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Modèle social français

Sur l'immigration de peuplement et ses conséquences
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Modèle social français

29 Avril 2014, 19:03 Message

Marseille : La CAF des Bouches-du-Rhône à guichets fermés.


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Re: Modèle social français

3 Novembre 2014, 09:21 Message

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Re: Modèle social français

3 Novembre 2014, 09:44 Message

Les avocats ces traitres au service du mondialisme ...

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Re: Modèle social français

8 Novembre 2014, 16:15 Message

Zemmour et Naulleau invitent Christophe Guilluy sur Paris première (Vendredi à 23 h 00).

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Re: Modèle social français

8 Novembre 2014, 17:17 Message

Indispensable Guilluy.
Et une question politique qui reste entièrement ouverte.

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Re: Modèle social français

8 Novembre 2014, 18:20 Message

On en a parlé ces derniers temps. Va-t-on voir la naissance d'un nouveau parti politique qui va englober le FN, une partie de l'UMP et les absentionnistes pour faire face à un nouveau regroupement centriste constitué par un axe Valls-Bayrou-Juppé ?

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Re: Modèle social français

12 Septembre 2016, 09:50 Message

Le géographe Christophe Guilluy publie un nouveau essai intitulé
LA FRANCE D'EN HAUT

Extraits de cet essai.

Par Guillaume Perrault
Publié le 09/09/2016 à 09h03

L'auteur de La France périphérique publie un nouvel essai sur «la France d'en haut». Il explique pourquoi l'opposition entre métropoles mondialisées et catégories populaires est de plus en plus forte. Au point de restaurer la lutte des classes.

Le géographe Christophe Guilluy, révélé par Fractures françaises (Flammarion, 2013) et par La France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires (Flammarion, 2014), a renouvelé les analyses sur les mutations des classes populaires et réfuté plusieurs idées reçues sur la banlieue. Dans son nouvel ouvrage, Le Crépuscule de la France d'en haut (Flammarion), en librairie le 14 septembre, et dont Le Figaro Magazine publie en exclusivité de larges extraits, Christophe Guilluy va encore plus loin.

Le géographe rappelle d'abord sa thèse: la baisse de la proportion d'ouvriers est réelle, mais elle s'est accompagnée d'une augmentation de la proportion d'employés. Les catégories populaires - qui comprennent aussi les petits agriculteurs - n'ont donc en rien disparu. Elles sont simplement moins visibles, puisqu'elles vivent loin des grands centres urbains où se concentrent décideurs publics et privés.

Si l'on considère l'ensemble du territoire national, la part des catégories populaires dans la population française est restée à peu près stable depuis un demi-siècle. Le problème social et politique majeur du pays c'est que, pour la première fois depuis la révolution industrielle, la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Or, Christophe Guilluy l'affirme: les catégories sociales qui soutiennent la mondialisation sont trop peu nombreuses pour que leur projet de société continue à s'imposer longtemps encore à la France périphérique. Morceaux choisis.

● Metropolis

Hier, les classes populaires étaient intégrées économiquement, socialement et donc politiquement. Malgré des conditions de travail et de salaires difficiles, les ouvriers faisaient partie intégrante du modèle économique. Ils vivaient d'ailleurs au cœur des territoires qui créaient l'emploi et les richesses, souvent des villes industrielles. Aujourd'hui inutiles à la machine économique, les classes populaires (ouvriers, mais aussi employés) sont reléguées à l'extérieur des territoires qui créent emploi et richesses, en dehors des métropoles. […] Aujourd'hui, les classes populaires traditionnelles n'ont tout simplement plus les moyens d'occuper ces espaces stratégiques pour l'emploi. Les quartiers et communes de logements sociaux représentent donc désormais la dernière possibilité pour les catégories populaires de se maintenir dans les métropoles. Ce parc de logements, où se concentrent les flux migratoires, est évité par les classes populaires traditionnelles. L'éviction des classes populaires des métropoles sera donc définitive. Et ce n'est pas la construction de 20 ou même 30% de logements sociaux qui changera la donne. La nouvelle bourgeoisie a gagné. Nulle volonté de «chasser les pauvres», nul complot, simplement l'application stricte de la loi du marché. Le marché de l'immobilier a créé les conditions de la présence des catégories dont le marché du travail a besoin.

● Le fossé entre les deux France

De nombreux centres-villes sont désormais «à vendre»

Le processus de concentration des emplois qualifiés, des cadres et des revenus dans les grandes villes, et inversement la fragilisation économique et sociale de la France périphérique contribuent à accentuer les inégalités entre les deux France. Si la paupérisation des zones rurales est souvent évoquée, on insiste moins sur la fragilisation sociale des petites villes et des villes moyennes de la France périphérique. De nombreux centres-villes sont désormais «à vendre». Cette désertification touche les petites villes ou les villes moyennes de moins de 100.000 habitants comme Guéret, Tarbes, Agen, Villefranche-de-Rouergue, Moulins, Niort, Albi, Béziers, Vierzon ou Calais. À Nevers, on estime que près de 20% des locaux commerciaux sont vides. Les causes sont multiples, mais on peut en pointer deux essentielles: la dépopulation, et surtout la concurrence des zones commerciales. Les grandes métropoles ont aussi aspiré une partie des emplois administratifs et des activités commerciales. C'est le cas par exemple à Béziers, qui s'est vidée de ses fonctionnaires au profit de Montpellier. Difficile de se promener au centre des villes, petites ou moyennes, sans découvrir les vitrines vides et les commerces fermés. […] Si les marges de manœuvre existent pour les villes touristiques ou dotées d'un tissu industriel encore actif, pour les autres, ce sera beaucoup plus difficile: la vacance commerciale, c'est-à-dire la proportion de magasins vides, progresse d'année en année depuis quinze ans. En 2014, le taux atteignait en moyenne 8,5% pour les 300 plus grandes villes de France. Cette fragilisation économique et sociale de nombreux territoires de la France périphérique se développe dans un contexte de raréfaction de l'argent public particulièrement difficile pour les collectivités. Les départements sont ainsi pris en étau entre une demande sociale croissante et une baisse des dotations.

● Fin de l'assimilation et angoisse de devenir minoritaire

Dans cette société multiculturelle où l'Autre ne devient pas soi, l'instabilité démographique est la principale cause du séparatisme d'en bas. Contrairement à ce que laisse entendre la classe médiatico-politique, on sait depuis des décennies que l'importance des flux migratoires (200.000 entrées par an, selon le ministère de l'Intérieur) est au cœur des préoccupations des Français. Les enquêtes de l'institut Ipsos consacrées aux fractures françaises montrent qu'en moyenne 70% des Français considèrent qu'«il y a trop d'étrangers» en France, 60% estimant qu'«on ne se sent plus chez nous»: 70%, un chiffre considérable, bien supérieur aux meilleurs résultats du FN, une opinion majoritaire depuis bien longtemps et que la classe dominante a cru pouvoir mettre sous le tapis en la réduisant au clivage «racistes/antiracistes» […] La classe dominante, celle qui n'a jamais cessé d'ériger des frontières invisibles à coups d'évitement résidentiel et/ou scolaire, aurait pu prévoir que cette perception négative de l'immigration aurait une influence sur la recomposition socio-démographique des territoires, et, in fine, de la société tout entière. Nous y sommes. Le séparatisme social et culturel s'est généralisé; un constat qui rend dérisoire la question du score du vote FN. Cette demande de régulation des flux migratoires n'est pas spécifique à la France, mais concerne l'ensemble des pays dans le monde (y compris les États-Unis). Dans les milieux populaires, personne ne souhaite devenir minoritaire dans son «village», ni en France, ni au Maroc, ni en Algérie, ni en Chine, ni au Sénégal. Ce constat ne concerne donc pas un groupe ethnique, culturel ou religieux spécifique, mais les catégories modestes attachées à un capital social et culturel protecteur. Cette question des flux migratoires et de l'instabilité démographique se double en effet de nouvelles tensions, moins liées à des revendications communautaires qu'à la question de l'«assignation identitaire», une identité que l'on porte prioritairement dans le regard de l'Autre. Car, qu'on le veuille ou non, au temps des minorités et des majorités relatives, le rapport à l'autre est exacerbé.

● Tensions entre Maghrébins et Africains dans les quartiers difficiles

Territoires de concentration des flux migratoires, les zones urbaines sensibles se caractérisent par de fortes tensions

Territoires de concentration des flux migratoires, les zones urbaines sensibles se caractérisent par leur grande instabilité démographique et de fortes tensions. Dans ces espaces où la mobilité résidentielle est très élevée, les minorités et les majorités sont relatives et l'insécurité culturelle concerne l'ensemble des habitants, quelles que soient leurs origines. Si les classes populaires d'origine française et d'immigration ancienne évitent (ou ont quitté) depuis très longtemps ces territoires, les tensions se multiplient aujourd'hui entre les autochtones (essentiellement des Français issus de l'immigration maghrébine) et les nouveaux arrivants (essentiellement issus de l'immigration africaine et rom). Des tensions qui expliquent les stratégies d'évitement résidentiel (souvent à l'intérieur du parc social) et scolaire de ménages issus d'une immigration maghrébine vieillissante et en phase d'ascension sociale. Aujourd'hui, l'affrontement communautaire à redouter n'est pas prioritairement celui qui opposera les «petits Blancs» aux «musulmans», mais celui des minorités entre elles sur des territoires qu'elles sont contraintes de partager.

Londres est-elle l'avenir de Paris?

Quintessence de la métropolisation, Londres présente toutes les caractéristiques du modèle mondialisé. Dans cette ville-citadelle, où «le loyer mensuel moyen atteignait 2580 livres (3500 euros) fin 2015, alors que le salaire mensuel moyen était de 2300 livres (3150 euros)», la classe ouvrière a disparu et le marché de l'emploi est désormais polarisé. D'un côté, des emplois très qualifiés et bien rémunérés, de l'autre des emplois sous-payés occupés par des travailleurs immigrés qui ne bénéficient plus que d'une maigre protection sociale. Les classes populaires traditionnelles et l'ancienne classe moyenne se sont, elles, évaporées: «entre 2001 et 2011, le nombre de Britanniques blancs y a baissé de plus de 600.000, alors même que le nombre de Londoniens s'est accru d'un million. La proportion de Britanniques blancs a ainsi perdu 13 points en dix ans (45% en 2011, contre 58% en 2001).» Ce «White Flight» des classes populaires traditionnelles est perceptible dans toutes les grandes métropoles mondialisées. Il souligne a contrario l'émergence des «périphéries populaires», d'une «Angleterre périphérique» où se concentre une «white working-class». La métropolisation du territoire français n'a pas encore atteint le paroxysme inégalitaire anglais, mais la dynamique est lancée.

Brexit: les bobos des mégapoles rêvent de larguer les périphéries

Prisonnière d'une idéologie, protégée par ses citadelles, la classe dominante commence à prendre conscience qu'elle a perdu le contrôle sur les catégories modestes. La panique est perceptible et, dans les métropoles, les maires de Paris et de Londres n'hésitent plus désormais à proposer de s'émanciper du cadre national. Dans une tribune commune, Anne Hidalgo et Sadiq Khan font ainsi l'apologie du dynamisme des villes globales et ouvertes qu'ils opposent à la léthargie des États-nations, considérés comme le cadre du repli sur soi. Structurellement minoritaires, les partisans de l'ordre mondialisé prônent donc maintenant l'indépendance de leurs citadelles et l'abandon des périphéries populaires!

Vers un droit de vote à points?

Le vote souverainiste des Britanniques a permis de constater que les classes dominantes et supérieures ne reconnaissent désormais les résultats électoraux que lorsqu'ils valident leur modèle […] au lendemain du référendum britannique, une pétition réunissant des millions de signataires demandait de rejouer la partie sous prétexte que ceux qui avaient voté «ne savaient pas vraiment ce qu'ils faisaient». En France, certains proposaient même une démocratie à points. François Fillon déclarait ainsi que les jeunes devraient disposer de deux voix. En Suisse, c'est la socialiste Jacqueline Fehr qui propose d'élargir le principe aux 18-40 ans. Cet intérêt soudain pour le vote des jeunes faisait écho à un sondage qui indiquait qu'une majorité des jeunes avaient bien voté, c'est-à-dire pour le maintien de la Grande-Bretagne dans l'Union, tandis que les vieux avaient massivement voté pour le Brexit. Outre le fait que les jeunes ont au contraire montré leur désintérêt pour l'Europe (ils se sont majoritairement abstenus), ces postures jeunistes et anti-vieux masquent la volonté de mettre en place une démocratie restreinte dont seraient exclues les catégories les plus modestes. En observant la géographie du vote, il apparaît en effet que les vieux qui ont voté pour le Brexit sont majoritairement issus de milieux populaires, tandis que les jeunes qui ont voté pour le maintien sont majoritairement issus de la nouvelle bourgeoisie des grandes métropoles et, singulièrement, de Londres. Dans cette démocratie restreinte, on peut facilement imaginer la publication prochaine au Journal officiel des nouvelles conditions pratiques de ce vote à points: le jeune bourgeois des métropoles bénéficiera d'un coefficient 3, le cadre d'un coefficient 2, l'ouvrier d'un coefficient 1, le chômeur d'une petite ville d'un coefficient 0,5. Quant au retraité pauvre vivant en zone rurale, désolé, sa participation ne sera plus requise.

Extraits choisis par Guillaume Perrault.

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Re: Modèle social français

21 Septembre 2016, 13:25 Message

Guilluy sur Le Point : Christophe Guilluy : "Nous allons vers une période de tensions et de paranoïa identitaire"

« Le sentiment de classe est-il encore vrai au sein de cette France périphérique ?

Ce que je décris n'est pas une nouvelle classe ouvrière. C'est juste une nouvelle perception du monde. En revanche, ces gens ressentent fortement le mépris de classe. La défiance vis-à-vis des médias en est l'illustration. La part des ouvriers représentés à la télé est extrêmement faible. Nous sommes, s'agissant de l'élite, dans la logique d'un monde fermé, d'où mon titre « Le Crépuscule de la France d'en haut ». On ne fait plus société, la rupture est totale. Jadis, le monde d'en haut était exemplaire. Il soutenait un modèle qui intégrait économiquement tout le monde, et tout le monde était gagnant. Les Français d'en bas n'ont jamais eu de problèmes avec les riches. Les postures anti-riches sont des postures bourgeoises. Le monde d'en haut, aujourd'hui, a choisi un modèle qui profite à peu de Français. Mais ce schéma va basculer de façon radicale. À moins de se poser les bonnes questions : quel est le destin de ces gens dont on n'a pas besoin, car, qu'ils produisent ou non, cela ne change rien à la courbe du PIB ?

Le revenu universel est pour vous une fausse bonne idée. Pourquoi ?

Les promoteurs de ce revenu universel sont dans une logique de péréquation et de redistribution. Derrière, il y a l'idée que le Français d'en bas veut profiter du système et ne pas travailler. C'est un mépris de classe ! Les gens modestes ne veulent pas tendre la main. Ils veulent être fiers d'éduquer leurs enfants grâce au fruit de leur travail. »

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Re: Modèle social français

8 Octobre 2016, 17:20 Message


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Re: Modèle social français

10 Octobre 2016, 17:17 Message


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Re: Modèle social français

21 Novembre 2016, 09:48 Message

"Faire passer les classes populaires pour fascisées est très pratique"

De l'Amérique de Trump à la France périphérique, il n'y a qu'un pas. Le géographe Christophe Guilluy nous explique pourquoi. Interview.
Propos recueillis par Clément Pétreault
Publié le 16/11/2016 à 07:10 | Le Point.fr
« Trumpisation » de la société, « lepénisation des esprits », « jeanpierrepernaultisation de l'information », les éditorialistes ne savent plus qui accabler pour expliquer la montée des populismes. Il existe pourtant une autre lecture du phénomène. Christophe Guilluy est le géographe maudit de la gauche française. Ses torts ? Une analyse qui prend les réformistes à rebrousse-poil et des livres qui décortiquent les rouages inconscients de notre ordre social. Si Manuel Valls considère qu'expliquer, c'est déjà vouloir excuser, Christophe Guilluy préfère comprendre plutôt que condamner.

Le Point.fr : L'élection d'un populiste comme Donald Trump ne semble pas vous étonner. Un tel scénario pourrait-il advenir en France ?

Christophe Guilluy : Étant donné l'état de fragilisation sociale de la classe moyenne majoritaire française, tout est possible. Sur les plans géographique, culturel et social, il existe bien des points communs entre les situations françaises et américaines, à commencer par le déclassement de la classe moyenne. C'est « l'Amérique périphérique » qui a voté Trump, celle des territoires désindustrialisés et ruraux qui est aussi celle des ouvriers, employés, travailleurs indépendants ou paysans. Ceux qui étaient hier au cœur de la machine économique en sont aujourd'hui bannis. Le parallèle avec la situation américaine existe aussi sur le plan culturel, nous avons adopté un modèle économique mondialisé. Fort logiquement, nous devons affronter les conséquences de ce modèle économique mondialisé : l'ouvrier – hier à gauche –, le paysan – hier à droite –, l'employé – à gauche et à droite – ont aujourd'hui une perception commune des effets de la mondialisation et rompent avec ceux qui n'ont pas su les protéger. La France est en train de devenir une société américaine, il n'y a aucune raison pour que l'on échappe aux effets indésirables du modèle.

Vous considérez que personne n'a vu venir le phénomène Trump ou le Brexit, car les représentations des classes populaires sont erronées…

Dans l'ensemble des pays développés, le modèle mondialisé produit la même contestation. Elle émane des mêmes territoires (Amérique périphérique, France périphérique, Angleterre périphérique… ) et de catégories qui constituaient hier la classe moyenne, largement perdue de vue par le monde d'en haut.

Oui, la perception que des catégories dominantes – journalistes en tête – ont des classes populaires se réduit à leur champ de vision immédiat. Je m'explique : ce qui reste aujourd'hui de classes populaires dans les grandes métropoles sont les classes populaires immigrées qui vivent dans les banlieues c'est-à-dire les minorités : en France elles sont issues de l'immigration maghrébine et africaine, aux États-Unis plutôt blacks et latinos. Les classes supérieures, qui sont les seules à pouvoir vivre au cœur des grandes métropoles, là où se concentrent aussi les minorités, n'ont comme perception du pauvre que ces quartiers ethnicisés, les ghettos et banlieues... Tout le reste a disparu des représentations. Aujourd'hui, 59 % des ménages pauvres, 60 % des chômeurs et 66 % des classes populaires vivent dans la « France périphérique », celle des petites villes, des villes moyennes et des espaces ruraux.

Pour expliquer l'élection de Trump, les médias américains évoquent « la vengeance du petit blanc ». Un même désir de vengeance pourrait-il peser dans la prochaine élection française ?

Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétinisées » est très pratique. Cela permet d'éviter de se poser des questions cruciales. Lorsque l'on diagnostique quelqu'un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s'interroger sur l'organisation économique du territoire où il vit. L'antifascisme est une arme de classe. Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l'économie de marché, il ne lui reste qu'une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n'existe pas. C'est exactement ce qui est en train de se passer.

C'est-à-dire ?

Il y a un mépris de classe presque inconscient véhiculé par les médias, le cinéma, les politiques, c'est énorme. On l'a vu pour l'élection de Trump comme pour le Brexit, seule une opinion est présentée comme bonne ou souhaitable. On disait que gagner une élection sans relais politique ou médiatique était impossible, Trump nous a prouvé qu'au contraire, c'était faux. Ce qui compte, c'est la réalité des gens depuis leur point de vue à eux. Nous sommes à un moment très particulier de désaffiliation politique et culturel des classes populaires, c'est vrai dans la France périphérique, mais aussi dans les banlieues où les milieux populaires cherchent à préserver ce qui leur reste : un capital social et culturel protecteur qui permet l'entraide et le lien social. Cette volonté explique les logiques séparatistes au sein même des milieux modestes. Une dynamique, qui n'interdit pas la cohabitation, et qui répond à la volonté de ne pas devenir minoritaire.

Donc pour vous les élites essaieraient de « rééduquer le peuple » plutôt que de le régler ses problèmes ?

La bourgeoisie d'aujourd'hui a bien compris qu'il était inutile de s'opposer frontalement au peuple. C'est là qu'intervient le « brouillage de classe », un phénomène, qui permet de ne pas avoir à assumer sa position. Entretenue du bobo à Steve Jobs, l'idéologie du cool encourage l'ouverture et la diversité, en apparence. Le discours de l'ouverture à l'autre permet de maintenir la bourgeoisie dans une posture de supériorité morale sans remettre en cause sa position de classe (ce qui permet au bobo qui contourne la carte scolaire, et qui a donc la même demande de mise à distance de l'autre que le prolétaire qui vote FN, de condamner le rejet de l'autre). Le discours de bienveillance avec les minorités offre ainsi une caution sociale à la nouvelle bourgeoisie qui n'est en réalité ni diverse ni ouverte : les milieux sociaux qui prônent le plus d'ouverture à l'autre font parallèlement preuve d'un grégarisme social et d'un entre-soi inégalé.

Vous décrivez le modèle économique libéral comme « prédateur » du modèle républicain… Vous y allez un peu fort !

Nous, terre des lumières et patrie des droits de l'homme, avons choisi le modèle libéral mondialisé sans ses effets sociétaux : multiculturalisme et renforcement des communautarismes. Or, en la matière, nous n'avons pas fait mieux que les autres pays.

Seul le FN semble trouver un écho dans cette France périphérique...

Le FN n'est pas le bon indicateur, les gens n'attendent pas les discours politiques ou les analyses d'en haut pour se déterminer. Les classes populaires font un diagnostic des effets de plusieurs décennies d'adaptation aux normes de l'économie mondiale et utilisent des candidats ou des référendums, ce fut le cas en 2005, pour l'exprimer.

Comment percevez-vous le phénomène Macron ?

Il y a au moins une chose qu'on ne peut pas lui reprocher : il n'avance pas masqué ! Il ne cherche pas à faire semblant de tenir un discours « de gauche ». Il dit : « pour s'en sortir, il faut encore plus de libéralisme » ce qui est assez cohérent intellectuellement et assez représentatif de ce qu'est devenue la gauche.

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Re: Modèle social français

6 Décembre 2017, 09:43 Message

Du SMIC.



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