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Grexit

Sur l'économie, la finance et le travail à l'époque du virtuel et de la décroissance à venir.
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Re: Grexit

20 Juillet 2015, 08:15 Message

Je vous remercie de votre écho, Cher Philippe. Il est hors de mon propos d' innocenter les Grecs (qui ne deviendront pas sobres soudainement)

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Re: Grexit

20 Juillet 2015, 09:29 Message

Enfin, ce qui compte par dessus tout, c'est bien ce qui est en train de se passer sous nos yeux, et qui est bel et bien le début de la fin de l'eurocratie... ou qui sera sinon celle du peu qui nous reste de "démocratie", c'est-à-dire de possibilité de demeurer dans notre être à travers notre souveraineté. Cette demeure, la refusera-t-on aux Grecs ? Et nos boutiquiers Allemands, obnubilé par leur cassette et oublieux de l'histoire, la leur propre aussi bien, qui termine en queue de nouilles, qu'en font-ils ?

J'ai vraiment de temps à autre des difficultés à vous suivre cher Didier car comment voulez-vous que nous demeurions dans notre être souverain quand le régime, en dépit de tout ce qui arrive, continue à laisser entrer par centaines de milliers des gens originaires du tiers-monde qui pour la plupart restent et resteront chez-nous des extra-terrestres refusant de vivre comme les romains à Rome.

La question grecque qui aujourd'hui nous préoccupe me semble être sur le long terme secondaire car ce qui se passe depuis maintenant 40 ans dans tout l'occident me semble beaucoup plus grave pour la survie de notre être souverain.

Pour moi ce qui saute aux yeux c'est le fait que la gabégie est partout aussi bien dans les conditions d'entrée de la Grèce dans la zone euro que dans le traitement des demandeurs d'asile et je dis cela sans impliquer un complot franc-macon ou américano-juif comme on peut lire des millions de fois sur le web.

Très accessoirement, M. Brunet est une planche pourrie — et je suis sympa.

Oui, absolument et il ne peut en aucun cas être pris au sérieux.

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Re: Grexit

20 Juillet 2015, 09:49 Message

Rogemi a écrit:quand le régime, en dépit de tout ce qui arrive, continue à laisser entrer par centaines de milliers des gens originaires du tiers-monde qui pour la plupart restent et resteront chez-nous des extra-terrestres refusant de vivre comme les romains à Rome.


Cela, qui est en effet le point crucial, ne doit pas grand chose à notre "régime", et presque tout à l'Euroland et à son idéologie totalisante... CQFD.

Le constater, c'est rappeler que sans souveraineté politique, et donc monétaire, pas de souveraineté du tout, et nous ne pouvons plus être qu'une "ville ouverte" à tous vents, selon un projet déterminé par ailleurs. Ce qui vise à détruire ce que nous sommes, qui aspire à liquider notre demeure, forme un tout ; comme tel il est multifacettes, mais si une de ses parties cède, l'ensemble, comme ce fut le cas pour l'URSS par exemple, peut s'effondrer très vite. Il semble qu'en face, ils en soient assez conscients...

Dans cette optique la question grecque pourrait ne pas être secondaire, comme toute autre (ça se bouscule au portillon) de nature à gripper la machine. Le point faible de Tsipras, nous l'avons dit, c'est sa volonté (et celle de son opinion, qui n'est pas le peuple) de rester à tout prix dans l'euro, que ce soit pour poursuivre les combines et/ou par peur de l'inconnu et conscience de son incapacité à y faire face. C'est aussi le piège dans lequel l'Euroland est retombée, avec la bénédiction de qui vous savez, qui a son "agenda" propre. Ce point dur, c'est le cœur de la crise, et l'un de nos meilleurs espoir : la "messe n'est pas dite" (cf. supra sur ce fil), bien au contraire ! Du reste, même en l'état, les événements n'ont pas fini de produire leur onde de choc tous azimuts, et principalement sur le plan politique. Qui dit mieux pour l'instant ?

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Re: Grexit

20 Juillet 2015, 10:15 Message

Du reste, même en l'état, les événements n'ont pas fini de produire leur onde de choc tous azimuts, et principalement sur le plan politique. Qui dit mieux pour l'instant ?

La montée aux extrèmes que représente ce diktat à la Grèce va-t-elle vraiment provoquer l'onde de choc libératrice ?

Je voudrais avoir le même ressenti que vous, cher Didier, mais le doute m'obscurcit la vue et je broie du noir ...

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Re: Grexit

20 Juillet 2015, 10:30 Message

Je ne suis pas encore tout à fait convaincu que M. Tsipras tienne absolument à demeurer dans la zone euro. Peut-être attend-il que mûrisse le fruit, qu' il se gâte jusqu'à pourrir l' ensemble du panier. Là encore, les choses pourraient aller plus vite qu' on ne le croit.

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Re: Grexit

20 Juillet 2015, 10:33 Message

Rogemi a écrit:La montée aux extrèmes que représente ce diktat à la Grèce va-t-elle vraiment provoquer l'onde de choc libératrice ?

Il s'agit surtout, pour l'heure, de la montée aux extrêmes des contradictions internes du système, ou de ses impasses logiques, et de celle de son conflit intrinsèque avec l'existant, qui se rebiffe — bien plus que d'erreurs de stratégie ou de "gestion". En cela, c'est (malgré tout) encourageant, en tout cas "à suivre" de près, sachant, en effet, qu'une montée aux extrêmes politique et finalement guerrière (guerre économique, civile, intra-européenne, externe, tout à la fois...) est bien possible dans la fuite en avant des uns et des autres. D'où la nécessité absolue de conserver et la plus grande lucidité possible et la "juste mesure" dans l'appréciation des choses, par exemple ici de la "question grecque".

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Re: Grexit

20 Juillet 2015, 10:37 Message

Cher Éric, il me semble que les "retours" d'Athènes indiquent au moins de façon certaine qu'il y a eu débandade devant l'énorme difficulté et le risque considérable que représentait ledit "saut dans l'inconnu" (et du fait d'une absence presque complète de compétences et de moyens étatiques, sans même parler d'expérience, pour y faire face) ; devant aussi la situation immédiate créée de toutes pièces par l'Euroland, ce qui devrait tout premièrement scandaliser.

Ce n'est pas, cela dit, contradictoire du côté de Tsipras avec une décision de parvenir à la destruction de l'euro, à terme ; retraite stratégique d'un côté, victoire à la Pyrrhus de l'autre...

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Re: Grexit

20 Juillet 2015, 15:50 Message

Absolument pathétiques : Olivier Delamarche VS Malik Haddouk (BFM Business)

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Re: Grexit

21 Juillet 2015, 07:45 Message

Un papier dans Causeur de Roland Hureaux qui résume assez bien mon sentiment, notamment en sa partie centrale, sur les vrais "extrémistes" et "idéologues" (c'est une réponse à une "une" du Point), et que signale l'ami Rogemi :

L’Europe contre «les charlatans»

« On ne ferait que rappeler des évidences en relevant dans ces comportements les symptômes de ce qu’il faut bien appeler un régime idéologique, étendu à toute l’Europe : véhémence à l’égard des opposants – qui ne sont pas encore des vipères lubriques mais ça pourrait venir –, refus d’un dialogue serein, remise en cause des principes les plus sacrés, la démocratie en l’occurrence, dès lors qu’il s’agit de sauver le système, monolithisme des cercles dirigeants et des grands médias, désormais confondus dans la défense de l’euro. Il existe d’autres convergences : la plus patente est que les idéologies ont toujours l’effet inverse de celui qui était recherché : l’euro devait apporter la prospérité, des comportements plus homogènes et l’amitié entre les peuples d’Europe ; il apporte partout – et pas seulement en Grèce –, la récession; il éloigne des peuples (pour des raisons économiques faciles à comprendre dès lors qu’on a affaire à un véritable spécialiste et non à un idéologue), surtout il crée la désunion là où elle n’avait pas lieu d’être : entre Grecs et Allemands qui ne se seront jamais détestés autant depuis qu’il y a l’euro et surtout entre Français et Allemands pour qui cette histoire absurde érode dangereusement, de crise en crise, une relation privilégiée de plus de cinquante ans. »

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Re: Grexit

21 Juillet 2015, 18:50 Message

A qui profitera le «Moment grec»?
Dernier inventaire avant recomposition (Blog Causeur)

« Qui pourrait bien emprunter ce modèle dans les prochaines années ? Ce ne sera pas Nicolas Dupont-Aignan, dont le noyau des troupes provient de la frange gaulliste sociale qui militait naguère pour Séguin et Pasqua. Il tente bien, parfois, d’apparaître plus "libéral" que Marine Le Pen, empruntant une sémantique destinée aux petits patrons, aux commerçants et aux artisans, mais ce n’est visiblement pas son ADN. D’ailleurs, si Jean-Pierre Chevènement lui fait des avances et sera présent aux universités de DLF à la rentrée, ce n’est pas pour faire du Cameron. Finalement, celle qui pourrait incarner à l’avenir ce souverainisme libéral, combinant hostilité à l’euro et à l’intégration européenne, mais dans un esprit plus britannique, c’est sans doute Marion Maréchal Le Pen, en menant cette bataille à l’intérieur du FN contre sa tante et Florian Philippot. Ces deux derniers, même s’ils essuient pour le moment la tempête provoquée par le vieux patriarche, demeurent les grands bénéficiaires du « Moment grec ». L’idée qu’il n’y a pas "d’euro sympa" leur permet de gagner la bataille face au Front de gauche, qui les accusait d’être défaitistes en promouvant directement la sortie de l’euro. De surcroît, aux yeux des ouvriers et des employés, ils apportent une cohérence d’ensemble contre les différentes facettes du libéralisme mondialisé. Non seulement ils s’opposent à l’euro depuis plus longtemps, mais ils sont opposés à la libre circulation des marchandises, des capitaux… et des hommes. Pour séduire les classes populaires, le sans-frontiérisme de la gauche radicale constitue en effet un handicap et le demeurera, même si elle fait son aggiornamento sur l’euro.

Si les crises à répétition de l’euro vont certainement revenir, la prochaine bataille, le prochain "Moment" devrait survenir au moment des votes du traité transatlantique. La gauche radicale sera-t-elle plus à l’offensive que le FN et surtout plus audible ? Le PS cèdera-t-il encore sur ce dossier à l’intransigeance allemande par foi dans la construction européenne, malgré son ministre euro-critique Matthias Fekl, au centre des négociations ? La droite classique LR-UDI demeurera-t-elle la meilleure élève d’Angela Merkel ? Des recompositions auront-elles enfin lieu à cette occasion ? »

Analyse pas inintéressante, assez juste à gauche, plus insuffisante pour la droite classique, et enfin nettement plus hypothétique côté FN.

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Re: Grexit

21 Juillet 2015, 23:07 Message

Analyse pas inintéressante, assez juste à gauche, plus insuffisante pour la droite classique, et enfin nettement plus hypothétique côté FN.


Pas inintéressante. Vous êtes vraiment, Cher Didier, un homme de très bonne volonté.

Finalement, celle qui pourrait incarner à l’avenir ce souverainisme libéral, combinant hostilité à l’euro et à l’intégration européenne, mais dans un esprit plus britannique, c’est sans doute Marion Maréchal Le Pen, en menant cette bataille à l’intérieur du FN contre sa tante et Florian Philippot. Ces deux derniers, même s’ils essuient pour le moment la tempête provoquée par le vieux patriarche, demeurent les grands bénéficiaires du « Moment grec ». L’idée qu’il n’y a pas "d’euro sympa" leur permet de gagner la bataille face au Front de gauche, qui les accusait d’être défaitistes en promouvant directement la sortie de l’euro. De surcroît, aux yeux des ouvriers et des employés, ils apportent une cohérence d’ensemble contre les différentes facettes du libéralisme mondialisé. Non seulement ils s’opposent à l’euro depuis plus longtemps, mais ils sont opposés à la libre circulation des marchandises, des capitaux… et des hommes. Pour séduire les classes populaires, le sans-frontiérisme de la gauche radicale constitue en effet un handicap et le demeurera, même si elle fait son aggiornamento sur l’euro.

Oui, enfin tout ça, c'est de la bouillie pour les chats.

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Re: Grexit

24 Juillet 2015, 08:40 Message

71% des économistes interrogés par Bloomberg voient un Grexit avant fin 2016.

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En même temps, c'est pas trop dur...

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Re: Grexit

24 Juillet 2015, 15:29 Message

"Sans pincettes"...
Analyse par l'IFRAP de la disparités de mesures prises et du favoritisme pratiqué (les forts et le public) : Rien d'original sinon quelque de chose de très important, l'analyse quantitative qui montre une incompétence crasse ou une aboulie plus qu'inquiétante derrière la gestion technocratique.

Le processus d’ajustement budgétaire en Grèce impulsé par la Troïka (Commission européenne, BCE et FMI) a eu des résultats positifs au vu des indicateurs macro-budgétaires (voir la note de Thibault MERCIER, La dette grecque est-elle insoutenable ?) relatifs à l’assainissement des finances publiques helléniques (taux de croissance nominale de 3,3%, excédent primaire attendu de 4,1%, baisse anticipée de la dette publique de 6 points de PIB) avant l’arrivée au pouvoir de Syriza début 2015. Malheureusement, la manière dont ces résultats ont été obtenus n’est pas brillante. C’est tout l’intérêt de l’étude que vient de publier la Fondation Hans-Böckler sous la plume de deux chercheurs grecs Tassos Giannitsis et Stavros Zografakis, Greece : Solidarity and adjustment in times of crisis. Les auteurs n’y vont pas par quatre chemins et ne mâchent par leurs mots : en regardant les comptes nationaux et notamment les revenus des agents économiques entre 2008 et la période 2012-2013 (allant parfois jusqu’en 2014), ils mettent en exergue que la Troïka a trop souvent négocié des accords bancals avec les pouvoirs publics grecs, aboutissant à conforter ces derniers dans une démarche du « deux poids, deux mesures ». En clair, l’impossibilité d’ajuster correctement le périmètre du secteur public, a induit plusieurs effets pervers qui ont renforcé l’effondrement de l’économie grecque et ralenti son potentiel rebond.


http://www.ifrap.org/europe-et-international/grece-quand-le-public-refuse-la-solidarite-avec-le-prive

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Re: Grexit

26 Juillet 2015, 18:47 Message


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Re: Grexit

27 Juillet 2015, 00:11 Message

Mes amitiés à vous-même, Cher Louis mais non, pas d'accord ! C'est du plon-plon, du convenu, du café du commerce ! Trouvez-moi du plus décoiffant, du vraiment neuf, de l'original, mieux : de l'originel ! Que la nuit vous soit douce.

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Re: Grexit

27 Juillet 2015, 08:45 Message

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Beppe Grillo en plein retour de flamme. Rappel : Podemos en chute libre.

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Re: Grexit

27 Juillet 2015, 14:03 Message

La nuit me fut douce, Cher Veron, je vous remercie.

Ne seriez-vous pas un peu injuste avec Quatrepoint ?

En vérité cela n’est pas très important. Est-ce que ceci vous convient mieux :

A qui profitera le « Moment grec » ? - Dernier inventaire avant recomposition

Maintenant que l’actualité grecque a perdu de la vitesse et en attendant que les prochains épisodes débarquent sur nos écrans, il est utile de faire un point sur les bouleversements que cette séquence à produit sur notre échiquier politique et les enseignements qu’on peut en tirer. Le « Moment grec » est l’un de ceux qui permettent d’établir un état des lieux politique et idéologique.

Puisque le Premier ministre grec Alexis Tsipras en a été l’acteur principal, voyons d’abord du côté de ceux qui se considèrent comme ses partenaires politiques privilégiés en France. On y trouvait le Front de gauche, les frondeurs du PS et une partie des écologistes. Comme l’a expliqué notamment Frédéric Lordon, cette séquence permet à tous, et notamment à ceux qui se réclament de la gauche radicale, de comprendre qu’il ne peut y avoir, de son point de vue, « d’euro sympa ». L’intransigeance du gouvernement allemand, du CDU au SPD, ôte les dernières illusions quant à la possibilité de mettre la monnaie européenne au service de leurs idées. Pire, il est même l’outil privilégié utilisé contre leurs idées. Comme aurait dit un humoriste très apprécié à gauche, s’ils ne le voient pas maintenant, « ce n’est pas des lunettes qu’il leur faut mais un chien ». Jean-Luc Mélenchon a toujours dit que si, arrivé au pouvoir, il se heurtait au refus allemand, il opterait pour la fin de l’euro. Aujourd’hui, il sait que le refus est définitif. Il faudra suivre ses prochaines déclarations avec attention sur ce thème. Quant aux frondeurs, on a pu observer qu’ils avaient tous voté l’accord signé la semaine dernière, alors même qu’ils savent – et parfois disent – que cet accord a été extorqué à Tsipras. Croient-ils encore à la possibilité d’un « euro sympa » ? Il nous est difficile de sonder les reins et les cœurs, mais leur foi doit être sacrément ébranlée. En tout cas, Arnaud Montebourg a décidé de convier Yanis Varoufakis à sa traditionnelle Fête de la Rose de Frangy-en-Bresse, fin août. L’ancien ministre grec des finances a conseillé à Tsipras, la nuit du référendum, de réquisitionner la Banque de Grèce et de mettre en place un système de monnaie parallèle, ce qui aurait permis de montrer la détermination du gouvernement et d’anticiper un éventuel Grexit. Tsipras n’a pas souhaité l’écouter. Varoufakis a ensuite voté contre l’accord à la Vouli. Inviter celui qui incarne aujourd’hui le Non grec n’est pas anodin pour Montebourg. Va-t-il prendre un virage sur l’euro en ses terres bressanes dans quelques semaines ? On attend son discours avec impatience. De ce point de vue, nous ne croyons pas à une évolution de Cécile Duflot sur la question. Entre deux maux, l’austérité et l’adhésion à tout ce qui pourrait ressembler à du chevènementisme, l’ancienne ministre du logement a sans doute fait son choix ad vitam aeternam. Jean-Luc Mélenchon l’a appris à ses dépens lors de la sortie de son dernier pamphlet contre l’Allemagne.

Du côté de la gauche hollando-vallsaise, la question de l’euro est aujourd’hui complètement religieuse. On doit sauver l’euro « à tout prix », parce que l’euro, c’est l’Europe, et l’Europe, c’est la Paix. A partir de ce constat, aucune négociation n’est possible avec l’Allemagne dans la mesure où cette dernière est certaine que ses interlocuteurs ne sacrifieront jamais l’euro et qu’ils feront tout pour le sauver. Ils sont ainsi prêts à tous les sacrifices et tous les renoncements programmatiques. Schaüble peut tout demander à un gouvernement dirigé par cette frange de la gauche. Il gagnera. Pour l’instant, il joue avec la France et l’Italie comme un gros matou avec des souris. Si « l’euro sympa » c’est fini, « l’euro-religion » n’est pas mort.

Du côté des Républicains et de l’UDI, il y a certes une part « d’euro-religion » mais pas seulement. On a pu observer lors du « Moment grec » une manifestation de fascination quasi-unanime devant le duo Merkel-Schaüble. C’est bien de ce parti qu’on a entendu le plus conspuer Alexis Tsipras. L’ordo-libéralisme de type allemand constitue un objectif à lui seul. L’euro n’est pas une religion comme au PS hollandais, et a justement l’objectif de ne pas être « sympa » comme le souhaitait la gauche radicale. Il est un outil au service d’un modèle qu’on vénère. Pas une feuille de papier à cigarette sur cet objectif entre Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Xavier Bertrand et François Fillon. Une seule grande voix discordante par rapport à cette ligne, celle d’Henri Guaino. Entre son discours et celui des différents candidats possibles à la primaire, il n’y a plus un fossé mais le Grand Canyon. Toutefois, l’ancien candidat spécial ne préconise pas comme Jean-Pierre Chevènement un démontage de la monnaie unique. S’il souhaite préserver l’existence de cette dernière, c’est par prudence et par crainte qu’une telle opération ne provoque une crise financière mondiale, suscitant davantage de malheurs encore que le statu quo. Si Nicolas Sarkozy et Alain Juppé sont cohérents en soutenant l’idée d’un euro obligeant mécaniquement la France à effectuer les réformes dont ils rêvent, souhaitant une législation fiscale et sociale équivalente à celle de notre voisin d’outre-Rhin, qu’en est-il de François Fillon et de Xavier Bertrand ? Souvenons-nous qu’ils défendirent quant à eux le Non avec Philippe Séguin, ce dernier ayant prophétiquement annoncé les écueils d’une monnaie unique non assise sur un gouvernement vraiment fédéral. On ne comprend pas vraiment, à vrai dire, la fascination de ces deux-là pour l’ordo-libéralisme allemand alors que leur attachement ancien à la souveraineté, tout en revendiquant des idées libérales, devrait leur suggérer de regarder ce qui se passe de l’autre côté… de la Manche. Bertrand et Fillon pourraient en effet assumer un souverainisme libéral à l’anglaise, mais ce n’est pas le cas.

Qui pourrait bien emprunter ce modèle dans les prochaines années ? Ce ne sera pas Nicolas Dupont-Aignan, dont le noyau des troupes provient de la frange gaulliste sociale qui militait naguère pour Séguin et Pasqua. Il tente bien, parfois, d’apparaître plus « libéral » que Marine Le Pen, empruntant une sémantique destinée aux petits patrons, aux commerçants et aux artisans, mais ce n’est visiblement pas son ADN. D’ailleurs, si Jean-Pierre Chevènement lui fait des avances et sera présent aux universités de DLF à la rentrée, ce n’est pas pour faire du Cameron. Finalement, celle qui pourrait incarner à l’avenir ce souverainisme libéral, combinant hostilité à l’euro et à l’intégration européenne, mais dans un esprit plus britannique, c’est sans doute Marion Maréchal Le Pen, en menant cette bataille à l’intérieur du FN contre sa tante et Florian Philippot. Ces deux derniers, même s’ils essuient pour le moment la tempête provoquée par le vieux patriarche, demeurent les grands bénéficiaires du « Moment grec ». L’idée qu’il n’y a pas « d’euro sympa » leur permet de gagner la bataille face au Front de gauche, qui les accusait d’être défaitistes en promouvant directement la sortie de l’euro. De surcroît, aux yeux des ouvriers et des employés, ils apportent une cohérence d’ensemble contre les différentes facettes du libéralisme mondialisé. Non seulement ils s’opposent à l’euro depuis plus longtemps, mais ils sont opposés à la libre circulation des marchandises, des capitaux… et des hommes. Pour séduire les classes populaires, le sans-frontiérisme de la gauche radicale constitue en effet un handicap et le demeurera, même si elle fait son aggiornamento sur l’euro.

Si les crises à répétition de l’euro vont certainement revenir, la prochaine bataille, le prochain « Moment » devrait survenir au moment des votes du traité transatlantique. La gauche radicale sera-t-elle plus à l’offensive que le FN et surtout plus audible ? Le PS cèdera-t-il encore sur ce dossier à l’intransigeance allemande par foi dans la construction européenne, malgré son ministre euro-critique Matthias Fekl, au centre des négociations ? La droite classique LR-UDI demeurera-t-elle la meilleure élève d’Angela Merkel ? Des recompositions auront-elles enfin lieu à cette occasion ?

Ces enjeux pèseront davantage que le résultat des élections régionales, à n’en pas douter.

David Desgouilles (sur son blog Antidote, 21 juillet 2015), collaborateur régulier de Causeur.

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Re: Grexit

27 Juillet 2015, 18:47 Message

Vous avez bien raison, cher ami : un moment de crispation et le mot devient injuste, veuillez m'en excuser. Ceci étant, et au risque de m’enferrer, la nouvelle analyse que vous me proposez fort aimablement, ce dont je vous remercie, me semble du même tonneau. Voyez-vous, ce qui m’agace c’est cette vue basse qui semble nous obliger à rabattre ce qui s’est joué dans ce moment grec sur la sempiternelle petite cuisine franco-française dont le fumet semble étourdir les beaux esprits. Pour moi, ce que je retiens de cette séquence, ce qui m’apparait crucial, capital et — j’emploie le mot à dessein — tragique, c’est ce qui n’a pas eu lieu. Ne sentez-vous pas, par vous-même, combien pèse ce non advenu, combien ce non-dit obsède les acteurs de cet accord, combien cet accord sonne faux, comment chacun craint la dissonance violente qui ne peut manquer d’en surgir et qu’aucun chef d’orchestre ne pourra parvenir à maitriser ? Il me semble que Tsipras a pris peur au dernier moment. Varoufakis aurait eu plus d'audace.

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