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Petite jacquerie d’extrême droite

Sur la politique du pays, et sur l'actualité
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Re: Petite jacquerie d’extrême droite

25 Mars 2019, 08:45 Message

« A force d’attendre, Emmanuel Macron donne le sentiment de jouer la montre pour user la contestation, et perd son crédit politique. S’il a entamé une remontée fragile dans les sondages, celle-ci le ramène grosso modo à son socle électoral de 2017. Les bénéfices politiques qu’il retire de cette stratégie sont donc minces.

Inversement, l’attente nourrit l’exaspération. Les manifestations de samedi l’ont montré: partout en province, la colère remonte. Les participants sont plus nombreux. La fièvre est intacte. Sur ce point, le président subit une défaite politique majeure. Il se révèle incapable de juguler le mouvement.

Attendre plus longtemps serait donc dangereux.

Le retard de Macron s’explique probablement par la lecture très élitaire des événements qui domine son entourage. Pour les élites parisiennes, les Gilets Jaunes ne représentent plus qu’un groupuscule d’irréductibles qu’il faut combattre. Le sentiment que le mouvement est passé, fini, désapprouvé par les Français, s’est imposé au fil des jours.

Cette lecture biaisée des événements n’encourage guère le Président à agir. Elle le conduit aussi à des évaluations erronées sur les mesures à prendre. L’extrême violence de la riposte policière cette semaine l’a montré. » (courrier stratège)


***


« les gilets jaunes étaient plus nombreux en France que la semaine dernière, et cela dure depuis plus de quatre mois ! Ni la répression accrue, ni les libertés rognées, ni les provocations orchestrées, ni les reculs politiques, ni l’exutoire du « grand débat » n’en viennent à bout. Le véritable problème est que la confiance entre le pouvoir et la majorité de la population est rompue, et que les méandres de ses tentatives pour la rétablir échoueront parce que la méfiance ne tient plus à ce qu’il fait mais à ce qu’il est. » (C. Vanneste)

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Re: Petite jacquerie d’extrême droite

29 Mars 2019, 08:51 Message

L'interviewer est un peu pénible, mais il fait un travail utile.


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Re: Petite jacquerie d’extrême droite

31 Mars 2019, 09:05 Message

Un petit résumé potable —ayant peu de temps, je m'appuierai dessus aujourd'hui, à peu de chose près.

« Des chiffres, d’abord, encore et toujours : à Paris, le pouvoir annonce 5.600 manifestants, mais la préfecture de police affirme, en même temps, avoir procédé à 8.053 contrôles préventifs ! On dirait que M. Castaner s’ingénie, chaque samedi, à se ridiculiser un peu plus. Champion du “fake”. Et cela, le jour où l’on apprend que l’Élysée, pour défendre Alexandre Benalla, aurait fabriqué de faux montages vidéo.

Et puis, il y avait ces 27 arrêtés d’interdiction de manifester. Les gilets jaunes les ont allègrement bravés. À Bordeaux, ils étaient encore plusieurs milliers, selon Le Monde.

Mais tous les Français savent que la bataille du nombre, Emmanuel Macron l’a perdue, d’abord par ses mensonges, ensuite par le soutien toujours impressionnant de l’opinion. Et comment en irait-il autrement quand les raisons de la colère de novembre sont toujours là, à commencer par le prix des carburants qui dépasse parfois ce qu’il était alors !

Des atmosphères, ensuite : tout le monde s’accorde à dire, comme l’a constaté Didier Maïsto lui-même sur Twitter en rentrant de la manifestation parisienne, qu’elle est restée bon enfant. À Bordeaux, des vidéos montraient l’arrivée, dans le cortège, de groupes de Black Blocs, en toute impunité.

Atmosphère, encore, inquiétante pour le pouvoir, celle-ci, celle que traduisaient ces slogans très ciblés contre Emmanuel Macron et la police. L’AFP rapportait les propos d’un certain Sébastien, 46 ans, préparateur automobile au chômage, venu d’Orléans pour manifester à Paris. « On sera là tant [qu’Emmanuel Macron] n’écoutera pas. » Plus de quatre mois après le début du mouvement, le président de la République n’a pas réussi à perdre son statut de cible. Au contraire, en refusant une solution politique (dissolution, changement de Premier ministre ou démission), en se faisant le seul grand ordonnateur de son grand débat, il n’a fait qu’accroître cette personnalisation de la crise et de la colère.

Plus grave : par son incapacité à rétablir l’ordre, par ses erreurs dans l’usage des forces de police, il dresse une partie du pays – et pas seulement les gilets jaunes « actifs » – contre ces institutions qui recueillaient pourtant la sympathie d’une très forte majorité de la population. C’est potentiellement dangereux pour l’avenir de la cohésion nationale, déjà bien atteinte.

Pour cet acte XX, tout le monde peut pousser un « ouf » de soulagement, le temps d’un samedi printanier. Mais comment ne pas voir que la France est entrée durablement dans une période instable et que rien n’est réglé ? » (Bd Voltaire)


***

Macron est carbonisé disions-nous peu après le départ de ce mouvement, au regard des incroyables bévues et fautes de ce pouvoir toujours plus isolé et autiste, de son illégitimité, et de sa minorité flagrante à rebours de ses prétentions à liquider le pays. Certains ont pu croire qu'il n'en était rien, que les institutions lui garantissant la durée envers et contre tout, que la com' et les puissances aux ordres desquelles se trouvent l'essentiel des médias, que le contrôle de l'espace public, l'effondrement de la société et sa décomposition, bref : que tout cela lui permettrait de se maintenir voire de reprendre la main, par exemple aux européennes (dont il n'est pas exclu, en effet, que LREM y fasse son plein de voix et se maintiennent minablement autour de 20%, mais ce qui n'a aucune importance dans le contexte actuel, d'autant que l'abstention sera massive et autrement significative que d'ordinaire pour cette "consultation"). A tort, AMHA. On maintient le diagnostic, et l'idée que la fièvre qui travaille en sous-main le pays, dont il est le principal agent, n'a pas encore exprimé tout son potentiel.


(Pendant ce temps, le petit Sarkozy, qui se verrait bien en De Gaulle de 58 en 2022, tourne autour du branleur de l'Elysée en mode "je t'aime, moi non plus")

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Re: Petite jacquerie d’extrême droite

2 Avril 2019, 08:34 Message

« Tous ces éléments montrent que, de façon déraisonnable, et dans des proportions à peine croyables, Emmanuel Macron devrait commettre l’erreur suprême d’expliquer aux Français qu’il les a faits parler pour rien pendant trois mois. Ce choix est extrêmement dangereux.

En effet, les ingrédients sont désormais réunis pour une nouvelle explosion d’ici trois ou quatre semaines, et cette explosion pourrait porter des désordres bien plus grands que la République n’est capable de les encaisser. » (courrier stratèges)

Cette feuille, généralement bien informée dans certains domaines très précis, et qui se veut désormais plus "généraliste", n'a cessé de pronostiquer ces derniers temps (comme tant d'autres commentateurs qui dansent difficilement sur un volcan) un remaniement d'ampleur, un changement de PM, un virage à gauche, etc. La voilà qui revient sur terre : pas de remaniement, repli sur la technostructure, enfermement sur le plus petit cercle des fans et des parvenus de la première heure, réaffirmation du "cap", aggravation de la politique suivie de liquidation, autisme, surbooking solitaire, etc. Macron a tombé la chemise pendant des heures de soliloque narcissique (télévisé) pour dire le vrai, le bon peuple n'a qu'à s'en convaincre, point barre.

Nous serons au moins d'accord sur un point : tout cela va mal finir.


***


Selon RTL, un ministre de premier plan aurait affirmé, dans la foulée du "remaniement" : « On est chez les fous ! »


***




***


« Dans l'histoire des révoltes fiscales, citons celle des maillotins en 1382, qui a donné son nom à la porte maillot qui elle-même est devenue le lieu de départ des manifestations des Gilets Jaunes » (Institut Sapiens)

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Re: Petite jacquerie d’extrême droite

8 Avril 2019, 08:36 Message

« Un mouvement populaire (dans tous les sens du terme) sans chef et sans ligne, ça attire forcément les chefs et les lignes sans peuple » (Bd Voltaire)

***


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Re: Petite jacquerie d’extrême droite

9 Avril 2019, 09:03 Message

Confirmation. Ils ont balisé, physiquement eu la trouille : le réel, c'est ce qui cogne, comme dirait l'autre, et ils n'y sont pas préparés, ces puceaux de l'histoire. Quelle misère, quelle honte !


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Re: Petite jacquerie d’extrême droite

14 Avril 2019, 03:52 Message

europe1 via msn Mobilisation en hausse, heurts à Toulouse : ce qu'il faut retenir de l'acte 22 des gilets jaunes


Le "journalisme" reste fidèle :

[...]"Pour la première fois depuis deux semaines, les "gilets jaunes" sont parvenus à enrayer la baisse de la mobilisation entamée lors de l'acte 20. Après un acte 21 marqué par la plus faible participation depuis le début du mouvement le 17 novembre, les opposants à Emmanuel Macron ont remis la pression sur le chef de l'État, qui doit présenter ses annonces pour sortir de la crise dans les prochains jours.

Une mobilisation en légère hausse

Les manifestations de ce samedi ont rassemblé 31.000 personnes en France, dont 5.000 à Paris, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, régulièrement contestés par les manifestants. La semaine dernière, 22.300 manifestants avaient été recensés par le ministère de l'Intérieur dans tout le pays, dont 3.500 à Paris. Lors de l'acte 19, une semaine auparavant, 33.700 personnes avaient été comptabilisées sur l'ensemble du territoire. De son côté, la page "Le Nombre jaune" a elle revendiqué "80.504 personnes sur 180 actions recensées". [...]

(A Paris)Des heurts ont cependant éclaté en fin d'après-midi sur la place de la République, quand des manifestants ont visé les forces de l'ordre par des jets de bouteille, ces dernières répliquant par des tirs de gaz lacrymogènes. Au total, selon la préfecture, les forces de l'ordre ont procédé à 27 interpellations et 9.473 contrôles préventifs. (pour 5000 manifestants...)

[...]

La mobilisation était en revanche en baisse dans un autre bastion historique du mouvement, Bordeaux. "Seulement" 1.300 "gilets jaunes" ont défilé, selon une source proche du dossier.

[...]

Ils étaient un petit millier à Lille à emprunter un parcours alternatif en raison de l'interdiction de manifester en centre-ville. Quatre personnes ont été interpellées et 42 verbalisées à Nancy, dans le cadre d'une manifestation interdite dans le centre-ville, selon la préfecture de Meurthe-et-Moselle. Environ 320 personnes étaient présentes dans le cortège.

[...]

Pour la première fois depuis le début du mouvement à Lyon, un périmètre avait été interdit aux "gilets jaunes". Mais plusieurs cortèges se sont tout de même élancés dans la capitale des Gaules. Réunis à l'initiative de plusieurs associations contre la loi anticasseurs, environ 450 personnes ont manifesté, rapporte Le Progrès. Puis, environ 500 "gilets jaunes" se sont élancés avant d'être rejoint par la manifestation syndicale. Quelques accrochages ont eu lieu entre les manifestants et les forces de l'ordre, mais "aucun incident d'envergure n'a été signalé", note le quotidien. Trois personnes ont été interpellées.

Des manifestations avaient également lieu à Laval, Nantes, Roanne, ou encore Le Havre et Strasbourg.

[...]

"La menace semble plus forte pour le 20 avril, vous avez vu un certain nombre d'appels qui invitent quasiment à détruire Paris", s'est d'ores et déjà inquiété en fin de semaine le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

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Re: Petite jacquerie d’extrême droite

15 Avril 2019, 09:02 Message

Maffesoli: les trous noirs du social (courrier stratège)

Il y aurait ici ou là à redire, mais tout de même, quelle chance que cet homme !
On respire un peu mieux, et tout autrement qu'avec un Zemmour (que je respecte infiniment, il va sans dire, en lui étant très reconnaissant).

« De nombreux adages, de la sagesse populaire, soulignent que le diable se cache dans les détails. Détails mis en scène. Ce qui est normal dans la société du spectacle. Détails n’en étant pas moins instructifs en ce qu’ils dévoilent ce qui meut, en profondeur, une manière d’être et de penser.
Macron et les faux-monnayeurs

En la matière, le détail, c’est une photo officielle du président de la république, dans laquelle, avec quelque négligence, figure l’œuvre de Gide. Ce qui ne manque pas d’être éclairant quand on sait que l’auteur des Faux monnayeurs joua dans son œuvre et dans sa vie d’une constante simulation.

Le détail d’un livre mis en évidence est, de ce point de vue, un indice on ne peut plus parlant. Indice, index, pointant une vérité de fond : la fraude ontologique d’un monde se prétendant nouveau et n’étant, de fait, que la queue de comète d’un monde en déshérence.

Détail, aussi, que le lapsus d’un homme politique rappelant avec naïveté et suffisance que l’action du gouvernement est incomprise car, « trop subtile et trop intelligente ». La vérité est, on le sait, le dévoilement (a-letheia) de ce qui est plus ou moins bien caché. Là, elle est on ne peut plus évidente : le mépris de la Caste envers ceux qui ne comprennent pas que l’on pense et que l’on agit pour leur bien. Leur ancêtre, Saint Just, ne proclamait-il pas, au beau milieu de la Terreur : « le bonheur une idée neuve en Europe » !

Déconnexion entre pouvoir et puissance

Ce qui conduit à s’interroger sur la déconnexion existant entre le pouvoir institué et la puissance instituante. En un temps où une mutation de fond s’opérait dans la société française, Joseph de Maistre notait, dans Bienfaits de la révolution française, avec la lucidité roborative qu’on lui connaît : « les hommes qui ont le droit de parler en France, ne sont point la Nation. » On ne saurait mieux dire !

Mais la simulation des faux monnayeurs gidiens ou l’arrogance des politiciens apportant le bonheur à un peuple ignare, ne font pas très longtemps recette. Leur prétention étant, fort rapidement, mise à jour. Et ce, tout simplement, car ils ne saisissent pas la force de l’imaginaire à l’œuvre dans la sagesse populaire et dans son imprévisible réaction.

C’est dans les moments de décadence que l’on oublie l’étroite connexion existant entre les choses invisibles et leur manifestation visible. Mixte étroit ne pouvant en rien être réductible à une conception quantitative du monde social semblant être l’alpha et l’oméga des élites contemporaines. Pour celles-ci la statistique et les sondages constituent le nec plus ultra de leur vision du monde. Qu’il s’en défende ou pas, le pouvoir établi fait créance à une telle comptabilité , celle-ci est son inconsciente astrologie.

Imagination créatrice du peuple

Mais un tel a priori d’apothicaire est totalement incapable d’apprécier la puissance des soulèvements populaires contemporains. Peu importe la quantification des rassemblements des gilets jaunes. Ce qui est en jeu dans leurs multiples manifestations, c’est l’imagination créatrice qui les anime. C’est la « correspondance », quelque peu mystique, dont ces manifestations sont l’expression. Une vraie synesthésie sociétale ne se satisfaisant pas du tout de quelque avantage matériel concédé ou de quelque aumône financière qu’on pourra avec mépris leur lancer comme autant d’os à ronger. L’importance de l’invisible est le vrai cœur battant des soulèvements actuels.

Et, dans une telle mise en perspective, on peut comprendre la figure emblématique des ronds-points , Aventin postmoderne ai-je dit, comme un véritable trou noir condensant une énergie populaire de plus en plus étrangère à la sphère politico-économique. Une énergie que les demi – mondains que sont les experts autoproclamés sont, totalement, incapables de comprendre.

Le trou noir sociétal comme einsteinisation du temps

Mais laissons filer la métaphore. En ces lieux de rassemblements : du rond point à la manifestation, l’histoire concrète, l’histoire vécue avec d’autres, se contracte en espace. Le trou noir sociétal comme une « einsteinisation » du temps ! Le lieu fait lien.

Dans sa célèbre conférence prononcée en Sorbonne en 1882, Ernest Renan notait que « la Nation est une âme, un principe spirituel ». N’est-ce point cela la force de l’imaginaire ? Nation, on le sait, natio, dérive de nascere, naître. C’est bien cette naissance collective que célèbre l’ordre symbolique que sont les actuelles révoltes.

Il y a bien sûr dans ces fusions collectives des dérapages possibles vers la confusion. Ces dérapages sont nombreux. Mais ils n’invalident en rien ce qui est essentiel. Car c’est bien le partage des affects qui est en jeu. Le contrat social, en ce qu’il a de rationnel laissant la place à un pacte sociétal, tout pétris qu’il est d’émotionnel. Émotionnel pouvant être, parfois, effervescent !

L’invagination du sens

Véritable reviviscence du mystère de l’incarnation. Ou, pour utiliser une métaphore du philosophe Merleau Ponty, « la chair du monde ». J’ai dit pour ma part : « invagination du sens ». C’est-à-dire non plus le sens lointain d’un politique abstrait et désincarné, mais un sens se vivant dans la proxémie, dans le localisme d’un être ensemble primordial.

Il s’agit bien là d’une signification essentielle et, donc, invisible. Signification issue d’un instinct naturel ou d’une expérience ancestrale. Autre manière de dire le Zoon politicon, l’animal politique d’Aristote.

Mais c’est cette force de l’imaginaire que le rationalisme abstrait a bien du mal à comprendre. Les protagonistes du pouvoir sont, certes, instruits, mais pas intelligents. Instruits de ce savoir abstrait propre aux élites françaises, savoir de la technocratie, savoir d’une « bureaucratie céleste » s’il en est.

Instruits mais non intelligents

Instruits, mais non intelligents ! Voilà le reproche que l’on entend on ne peut plus fréquemment concernant le président français. Et celui-ci ne mérite attention qu’en tant que figure emblématique de l’oligarchie dont il a été question. Sous prétexte de « Grand Débat National », le monologue présidentiel est fort éloigné d’une intelligence réelle. C’est-à-dire d’une connaissance concrète d’un réel existentiel qui est celui du peuple.

Le monologue désincarné est l’expression ultime, ultime qu’il faut comprendre en son sens fort : proche de sa fin. Expression donc de l’autonomie d’une raison individuelle ayant été la marque essentielle de la modernité. Raison individuelle ne comprenant rien à la raison sensible s’exprimant collectivement : la raison du sens commun. Négation ou plutôt dénégation de ce sens commun, voilà ce qu’est ce savoir technocratique.

Le riénisme des élites françaises

C’est le « riénisme » à son apogée. Ne comprenant « rien », car ne saisissant pas la « correspondance » dont il a été question. Correspondance mystique et spirituelle, confortée par les réseaux sociaux. Cette « noosphère » dont parlait, prophétiquement, Teilhard de Chardin. Correspondance rappelant qu’il n’y a pas de pensée personnelle. Car toute pensée vient, toujours, de fort loin. Ainsi que le rappelait Auguste Comte : « les morts gouvernent les vivants ». C’est cela le sens commun, reprenant, actuellement, force et vigueur.

Dans les trous noirs populaires s’exprime le rejet d’un jacobinisme dogmatique. C’est la révolte d’une intelligence incarnée contre le savoir appris d’une instruction éthérée. C’est la révolte du peuple réel, vivant, concret contre le politicien comptabilisant un peuple abstrait et misant sur cette abstraction en vue des prochaines échéances électorales.

Le faux monnayeur gidien et le politicien « subtil » peuvent un moment amuser la galerie. Et, toute révérence gardée, à côté du momentané gamin facétieux, qu’est le président, ils sont légion tous ceux qui jouent leur rôle dans la théâtralité contemporaine. Politiciens soit-disant philosophes, sociologues tout à la fois journalistes et militants, journalistes commissaires politiques et véritables procureurs Et à tous on pourrait rajouter, comme titre essentiel : « danseurs de claquettes ».

La liste est longue des illusionnistes médiatiques, « ces canailles mondaines », proposant des Ersatz plus ou moins frelatés à la place de la pensée authentique, de l’action politique proxémique, et d’un journalisme ancré dans la vie réelle et courante. Mais de l’illusion à la désillusion, le pas est vite franchi.

La réponse de la rue à tout cela est là, indéniable. Ainsi qu’un trou noir, elle absorbe la morgue des politiques, le bavardage des experts et la suffisance des journalistes. Mais, gage de bonne santé, pour mieux le déféquer.



Michel Maffesoli,

Professeur émérite à la Sorbonne

Membre de l’institut universitaire de France »

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Re: Petite jacquerie d’extrême droite

18 Avril 2019, 09:50 Message

Mardi 16 avril 6 h : Castaner envoie des gendarmes et une pelleteuse détruire l’Arc de Triomphe des gilets jaunes (Bd Voltaire)

« Ces gilets jaunes, qui savent ce que c’est que la lutte, les morts, les blessés et les symboles, qui ont déjà subi la vandalisation des croix plantées en hommage à la dizaine d’entre eux décédés dans toute la France, étaient, selon Sud-Ouest, "atterrés". Nous le sommes avec eux, devant tant de froideur, de hargne et de bêtise de la part de l’État macronien quand il veut faire respecter un certain ordre, y compris symbolique.

Il pensait peut-être que les fumées de Notre-Dame seraient un écran commode pour poursuivre l’humiliation et la répression systématique des gilets jaunes ? Il s’est trompé, une fois encore. Il s’est, surtout, profondément trompé sur les frustrations, la soif de reconnaissance et d’absolu du peuple qui s’est aussi exprimée dans le mouvement des gilets jaunes.

Les gilets jaunes, eux, commencent à y voir plus clair sur eux-mêmes. Devant leur Arc de Triomphe détruit, ils n’ont eu qu’un mot : “on va construire Notre-Dame”. »

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Re: Petite jacquerie d’extrême droite

21 Avril 2019, 09:10 Message

Le mouvement est désormais presque complètement phagocyté par l'extrême-gauche ; ses "leaders" actuels en témoignent largement. Pour autant, ces gens n'occupent qu'un vide, pour l'heure, et ne changent en rien à sa trajectoire de fond ; laquelle reparaîtra telle qu'en elle-même s'il doit ressurgir.

La vérité de la situation actuelle du pays n'est pas soluble dans le spectacle, ni dans aucune idéologie.

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Re: Petite jacquerie d’extrême droite

2 Mai 2019, 08:41 Message

Le 1er mai aura été l'occasion d'un constat, qu'il convienne ou pas aux "analystes" de tout poil et de tous bords : le jaune, le rouge, et le noir ne se mélangent pas, ils se côtoient et au fond se concurrencent. Tout comme les drapeaux français, rouges, ou lamentablement "LGBT" qu'on voit dans les défilés. A ce petit jeu, les jaunes l'ont emporté hier, sans conteste. Et la CGT, la FSU et consorts en ont été pour leurs frais, de façon assez spectaculaire. Avec eux, toute la lie gauchistoïde et décadente qui s'efforce de récupérer depuis des semaines un mouvement qui traverse cette passe comme le Rhône le Lac Léman : il y a bien un peu de porosité, quelques échanges ou contaminations, mais pour l'essentiel chacun va son chemin, et il reste acquis que les faits seront têtus.

Les uns ressassent sans fin leurs obsessions idéologiques et leurs fantasmes "progressistes", répètent à l'envi leur inanité revancharde et jalouse, réitèrent leur anachronisme complet ; les "black blocs" sont en échec pour cette fois (il faut dire que le parcours syndical leur était particulièrement défavorable et qu'ils en ont donc tiré les conséquences en se contentant d'une prestation minimale, tandis que Castaner est un Ministre de l'Intérieur qui, après avoir non pas annoncé le maintien de l'ordre mais prédit le désordre et le chaos de façon tout à fait exagérée, pour organiser de toute pièce une "réussite" toute relative et non significative, tente de parader pour tirer la couverture à lui, alors que personne n'est dupe) ; quant aux gilets jaunes, ils persistent et reprennent du poil de la bête, cycliquement : décidément le mouvement ne "s'essouffle" pas vraiment, la fièvre est toujours là, la révolte aussi ; or, rien ne pourra la calmer, car elle ne tient ni à telle mesure ni à tel arbitrage, mais à un malaise plus profond, et surtout définitif : il en va, in fine d'une question de vie ou de mort, d'une résilience face à sa disparition corps et âme.

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Re: Petite jacquerie d’extrême droite

3 Mai 2019, 17:48 Message

Zemmour encore une fois en phase avec mes analyses... ;)


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Re: Petite jacquerie d’extrême droite

17 Mai 2019, 08:36 Message

« Le bienfait des soulèvements, des insurrections, des révoltes, c’est de rappeler, avec force, qu’à certains moments "l’ubris", l’orgueil d’antique mémoire des sachants ne fait plus recette. Par là se manifeste l’important de ce qui n’est pas apparent. Il y a, là aussi, une théâtralisation de l’indicible et de l’invisible. Le "roi clandestin" de l’époque retrouve alors une force et une vigueur que l’on ne peut plus nier.

L’effervescence sociétale, bruyamment (manifestations) ou en silence (abstention) est une manière de dire qu’il est lassant d’entendre des étourdis-instruits ayant le monopole légitime de la parole officielle, pousser des cris d’orfraie au moindre mot, à la moindre attitude qui dépasse leur savoir appris.

Manière de rappeler, pour reprendre encore une formule de Joseph de Maistre, "les hommes qui ont le droit de parler en France ne sont point la Nation". »

Maffesoli: l’entre-soi médiatico-politique (courrier stratège)

« N’est-ce point le mépris vis-à-vis du peuple, spécificité d’une élite en déshérence qui conduit à ce que celle-ci nomme, abusivement, populisme ? L’entre-soi, particulièrement repérable dans ce que Joseph de Maistre nommait la canaille mondaine, de nos jours on pourrait dire la canaille médiatique, cet entre-soi est la négation même de l’idée de représentation sur laquelle, ne l’oublions pas, s’est fondé l’idéal démocratique moderne.

En effet, chose frappante, lorsque par faiblesse on cède aux divertissements médiatiques, ça bavarde d’une manière continue dans ces étranges lucarnes de plus en plus désertées. Ça jacasse dans ces bulletins paroissiaux dont l’essentiel des abonnés se recrute chez les retraités. Ça gazouille même dans les tweets, à usage interne, que les décideurs de tous poils s’envoient mutuellement.

N’est-ce pas l’automimétisme qui caractérise le débat national ou pas que propose le pouvoir ? Automimétisme que l’on retrouve dans les ébats indécents, quasiment pornographiques dans lesquels ce pouvoir se donne en spectacle. Pour utiliser un terme de Platon, on est en pleine théâtrocratie. Spécificité des périodes de décadence. Moment où l’authentique démocratie, la puissance du peuple est en faillite.

Automimétisme de l’entre-soi ou auto-représentation voilà ce qui est la négation ou la dénégation du processus de représentation. On ne représente plus rien sinon, à courte vue, soi-même. Une Caste on ne peut plus isolée qui en ses diverses modulations, politique, journalistique, intellectuelle et surtout identique à elle-même et fidèle à son idéal « avant-gardiste » : qui consiste, verticalité oblige, à penser et à agir pour un soi-disant bien du peuple.

Cette orgueilleuse verticalité s’enracine dans un fantasme toujours et à nouveau actuel : "le peuple ignore ce qu’il veut, seul le Prince le sait" (Hegel). Le "Prince" peut revêtir bien des formes, de nos jours celle d’une intelligentsia qui, d’une manière prétentieuse, entend construire le bien commun en fonction d’une raison abstraite et quelque peu totalitaire, raison morbide on ne peut plus étrangère à la vie courante.

Ceux qui ont le pouvoir de dire vitupèrent à loisir les violences ponctuant les soulèvements populaires. Mais la vraie "violence totalitaire" n’est-elle pas celle de cette bureaucratie céleste qui d’une manière abstruse édicte mesures économiques, consignes sociales et autres incantations de la même eau en une série de "discours appris" n’étant plus en prise avec le réel propre à la socialité quotidienne. N’est-ce pas une telle attitude qui fait dire aux protagonistes des ronds-points que ceux qui détiennent le pouvoir sont instruits, mais non intelligents ?

Ceux-là même qui vitupèrent et parlent, quelle arrogance ! de la "vermine paradant chaque samedi", ceux-là peuvent-ils comprendre la musique profonde à l’œuvre dans la sagesse populaire ? Certainement pas. Ce sont, tout simplement, des pleureuses pressentant, confusément, qu’un monde s’achève. Ce sont des notables étant dans l’incapacité de comprendre la fin du monde qui est le leur. Et pourtant cette Caste s’éteint inexorablement.

Au mépris vis-à-vis du peuple, correspond logiquement, le mépris du peuple n’ayant plus rien à faire avec une élite qu’elle ne reconnaît plus comme son maître d’école. Peut-être est-ce pour cela que cette élite, par ressentiment, utilise, ad nauseam, le mot de populisme pour stigmatiser une énergie dont elle ne comprend pas les ressorts cachés.

Le bienfait des soulèvements, des insurrections, des révoltes, c’est de rappeler, avec force, qu’à certains moments "l’ubris", l’orgueil d’antique mémoire des sachants ne fait plus recette. Par là se manifeste l’important de ce qui n’est pas apparent. Il y a, là aussi, une théâtralisation de l’indicible et de l’invisible. Le "roi clandestin" de l’époque retrouve alors une force et une vigueur que l’on ne peut plus nier.

L’effervescence sociétale, bruyamment (manifestations) ou en silence (abstention) est une manière de dire qu’il est lassant d’entendre des étourdis-instruits ayant le monopole légitime de la parole officielle, pousser des cris d’orfraie au moindre mot, à la moindre attitude qui dépasse leur savoir appris.

Manière de rappeler, pour reprendre encore une formule de Joseph de Maistre, "les hommes qui ont le droit de parler en France ne sont point la Nation".

Car qu’est-ce que la Nation ? En son sens étymologique, Natio, c’est ce qui fait que l’on nait, nascere, ensemble, que l’on partage une âme commune, que l’on existe en fonction et grâce à un principe spirituel. Toutes choses échappant aux Jacobins dogmatiques, qui en fonction d’une conception abstraite du peuple ne comprennent en rien ce qui est un peuple réel, un peuple vivant, un peuple concret. C’est-à-dire un peuple privilégiant le lieu étant le sien.

Le lieu fait lien. C’est bien ce localisme qui est le cœur battant, animant en profondeur, les vrais débats, ceux faisant l’objet de rassemblements, ponctuant les manifestations ou les regroupements sur les ronds-points. Ceux-ci sont semblables à ces trous noirs dont nous parlent les astrophysiciens. Ils condensent, récupèrent, gardent une énergie diffuse dans l’univers.

C’est bien cela qui est en jeu dans ces rassemblements propres au printemps des peuples. Au-delà de cette obsession spécifique de la politique moderne, le projet lointain fondé sur une philosophie de l’Histoire assurée d’elle-même, ces rassemblements mettent l’accent sur le lieu que l’on partage, sur les us et coutumes qui nous communs.

C’est cela le localisme, une spatialisation du temps en espace. Ou encore, en laissant filer la métaphore scientifique, une "einsteinisation" du temps. Être-ensemble pour être-ensemble sans finalité ni emploi. D’où l’importance des affects, des émotions partagées, des vibrations communes. En bref, l’émotionnel.

Pour reprendre une figure mythologique, "l’Ombre de Dionysos" s’étend à nouveau sur nos sociétés. Chez les Grecs, l’orgie (Orgè) désignait le partage des passions, proche de ce que l’on nomme de nos jours, sans trop savoir ce que l’on met derrière ce mot : l’émotionnel. Émotionnel, ne se verbalisant pas aisément, mais rappelant une irréfragable énergie, d’essence un peu mystique et exprimant que la solidarité humaine prime toutes choses et en particulier l’économie qui est l’alpha et l’oméga de la bien-pensance moderne. Que celle-ci d’ailleurs se situe à la droite, à la gauche, ou au centre de l’échiquier politique dominant.

L’émotionnel et la solidarité de base sont là pour rappeler que le génie des peuples est avant tout spirituel. C’est cela que paradoxalement soulignent les révoltes en cours. Et ce un peu partout de par le monde. Ces révoltes actualisent ce qui est substantiel. Ce qui est caché au plus profond des consciences. Qu’il s’agisse de la conscience collective (Durkheim) ou de l’inconscient collectif (Jung). Voilà bien ce que l’individualisme ou le progressisme natif des élites ne veut pas voir. C’est par peur du Nous collectif qu’elles brandissent le spectre du populisme.

Paul Valéry le rappelait: "ce n’est pas sur ce qu’ils voient, mais sur ce qu’ils ne voient pas qu’il faut juger les hommes". C’est bien sur ce qu’ils ne voient pas qu’il faut juger la Caste agonisante des notables établis : incapacité de repérer l’invisible à l’œuvre dans le corps social, incapacité à apprécier l’instinct naturel qui meut, sur la longue durée, la puissance populaire.

On est, dès lors, dans la métapolitique. Une métapolitique faisant fond comme je l’ai indiqué sur les affects partagés, sur les instincts premiers, sur une puissance étant au-delà ou en-deçà du pouvoir et qui parfois refait surface. Et ce d’une manière irrésistible. Comme une impulsion quelque peu erratique, ce qui n’est pas sans inquiéter ceux qui parmi les observateurs sociaux restent obnubilés par les Lumière (18e siècle) ou par les théories de l’émancipation, d’obédience socialisante ou marxisante propres au 19e siècle et largement répandues d’une manière plus ou moins consciente chez tous "les instruits" des pouvoirs et des savoirs établis.

En son temps, contre la violence totalitaire des bureaucraties politiques, j’avais montré, en inversant les expressions de Durkheim que la solidarité mécanique était la caractéristique de la modernité et que la solidarité organique était le propre des sociétés primitives. C’est celle-ci qui renaît de nos jours dans les multiples insurrections populaires.

Solidarités organiques qui, au-delà de l’individualisme, privilégient le "Nous" de l’organisme collectif. Celui de la tribu, celui de l’idéal communautaire en gestation. Organicité traditionnelle, ne pouvant qu’offusquer le rationalisme du progressisme benêt dont se targuent toutes les élites contemporaines.

Oui, contre ce progressisme dominant, on voit renaître les "instincts ancestraux" tendant à privilégier la progressivité de la tradition. La philosophie progressive, c’est l’enracinement dynamique. La tradition ce sont les racines d’hier toujours porteuses de vitalité. L’authentique intelligence "progressive", spécificité de la sagesse populaire, c’est cela même comprenant que l’avenir est un présent offert par le passé.

C’est cette conjonction propre à la triade temporelle (passé, présent, avenir) que pour reprendre les termes de Platon ces "montreurs de marionnettes" que sont les élites obnubilées par la théâtrocratie sont incapables de comprendre. La vanité creuse de leur savoir technocratique fait que les mots qu’ils emploient, les faux débats et les vrais spectacles dont ils sont les acteurs attitrés sont devenus de simples mécanismes langagiers, voire des incantations qui dissèquent et règlementent, mais qui n’apparaissent au plus grand nombre que comme de futiles divertissements. Les révoltes des peuples tentent de sortir de la grisaille des mots vides de sens, de ces coquilles vides et inintelligibles. En rappelant les formes élémentaires de la solidarité, le phénomène multiforme des soulèvements est une tentative de réaménager le monde spirituel qu’est tout être-ensemble. Et ce à partir d’une souveraineté populaire n’entendant plus être dépossédée de ses droits.

Les révoltes des peuples rappellent que ne vaut que ce qui est raciné dans une tradition qui, sur la longue durée, sert de nappe phréatique à toute vie en société. Ces révoltes actualisent l’instinct ancestral de la puissance instituante, qui, de temps en temps, se rappelle au bon souvenir du pouvoir institué.

Voilà ce qui en son sens fort constitue le génie du peuple, génie n’étant, ne l’oublions pas, que l’expression du gens, de la gente, c’est-à-dire de ce qui assure l’éthos de toute vie collective. Cet être-ensemble que l’individualisme moderne avait cru dépassé et qui ressurgit de nos jours avec une force inégalée.

Mais voilà, à l’encontre de l’a-priorisme des sachants, a-priorisme dogmatique étant le fourrier de tous les totalitarismes, ce génie s’exprime maladroitement, parfois même d’une manière incohérente ou se laissant dominer par les passions violentes. L’effervescence fort souvent bégaie.

Et comme le rappelle Ernest Renan : "Ce sont les bégaiements des gens du peuple qui sont devenus la deuxième bible du genre humain". Remarque judicieuse, soulignant qu’à l’encontre du rationalisme morbide, à l’encontre de l’esprit appris des instruits, le bon sens prend toujours, sa source dans l’intuition. Celle-ci est une vision de l’intérieur. L’intuition est une connaissance immédiate, n’ayant que faire des médias. C’est-à-dire n’ayant que faire de la médiation propre aux interprétations des divers observateurs ou commentateurs sociaux.

C’est cette vision de l’intérieur qui permet de reconnaître ce qui est vrai, ce qui est bon dans ce qui est. Et du coup, n’accordant plus créance au moralisme reposant sur la rigide logique du devoir-être.

C’est ainsi que le bon-sens intuitif saisit le réel à partir de l’expérience, à partir du corps social, qui dès lors, n’est plus une simple métaphore, mais une incontournable évidence. Ce que Descartes nommait "l’intuition évidente" comprend ainsi, inéluctablement ce qui est évident. Et ce au-delà des lieux communs de la bienpensance, à savoir la sympathie spirituelle qui est le cœur battant de toute vie en société.

Dès lors ce n’est plus le simple bien-être individualiste d’obédience économiciste qui prévaut, mais bien un plus être collectif. Et ce changement de polarité que l’intelligentsia ne peut pas, ne veut pas voir est conforté par la connaissance collective actualisant la "noosphère" analysée par Teilhard de Chardin, celle des réseaux sociaux, des blogs et autres Tweeters. Toutes choses confortant un "Netactivisme" dont on n’a pas fini de mesurer les effets.

Voilà le changement de paradigme en cours dont les soulèvements actuels sont les signes avant-coureurs. On comprendra que les zombies au pouvoir, véritables morts-vivants ne peuvent en rien apprécier la vitalité quasi-enfantine à l’œuvre dans tous ces rassemblements. Car cette vitalité est celle du "puer aeternus" que les pisse-froids nomment avec dégoût nomment "jeunisme". Mais ce vitalisme juvénile où prédomine l’aspect festif, ludique, voire onirique est certainement la marque la plus évidente de la postmodernité naissante. »

Maffesoli, décidément indispensable.

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Re: Petite jacquerie d’extrême droite

13 Juin 2019, 12:10 Message

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Re: Petite jacquerie d’extrême droite

1 Juillet 2019, 07:40 Message

En voilà une bonne idée...

Vers un Tour de France gilets jaunes ? (Bd Voltaire)

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