 pour les Nuls.

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Re: Pourquoi l'école est foutue

6 Avril 2018, 10:59 Message

Le pauvre chien se demande ce qu’il fait avec cette bande de débiles.

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Re: Pourquoi l'école est foutue

6 Avril 2018, 12:05 Message

Sans vouloir vous offenser, cher Jean-François, je crois que vous êtes totalement à côté de la plaque. La vidéo que nous propose l’ami Didier est une représentation, par un living theatre de banlieue, dans une mise en scène un peu osée, des Précieuses Ridicules de Molière.

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