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Impression, soleil décomposé

Sur l'écologie humaine, et la surpopulation adverse.
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Impression, soleil décomposé

5 Décembre 2017, 15:51 Message

Quelques impressions, recueillies au fil de courtes pérégrinations aux alentours de ma campagne pour raisons cynégétiques, sportives, et autres.

Impossible dorénavant de se déplacer si peu que ce soit sans se heurter au mitage éolien de tout le territoire, à la destruction concomitante de tout éventuel paysage dans leurs environs, très loin à la ronde : faire abstraction de toutes sortes d’éléments déjà gravement préjudiciables à l’accueil du très peu qu’il reste qui pourrait ressembler vaguement à un lieu sur notre sol était un exercice de haute voltige, le fruit d’un long entraînement auquel nous sommes depuis longtemps astreints : eh bien il ne suffit plus, désormais c’est tout à fait impossible presque partout. Ces folies, ces monuments d’idéologie (et de profits éhontés pour le lobby afférent), ce mensonge sur pylône, cette rage, faite objet, de tout massacrer à la seule gloire du monstre technico-marchand (et pas scientifique), cet emblème de notre suicide paré spectaculairement des couleurs de la vertu et de « l’écologie », ces horreurs, en un mot, n’abîment ni ne sauvent la planète, qui n’a strictement rien à faire de cette lèpre comme de toutes celles que répand à sa surface l’inhumain modernant, mais elle achève ce dernier plus sûrement que ne le ferait le pire des virus.

Dans un recoin, un peu cachée, une demeure pour magazine de luxe d’une autre époque, avec son toit de chaume qui ne fait aucunement « chaumière », une construction qui exsude le toc et la facticité des années 70, avec un beau terrain alentour anciennement sauvage mais désormais situé en bordure d’une nationale à quatre voies assourdissante et polluante, jour et nuit. Cela fait pourtant encore « envie » à certains que j’y rencontre — je me demande bien comment c’est possible… Le quadrillage de la « campagne » par les habitations en tout genre, routes, « ZA », « ZI », zones commerciales et autres joyeusetés plus ou moins bétonnées est quasi complet, il n’y a presque plus que du suburbain ou du rurbain entre les grandes métropoles. À la chasse, même de « très près » (à l’arc, dont la devise est : « toujours plus près »), pourquoi je m’y étais rendu, les terrains sont de plus en plus réduits à la portion congrue, et coincés entre tout ce qui les nient. Ils ne sont plus guère traversés que par quelques grands animaux opportunistes, en particulier Sus scrofa. On les en déloge donc quand il s’y arrêtent un peu. Misère.

Si l’on est dans un endroit dont le réduit est encore suffisant pour les accueillir, cela peut donner des moments comme celui-ci, raconté à un ami (qui se reconnaîtra) il y a quelques semaines :
« Ce matin, promenade avec Jump [Khortals, griffon à poil dur] au lever du soleil. Malgré une nuit très claire et un petit vent, il fait incroyablement doux, la lumière est au diapason, et les couleurs sont très belles. Soudain, alors que nous flânions, une belle biche sort avec calme du petit bois, en dandinant légèrement, à quelques dizaines de mètres de nous. Puis.. c’est le cerf qui apparaît, en bramant ! Il la suit, également très calme et indifférent à notre présence. Pourtant nous sommes très visibles, et à mauvais vent. Jump est sidéré, et, heureusement, ne bronche pas… Ils s’en vont tranquillement et retournent dans le bois. Peu après, c’est un tout petit chevreuil qui arrive par le haut du champ ; jeune et encore naïf, il vient vers nous. Je tente de marcher doucement vers lui pour me rapprocher encore plus, il laisse faire, tout en étant de plus en plus "sur l’œil". Jusqu’au moment où il détale, déclenchant la course de Jump, qui ne le rattrapera pas, bien entendu, et, le comprenant, reviendra vers moi. A peine le temps de réaliser tout ce que nous venons de voir, et voici un beau brocard à la course qui surgit d’un autre bosquet, les bois encombrés de branches et de feuillages… Quel festival ! L’exceptionnelle douceur de l’air et du lever du soleil, ce matin, les ont enivrés, tout comme nous. »

Mais très vite l’écran reprend ses droits, et l’activisme de tous, avec des routes proches sur lesquelles même une voiture par ci par là est trop bruyante, intempestive, fâcheuse. C’est aussi la nôtre…

Et si l’on se rapproche des villes ? On voit pousser dans leurs alentours, comme des champignons proliférants, des immeubles de type blockhaus, avec une forme parallélépipédique, des murs de béton, à peine percés de toutes petites ouvertures faisant office de fenêtres, avec des balcons lilliputiens et inutilisables, faisant imaginer les pièces minuscules qui composent les appartements entassés dans ces blocs, notamment leurs chambres cercueil ; bref : des cages à lapins prétendument de luxe, à l’obsolescence programmée très court, avec des aplats de couleurs criardes et moches pour sembler n’être pas de pures prisons, pour "enchanter" et vendre mieux ces habitations sordides et tristes à mourir, en un mot : modernes et "optimisées", optimisées pour une vie uniquement fonctionnelle, nulle, vide et vaine. Après tout, c’est plus honnête. Dernier stade avant la termitière et la capsule individuelle (on le voit déjà au Japon).

Quant au paysage "intérieur", constat banal mais renouvelé tous les jours : le charabia invraisemblable des messages les plus élémentaires sur les réseaux dits sociaux, ou les SMS ; au point que l’incompréhension croît faramineusement, et que cela touche toutes les communications : une vraie matrice à "bugs" dans tous les domaines, des bugs plus désastreux que leurs homologues nichés dans les méandres des programmes informatiques. Sur les forum en particulier, on assiste très concrètement, effaré, à l’effondrement en cours, qui semble s’accélérer presque chaque semaine. Et alors ? Il est où l’problème ? Il faut que les datas circulent ; peu importe si elles n’ont même plus la dignité minimale "d’informations". L’I.A. y pourvoira très bientôt, paraît-il. Voilà qui sauvera peut-être la SNCF…

A suivre, peut-être.

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Re: Impression, soleil décomposé

5 Décembre 2017, 16:56 Message

À suivre, j'espère. Ces choses vues sont très nécessairement complémentaires aux analyses. Merci Didier.

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Re: Impression, soleil décomposé

27 Décembre 2017, 14:17 Message

Dans un autre ordre d'idée, cette petite illustration de l'état des lieux.

Pas une démarche administrative auprès des "institutions" au sens large, qu'elles soient publiques ou privées, qui aboutisse normalement, qu'il ne faille rééditer, relancer, vérifier, et pour finir forcer en y passant des heures, notamment au téléphone. Pas une. Coup sur coup : une banque bien connue incapable depuis le mois de juin dernier, date de ma prise de retraite, de liquider un PEA ; un assureur de renom incapable de modifier une clause bénéficiaire, et même d'exécuter une simple demande de retrait (c'est impossible via Internet...), quand il vous abreuve de publicités pour abonder vos comptes en deux clics ; une complémentaire santé ayant pignon sur rue incapable de transférer en temps et en heure un contrat et il faut, aujourd'hui même, qu'une commerciale de base, en urgence absolue et sous ma pression, réalise la chose en court-circuitant son administration centrale — les exemples sont non seulement légion, mais la chose est devenue systématique. L’irresponsabilité individuelle et collective aggravée par le recours aux "processus" informatiques, le brassage de vent et l'agitisme en guise de "travail", le j'menfoutisme généralisé conséquence du chacun pour soi, l'oubli des devoirs les plus élémentaires (on n'ose parler de "conscience", professionnelle ou autre) : bref, là encore, le faux règne en maître et étend son empire délétère.

Cerise sur le gâteau : toujours la même banque, censée être au service du monde rural. Je demande le transfert de la gestion de mes comptes d'une agence en ville à une autre proche de ma campagne. Compte tenu des problèmes rencontrés avec cet établissement, je demande à être d'abord reçu par le responsable de cette agence de proximité. Rendez-vous est fixé par lui un vendredi à 14 h 30. Un peu avant l'heure, je me présente... et constate que, le vendredi, cette agence ouvre à... 15 h 00. Personne, pas l'ombre d'un directeur. J'attends 20 mn : rien. Je repars. Plus tard, ce "responsable" m'appellera au téléphone, s'étonnant de ne m'avoir pas vu, découvrant alors sa boulette (si, si, alors seulement), et m'expliquant qu'il était aller manger vers 13 h 45, ce qui me fait une belle jambe. Pas gêné pour deux sous, il me propose un nouveau rendez-vous... que je n'honorerai pas.

Broutilles, concours de circonstances, manque de chance ?
Que nenni !
On dira que j'infère un peu vite de mon petit cas particulier, d'une somme de faits isolés, à une conclusion bien trop générale.
Et pourtant, je l'affirme : tout cela montre un état de déliquescence avancé ; la moindre pichenette et toute cette société s'effondrera à la grande sidération de nos contemporains ahuris.

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Re: Impression, soleil décomposé

15 Juin 2018, 08:19 Message

A l'occasion d'un bref passage par la métropole de ma région, où, je ne sais comment, j'ai habité des décennies.

J'étais à conduire un petit utilitaire.

Deux choses frappent : d'une part le regard hostile, imprécateur, des bobos en vélo pour le pauvre hère qui ose venir polluer leurs plate-bandes avec son camion — avec leur mise, leur "style", version vieux (les plus nombreux) ou jeunes, reconnaissables à mille lieux et si évocateurs de leur vie falsifiée de part en part (mais confortable, voire luxueuse — du moins si l'on considère tel le toc en version bourgeoise), de leur moralisme à deux balles, de leur tartufferie aussi prétentieuse que ridicule, et si assurée d'elle-même — des figurants pitoyables, bêtes et méchants quand ils se croient humanistes en diable ; et d'autre part les déambulations de nombreuses personnes noires (peut-on encore le dire ce que l'on voit ?) qu'on croise absolument partout, pour la plupart des hommes jeunes, souvent baraqués, affichant une morgue de bien mauvais augure pour qui a encore un peu le sens des réalités, manifestement sans autre occupation que de se promener et de jouir à leur façon d'un lieu qui leur est parfaitement étranger par son histoire, sa provenance, sa culture, mais qu'ils occupent déjà, à la façon et avec le "style" de dominants bien testostéronés. Bien entendu, la palette est encore plus large (femmes (mais à part), Maghreb, et des représentants d'à peu près tout le tiers et quart monde, à l'exception notable des pays qui ont un sens encore affirmé de leur destinée), palette de ces populations arrivées ici avec armes et bagages sans autre justification qu'un opportunisme profiteur de notre déréliction et sans autre idée que d'y reproduire leur société d'origine, le confort "social" et technique en sus ; ce qui ne peut que conduire au chaos généralisé et non seulement achever de détruire tout à fait l'héritage de nos siècles.

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Re: Impression, soleil décomposé

15 Juin 2018, 11:26 Message

Troublant et accablant.
[...] et d'autre part les déambulations de nombreuses personnes noires (peut-on encore le dire ce que l'on voit ?) qu'on croise absolument partout, pour la plupart des hommes jeunes, souvent baraqués, affichant une morgue de bien mauvais augure pour qui a encore un peu le sens des réalités, manifestement sans autre occupation que de se promener et de jouir à leur façon d'un lieu qui leur est parfaitement étranger par son histoire, sa provenance, sa culture, mais qu'ils occupent déjà, à la façon et avec le "style" de dominants bien testostéronés.
Mot pour mot ce que j'aurais pu dire de mon dernier passage dans le centre du Mans.

Je sais que vous ne m'en tiendrez pas rigueur, cher Didier mais n'est-il pas troublant qu'à un jour près, votre impression, soleil décomposé rejoigne le constat accablant que dresse dans son Journal Renaud Camus de ce qu'est devenu Paris.
[Je supprime l'extrait que j'avais posté un instant par souci du copyright.]


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