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Livre (religion du)

Abécédaire de l'islam, work in progress
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Livre (religion du)

24 Octobre 2012, 11:20 Message

Version abrégée / niveau 1

La Bible n'est pas un livre, mais plutôt une vaste bibliothèque ; les Évangiles sont des récits, un ensemble de témoignages sur la vie de Jésus. Le Coran est d'une toute autre nature : c'est, selon l'islam, un livre "incréé". Il existe depuis toujours et pour l'éternité. Il est écrit au présent, ses commandements sont à l'impératif et s'appliquent aussi bien aujourd'hui que dans le futur. L'islam est la seule religion "du" Livre, auquel elle accorde un privilège exorbitant.

Dicté par l''archange Djibril à Mahomet, qui le récite et exige qu'on ne fasse plus que cela : le réciter (Coran signifie : "récitation"), il est pour l'islam la parole de Dieu directe, littérale, à prendre au pied de la lettre, mot à mot, car c'est là tout son esprit.

Pourtant nombre d'éléments exogènes sont présents dès l'origine dans le Coran : notamment de nombreuses légendes, qui circulaient dans tout l’Orient, intégrés aux dogmes les plus officiels ou à des ouvrages apocryphes et de piété populaire. Mahomet a entendu, reproduit, déformé, travesti, adapté de nombreuses traditions déjà présentes. Il les a entendues en langue étrangère, par bribes, de manière superficielle, sans comprendre le sens profond des doctrines, et souvent de la part de religieux hétérodoxes. C'est pourquoi il aboutit à un résultat curieux qui est tantôt de l'ordre du méli-mélo, tantôt du puzzle, avec force collages, découpages, transformations, le tout lié par une "inspiration" qui fait la part si belle à l'esprit de conquête et de haine qu'on peut estimer qu'elle s'y résume.

Une étude historique rigoureuse exploitant tous les documents disponibles en vue de mieux déterminer les étapes de la rédaction du Coran, la langue réellement utilisée lors de sa création, les rédactions successives, transformations et adaptations que ce texte a manifestement connu au fil de la centaine d'année qui ont précédé sa fixation définitive serait très instructif et indispensable, mais les musulmans, n'y tiennent en aucune façon et résistent hypocritement à toutes les tentatives scientifiques en la matière, le plus souvent extérieures, et pour cause : ce serait remettre en cause le dogme central de leur croyance.

Malgré tout cela le texte qui en résulte est considéré par l'islam comme un absolu définitif, Mahomet étant "le sceau des prophètes", et à ce titre clôturant le cycle complet des annonces de Dieu. La religion musulmane se considère donc comme la religion ultime et définitive du genre humain, dans sa totalité. Mieux : elle est "innée", ce qui signifie que tout homme, quand bien même il ne le sait pas, est un musulman !

"Descendu" directement du ciel, le Coran est donc intangible. Toutefois, cela pose un grave problème ontologique : si le Coran est ainsi "descendu" du ciel c'est que toutes les copies terrestres de ce livre reproduisent un livre modèle, éternel et incréé, entreposé dans la "Table Gardée" au côté du trône d’Allah... Mais comment expliquer alors la présence de cette entité auprès de Dieu si l’on soutient un monothéisme absolu ? En effet comment concevoir dans ce cadre Dieu et le Coran tout deux éternels et incréés ? Comment peut-on affirmer l’omnipotence de Dieu si une chose extérieure à lui-même lui est co-éternelle ? Le problème est plus que sérieux, puisque la caractéristique la plus radicale de l'islam, qui le justifie à ses yeux comme vraie religion contre toutes les autres, savoir son strict monothéisme et son respect absolu de l'unicité absolue de Dieu, devrait logiquement rendre impossible le Coran comme incréé - ce qui à son tour ruine tout l'édifice…

L'islam ne peut sortir de ses impasses qu'en revenant sur ce dogme impossible et mortifère du "Coran incréé". Mais comme l'islam en provient…


Version développée / niveau 2


La Bible n'est pas un livre, mais plutôt une vaste bibliothèque, la compilation de l'histoire et de la sagesse d'un peuple ; les Évangiles sont des récits, un ensemble de témoignages sur la vie de Jésus, ils apportent la "Bonne Nouvelle". Le Coran est d'une toute autre nature : c'est, selon l'islam, un livre "incréé". Il existe depuis toujours et pour l'éternité. Il est écrit au présent, ses commandements sont à l'impératif et s'appliquent aussi bien aujourd'hui que dans le futur. On parle souvent, à tort, des "religions du Livre". Seul l'islam correspond à cette définition. L'islam seul est la religion "du" Livre auquel elle accorde un privilège exorbitant. Judaïsme et christianisme ont un rapport foncièrement différent et autrement ouvert à leurs textes. La confusion que propage cette expression fautive est entretenue volontairement, elle vise, avec quelques autres (Fils d'Abraham, et "même Dieu") à faire prendre vessies pour lanternes, notamment pour rapprocher islam et christianisme, qu'un abîme sépare pourtant, pour mettre ces trois religions "dans un même panier", au profit d'une seule à qui cette confusion peut servir, masquant sa nature véritable aux yeux des occidentaux : l'islam.

Comme le dit Rémi Brague : « La religion d’Israël est une histoire qui aboutit à un livre, le christianisme est une histoire racontée dans un livre, l’islam est un livre qui aboutit à une histoire ».

La seule marge d'interprétation qu'offre un texte sacré considéré comme directement venu du Ciel ne peut provenir que de ses éventuelles obscurités, contradictions, ou ambiguïtés - soit intrinsèquement, soit en fonction de la langue dans laquelle il a été exprimé. Or ambiguïtés, contradictions, obscurités ne manquent pas s'agissant du Coran, et le texte lui-même est hautement problématique quant à sa source et à l'histoire de sa rédaction. Mais les autorités musulmanes ne veulent rien en savoir. Une étude historique rigoureuse exploitant tous les documents disponibles en vue de mieux déterminer les étapes de la rédaction du Coran, la langue réellement utilisée lors de sa création, les rédactions successives, transformations et adaptations que ce texte a manifestement connu au fil de la centaine d'année qui ont précédé sa fixation définitive : voilà qui serait instructif, mais qui reste à faire, pour l'essentiel. Les premiers concernés, les musulmans, n'y tiennent en aucune façon et résistent hypocritement à toutes les tentatives scientifiques en la matière, le plus souvent extérieures, et pour cause : ce serait remettre en cause le dogme central de leur croyance et le caractère intouchable du livre qu'ils exploitent aujourd'hui, que pourtant ils maltraitent, serait-ce seulement au niveau de sa présentation. En effet le Coran est aujourd'hui présenté avec ses "sourates" classés à peu de chose près par ordre de grandeur, de la plus longue à la plus petite, donc en désordre complet par rapport à la chronologie de sa "révélation", et notamment en mélangeant versets dictés à Médine, versets dictés à La Mecque, versets "abrogeants" et versets abrogés, etc. Seul compte pour cette présentation désastreuse d'un livre si important de faciliter sa "récitation" qui, dans ses conditions, se rapproche plus d'un rabâchage que d'une lecture approfondie, à tout le moins.

La part la plus importante des discussions possibles à partir du Coran revient finalement, pour les musulmans, à la délicate question de l'adaptation à l'époque moderne de règles formulées à une époque fort différente et dans un contexte très particulier : celui de bédouins du désert d'Arabie autour du VIIème siècle. Une question, parmi cent mille de ce genre, qui a pu un moment agiter les esprits au sein de nos "quartiers sensibles" aura été, par exemple, celle de la longueur correcte du "pantacourt" quand ce dernier était à la mode, le prophète ayant déclaré qu'il était vaniteux de couvrir ses chevilles…

Ce n'est pas du "sexe des anges" que l'on dispute, il n'y a aucun arrière-plan métaphysique ou enjeu philosophique derrière les querelles et discussions qui alimentent le domaine intellectuel dans le monde islamique : seulement des questions pratiques de morale étroite et bigote, la transposition du modèle de vie affiché par Mahomet ou exigé par le Coran devenant de plus en plus incommode dans le monde moderne. De plus, même cette marge extrêmement limitée d'interprétation ou d'adaptation a été considérée comme épuisée pour l'essentiel dès le IXème siècle (cf. Droit)

Dicté par l'archange Djibril à Mahomet, qui le récite (il est illettré) et exige qu'on ne fasse plus que cela : le réciter (Coran signifie : "récitation"), il est pour l'islam la parole de Dieu directe, littérale, à prendre au pied de la lettre, mot à mot, car c'est là tout son esprit. Et c'est bien ainsi que l'entend la tradition sunnite, qui est de très loin majoritaire dans le monde musulman. Le chiisme, parce qu'il s'est développé sur un terreau de civilisation infiniment plus riche et ancien, offre une vision plus élaborée, avec une tradition d'interprétation plus sophistiquée, mais il reste in fine prisonnier du même cadre étroit, et la majorité sunnite peut à bon droit souligner les apports exogènes au Coran qui travaillent ce courant essentiellement iranien.

Cela dit, de tels éléments exogènes sont présents dès l'origine dans le Coran, qui ne sont ni issus du fond culturel arabe, ni du talent littéraire ou poétique de Mahomet : ils proviennent notamment de nombreuses légendes, qui circulaient dans tout l’Orient, intégrés aux dogmes les plus officiels ou à des ouvrages apocryphes et de piété populaire. Mahomet a entendu, reproduit, déformé, travesti, adapté de nombreuses traditions présentes de la Mecque à la Syrie. Il les a entendues en langue étrangère, par bribes, de manière superficielle, sans comprendre le sens profond des doctrines, et souvent de la part de religieux hétérodoxes. C'est pourquoi il aboutit à un résultat curieux qui est tantôt de l'ordre du méli-mélo, tantôt du puzzle difficilement reconstitué, avec force collages, découpages, transformations plus ou moins bienvenues, le tout lié par une "inspiration" qui fait la part si belle à l'esprit de conquête, de revanche, de vengeance, de haine et de jalousie qu'on peut estimer qu'elle s'y résume.

Malgré tout cela le texte qui en résulte est considéré par l'islam comme un absolu définitif, Mahomet étant "le sceau des prophètes", et à ce titre clôturant le cycle complet des annonces de Dieu. La religion musulmane se considère donc comme la religion ultime et définitive du genre humain, dans sa totalité. Mieux : elle est "innée", ce qui signifie que tout homme, quand bien même il ne le sait pas, est un musulman ! Par voie de conséquence tout homme qui n'assume pas sa "mulsumanité" native et embrasse une autre religion est de fait un apostat. Or la sanction de l'apostasie en islam est la mort. Dès lors c'est une folle machine humaine qui est enclenchée, qui se reconnait le droit d'employer tous les moyens en vue de sa fin...

Toutefois, cela pose un grave problème ontologique à l'islam, qui a d'ailleurs été soulevé un temps par le courant "mutazilite", lequel devait être rapidement éliminé, comme l'ont été tout ceux qui, à un moment ou un autre, influencés par la découverte des textes grecs et de leur "logos", ont tentés de combiner raison avec islam. L'islam n'aime ni les lettrés, ni l'élite autre que guerrière : on y considère que la révélation divine n'a pas à être soumise à la critique humaine. (Signalons au passage qu'il y a concomitance entre cette défaite des mutazilites et la fermeture des portes de l'ijtihad (Droit).)

Quel est le problème ? Le Coran étant "descendu" directement du ciel, n'ayant pas subi d'altération après sa révélation, Dieu ayant promis que ce livre durerait jusqu'à la fin des temps, c'est donc que toutes les copies terrestres de ce livre sacré de l’islam reproduisent un livre modèle, éternel et incréé, entreposé dans la "Table Gardée" au côté du trône d’Allah... Comment expliquer alors la présence de cette entité auprès de Dieu si l’on soutient un monothéisme formel ? En effet comment concevoir dans ce cadre Dieu et le Coran tout deux éternels et incréés ? Comment peut-on affirmer l’omnipotence de Dieu si une chose extérieure à lui-même lui est co-éternelle ? N’a-t-on pas ici un dualisme composé de Dieu et du Coran ? Si on ne l’admet pas, comment justifier alors la présence de ce Coran incréé hors du champ d’action de Dieu, sur un plan ontologique ?

Le problème est plus que sérieux, puisque la caractéristique la plus radicale de l'islam, qui le justifie à ses yeux comme vraie religion contre toutes les autres, savoir son strict monothéisme et son respect absolu de l'unicité absolue de Dieu, devrait logiquement rendre impossible le Coran comme incréé - ce qui à son tour ruine tout l'édifice…

Indépendamment des contorsions théologiques auxquelles ces questions ont donné lieu, il y a un parallélisme, comme Andrew Rippin l'a mis en lumière, entre le dogme de "l’inimitabilité du Coran" (miracle de l'idjaz) ou mieux de son "insupérabilité" et celui de "l’impeccabilité du Prophète" : car jusqu’à aujourd’hui, cette notion d’inimitabilité constitue la réponse (il n’y en a pas d’autre) à ceux qui récusent le Coran "incréé" ; comme en témoigne al-KindÎ, les Arabes ou arabophones chrétiens se sont moqués tôt de cette prétention, en montrant qu’il n’est pas difficile de composer de plus beaux vers arabes que ceux du Coran. Pourtant remettre en cause ce statut du Coran ayant été puni de mort, très vite, la thèse de son "incréation" n'a plus guère été contestée !

Le problème ontologique de l'islam, c'est précisément que sa conception radicale du "Dieu" est une impasse totale (formelle, logique, théologique, existentielle, etc.) et qu'elle est, comme séparation absolue, in-humaine autant que "in-divine", au sens propre. Même le Coran est en vérité "chose impossible" dans pareille optique. "Dieu", dans ce cadre, est un mot qui ne désigne plus rien qui se rapporte si peu que ce soit à ce qu'il signifie partout ailleurs, y compris pour les autres traditions "monothéistes". L'islam supprime tout rapport à la vie la plus vivante, veut imposer une "révélation" fichée, définitivement et à la virgule près, au sein du devenir humain. Il est d'une radicale simplicité, pour ne pas dire d'un simplisme effrayant, c'est-à-dire qu'il est dangereux, spécialement auprès des ignorants, et sans doute plus encore auprès des demi-cultivés.

Dans ces conditions on comprend que le R.P. Henri Boulad ait pu écrire que « L'islamisme c'est l'islam dans toute sa logique, dans toute sa rigueur. L'islamisme est présent dans l'islam comme le poussin dans l'œuf, comme le fruit dans la fleur, comme l'arbre dans la graine. »

Guerre, razzia, conquête, soumission, maîtrise du monde entier et de la totalité de toute vie humaine sont consubstantiels à l'islam, car omniprésents dans le Coran et dans la vie de Mahomet (Sîra) qui l'éclaire à un degré, hélas, qu'on ne rencontre dans aucune autre "religion", au point qu'il faut s'interroger aussi sur ce terme, qui n'est sans doute pas le mieux adapté pour nommer correctement le phénomène entier de l'islam.

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Re: Livre (religion du)

2 Mars 2018, 13:49 Message

Enquête sur le miracle coranique, Editions du Cerf

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Annonce d'un livre certainement très intéressant.

« L’idée que le Coran constitue un miracle, par sa perfection littéraire mais aussi parce qu’il contiendrait toutes les sciences et toute la réalité du passé et de l’avenir, est pour les musulmans un élément essentiel de leur foi, de leur théologie et de leur histoire. C’est la raison pour laquelle l’islam actuel opère un vaste mouvement apologétique du Coran, par l’édition et l’informatique, qui utilise beaucoup le thème de l’extraordinaire et du miraculeux. Ce livre interroge tous les aspects de ce mouvement, tels qu’ils se sont manifestés et qu’ils se manifestent aujourd’hui, sur les plans de la langue, de l’histoire, du dogme et de la psychologie. Une enquête prodigieuse menée par deux islamologues reconnus.
Marie-Thérèse Urvoy a été professeur d’islamologie, d’histoire médiévale arabe, d’arabe classique et de philosophie arabe à l’Institut catholique de Toulouse et à l’université de Bordeaux-III.
Dominique Urvoy a été professeur de pensée et civilisation arabes à l’université de Toulouse-II. Ils ont notamment publié, aux Éditions du Cerf, La mésentente. Dictionnaire des difficultés doctrinales du dialogue islamo-chrétien (2014). »

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Re: Livre (religion du)

7 Avril 2018, 09:40 Message



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