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La résistance

Sur l'immigration de peuplement et ses conséquences
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Re: La résistance

21 Janvier 2017, 00:30 Message

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Re: La résistance

24 Janvier 2017, 14:53 Message

Brexit: la classe ouvrière contre l’Europe

Entretien avec le philosophe conservateur Roger Scruton
Daoud Boughezala

Publié le 24 janvier 2017 / Culture

Qu'il soit de droite ou de gauche, le conservatisme britannique reflète le refus de la société civile d'être reformatée par la modernité. Le Brexit en est l'émanation la plus récente.


Daoud Boughezala. Vous racontez tenir votre fibre conservatrice de votre père, qui militait pourtant au sein du parti travailliste. Comment vous a-t-il transmis son amour de la permanence sans vous léguer ses idéaux socialistes ?

Roger Scruton.(1) J’ai fait le tri entre les différentes facettes de sa pensée. Comme beaucoup d’Anglais de son époque, mon père Jack Scruton portait son ascension sociale comme un fardeau et a nourri un ressentiment de classe. Instituteur issu de la classe ouvrière, sa famille très pauvre a beaucoup souffert dans l’entre-deux-guerres. Ses idées socialistes n’étaient que pure négativité, et il n’est d’ailleurs jamais parvenu à les traduire politiquement. Mais ce que j’ai retenu de lui, c’est sa défense de l’enracinement, la préservation de ce qu’il avait hérité, aimait et voulait conserver. Ainsi s’est-il investi avec nos voisins dans la société de conservation de High Wycombe pour empêcher que les promoteurs immobiliers ne défigurent notre ville. Il a également créé une société de protection de l’environnement et encouragé les enfants des écoles à s’intéresser à leur histoire locale.

À l’image de Jack Scruton et d’« anarchistes tories » tels que George Orwell ou William Morris, le conservatisme british n’est pas réductible à la droite. Serait-il davantage un style ou une mentalité qu’une idéologie structurée ?

C’est fort possible. Au xixe siècle, William Morris se disait socialiste et son contemporain John Ruskin tory, mais ils étaient tous deux foncièrement conservateurs. Loin d’être le monopole d’un parti, le conservatisme britannique découle d’un mouvement de la société civile. Notre conservatisme pragmatique conduit des citoyens à se réunir pour s’enraciner sans demander la permission de l’État, voire en défiant l’État. Certains créent des petites associations de protection du patrimoine pour préserver l’histoire et la beauté de leur localité. D’autres ont une démarche plus politique, comme ce fut le cas de George Orwell. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Orwell a été frappé par la trahison des clercs que représentait le refus des intellectuels de gauche de participer à l’union nationale. Inversement, ce socialiste conservateur voyait dans la classe ouvrière un puits de loyauté patriotique.

Avec sa fameuse « common decency » attachée aux petites gens, que Jean-Claude Michéa a abondamment repris depuis, Orwell idéalisait quelque peu les classes laborieuses. À l’heure du marché roi, croyez-vous à la décence commune du petit peuple ?

Même si la télévision a beaucoup détruit les groupes d’entraide, dans la ville rurale où j’habite on trouve encore de très nombreuses associations privées, comme les clubs d’échecs ou de bowling. Presque tous mes voisins ont leur petite bande d’amis avec lesquels ils vont boire un coup le soir, jouer au cricket ou au football. Et ce ne sont pas des bourgeois mais des fermiers. Même si les syndicats britanniques restent faibles par rapport à la puissance des grandes centrales françaises, nous maintenons d’autres liens horizontaux comme la religion, qui est loin d’être morte !

Puisque vous m’incitez à comparer nos deux pays, la France est-elle la contrée de ce que vous appelez le « conservatisme métaphysique », voire du conservatisme impossible ?

Par opposition au conservatisme britannique, fondé sur le besoin d’association et le sentiment d’appartenance concret des individus, les Français ont en effet développé un conservatisme métaphysique en réaction à la Révolution de 1789. C’est somme toute logique que d’opposer une pensée métaphysique à l’événement métaphysique qu’a été la Révolution française. Forgée autour des grands concepts de Liberté, Égalité, Fraternité, votre Révolution s’inspire d’ouvrages comme Du contrat social de Rousseau. Non moins abstraite est sa réplique contre-révolutionnaire chez Joseph de Maistre ou le Chateaubriand du Génie du christianisme. J’aime beaucoup les lire mais leur pensée a quelque chose de proprement éblouissant qui verse dans le romantisme, sans grande portée pratique.

Nos révolutions respectives ont toutes deux glorifié les droits de l’homme et du citoyen, la Glorieuse Révolution britannique avec le Bill of Rights (1689), la nôtre un siècle plus tard avec la Déclaration de 1789. Pourquoi célébrez-vous la première et fustigez-vous la seconde ?

Notre Glorieuse Révolution a un tout autre sens que la Révolution française. Plutôt qu’un grand bouleversement, c’est une restauration des acquis démocratiques dont on bénéficiait avant les guerres civiles qui ont miné le royaume. On est revenu au règne du droit, au respect des droits du citoyen et de la loi commune à travers le Parlement et les cours de justice qui sont autant de contrepoids à la puissance royale. Rien à voir avec le renversement total qu’a été la Révolution française…

Si la France a connu une révolution douce, c’est bien Mai 68, que vous avez eu l’occasion d’observer in situ. Qu’avez-vous pensé en voyant les pavés voler ?

Avant Mai 68, le jeune homme passionné par la littérature que j’étais n’avait rien de particulièrement politisé. J’adorais Paris et la culture française, sa langue, sa littérature, son architecture. C’est alors que j’ai vu tous ces jeunes gens qui voulaient renverser les piliers de la société française. Au fond de moi, je m’y suis fermement opposé car j’appréciais beaucoup le côté bourgeois de la France. Et rien ne me hérissait davantage que l’« antibourgeoisisme » des Sartre et Foucault : car qui étaient-ils, sinon des grands bourgeois ?

Vous apportez de l’eau au moulin de vos détracteurs antilibéraux vous accusant de défendre les intérêts de la classe dominante. Pourquoi vous échinez-vous à promouvoir le libre marché et la persistance des traditions sans y voir de contradiction ?

Le marché libre ouvert aux quatre vents de la mondialisation minant tous les petits groupes de solidarité qui unissent les individus, il existe une tension latente entre défense du marché et de la tradition. C’est pourquoi des institutions comme le mariage, l’amour ou l’éducation doivent échapper à l’emprise du marché. L’application du libre marché au sexe a par exemple toujours été considérée comme un péché, car sitôt qu’on marchandise la sexualité, les choses les plus précieuses sont menacées.

Au risque d’insister, je vois une incompatibilité philosophique entre conservatisme et libéralisme. Alors que le premier défend une certaine idée du bien commun, le second récuse toute morale collective…

Le libéralisme privatise le Bien afin d’éviter les conflits et d’aboutir à une définition neutre de la justice. Mais un tel résultat n’est pas à la portée de tous. C’est tout le paradoxe du libéralisme, censé être moralement neutre et universel, que d’être une philosophie d’élite nécessitant une éducation préalable. Une généralisation du libéralisme à tous les membres de la collectivité conduirait à l’anarchie. Car si on vide la société de toute morale commune et qu’on anéantit les institutions traditionnelles comme la famille, on expose les individus aux fanatismes à la mode, l’islamisme au premier chef.

Nous y voilà ! Adversaire déclaré de l’islam politique, vous vous inquiétez de la sécession culturelle d’une partie des immigrés musulmans mais, dans le sillage de Burke, vous critiquez la tentation étatique d’imposer une « conformité doctrinale » à ses citoyens. C’est un peu paradoxal…

Mais la vie est paradoxale ! Comment intégrer des immigrés musulmans qui croient le droit fondé sur le Coran alors que nos sociétés occidentales reposent sur une conception laïque du droit, réformable à l’envi ? L’Empire ottoman avait dépassé cette contradiction en instaurant deux systèmes de droit : un droit commun qui était celui du sultan, et un droit familial coutumier pour chaque communauté religieuse (millet). Ce système dual est impossible en Occident car le droit laïc est trop profondément ancré dans nos institutions.

Il y a quand même des trains qui arrivent à l’heure, comme le nouveau maire de Londres Sadiq Khan, issu de l’immigration pakistanaise…

Sadiq Khan est de ceux qui ont immédiatement saisi les opportunités qu’offre notre société et adopté notre mode de vie. Fils d’un chauffeur de bus pakistanais, il s’est intégré à la classe ouvrière britannique pour gravir les marches du parti travailliste. C’est un contre-exemple heureux de tous ces immigrés pakistanais issus des campagnes qui vivent des subsides de l’État providence.

Khan a ravi la mairie de Londres aux conservateurs. Dans votre essai De l’urgence d’être conservateur (L’Artilleur, 2016), vous vous référez assez peu à des figures tories. De Margaret Thatcher à Theresa May en passant par David Cameron, quel bilan dressez-vous de l’action des tories au gouvernement ?

Deux choses ont été très importantes dans mon éveil politique : Mai 68 et Thatcher. Dès que cette dernière a pris la tête du parti conservateur, j’ai eu conscience de ne pas partager ses analyses, bien que j’aie apprécié son patriotisme. Thatcher ne parlait que d’économie, de libre marché et de la nécessité de nous libérer de la mainmise des syndicats. De mon côté, malgré ma jeunesse, j’étais certes favorable à la libéralisation économique, mais une libéralisation contrôlée par la tradition. À l’époque de l’étatisme britannique triomphant, ses opposants travaillistes étaient néanmoins bien pires qu’elle…

Nombre de conservateurs hexagonaux dénoncent l’économisme de la droite française, perdue dans des querelles d’experts-comptables. Y a-t-il une seule personnalité politique française qui suscite votre intérêt ?

Sans adhérer à son programme étatiste, je trouve Marine Le Pen très intéressante en ce qu’elle a bouleversé les attentes de tout le monde. Elle se nourrit de quelque chose de très profond dans l’esprit français. C’est une version sécularisée du renouveau catholique de Charles Péguy, une sorte de « jeanne-d’arquisme » que Jean-Marie Le Pen a excité depuis des décennies. Marine Le Pen reprend le grand récit de son père, c’est-à-dire la quête d’une société pure entièrement consacrée à sa mission sainte.

En bon antieuropéen, vous vous êtes réjoui du Brexit. Pourquoi une (courte) majorité de vos compatriotes a-t-elle souhaité sortir de l’UE ?

Deux facteurs ont joué. Primo, l’immigration en énorme quantité, principalement d’Europe de l’Est, qui borde les villes industrielles du nord du royaume, sans que les gens ordinaires ne soient préparés à se sentir étrangers dans leur propre pays. Chaque année, nous recevons 500 000 immigrés, ce qui n’est pas gérable pour une petite île fière de son identité comme la nôtre.

Secundo, les Britanniques sont profondément démocrates et souverainistes. Ils n’aiment pas que leurs lois soient imposées du dehors. La résistance à l’arbitraire fait partie de notre histoire depuis le Moyen Âge et la Magna Carta. Or la Cour européenne des droits de l’Homme a usurpé notre tradition nationale. Certains de ses jugements n’ont pas été acceptés par les Britanniques, comme le refus d’expulser un immigré clandestin coupable de viol au nom de son « droit à une vie familiale » alors qu’il n’avait même pas de famille !

Londres avait déjà un pied dehors, un pied dans l’Union européenne. Le Brexit va-t-il concrètement changer les choses ?

Theresa May a écouté le verdict des urnes, notamment sur l’immigration, à la différence des travaillistes, bien que la classe ouvrière ait massivement voté contre l’Europe. Tout le problème, c’est que l’UE a été conçue par Jean Monnet comme un moyen d’abolir l’État-nation. Or, en cas de crise, l’État-nation est le seul recours du peuple. Prenons l’exemple du groupe de Visegrad qui rassemble quatre États d’Europe centrale (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie). Cette confédération marche à merveille parce que ses États membres se comprennent, partagent la même histoire, les mêmes traditions, des identités culturelles voisines et une même fierté patriotique. Bref, tout ce qui manque à l’Europe !

(1) Auteur d’une trentaine d’ouvrages en anglais, le philosophe Roger Scruton a publié son premier essai en français. De l’urgence d’être conservateur (traduit par Laetitia Strauch-Bonart, Le Toucan, 2016).

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Re: La résistance

28 Mars 2017, 06:16 Message

Dupont-Aignan : « Oui, il y a une invasion migratoire en Europe »


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Re: La résistance

28 Mars 2017, 11:55 Message

Père Boulad : "Si jamais il n’y a pas un changement en profondeur en France avec les prochaines élections, nous allons vers une guerre civile" (Le Salon beige)

« Quel message souhaiteriez-vous adresser au Français ?

Un sursaut, un refus, un rejet de cette manipulation dont ils font l’objet. D’ailleurs, il semble que les Français sont de plus en plus conscients, il y a un réveil depuis quelques mois qui se fait en France, vers une revendication d’identité. Ils refusent de laisser leur identité française et leur culture se dissoudre. Il y a dans le peuple français, avec toute la bonté, la douceur et l’accueil qui le caractérise, un nerf, une volonté de vie et de survie, de révolte. Si jamais il n’y a pas un changement en profondeur en France avec les prochaines élections, nous allons vers une guerre civile, car je ne pense pas que les Français vont se laisser marcher sur les pieds, se laisser écraser et effacer de la carte de l’Europe et du monde. La France est un très grand peuple, une culture qui est la mienne que j’ai reçue depuis ma petite enfance, que j’admire, qui est une richesse extraordinaire. Je trouverais dommage que la culture française s’écroule, que l’Europe disparaisse elle aussi, car la France et l’Europe sont un message, à l’avant-garde de la pensée, de l’art, de la culture, de la philosophie. Ce serait catastrophique que cela soit remplacer par l’Islam. Je n’ai rien contre les musulmans, mais j’en veux beaucoup à l’Islam, dont les musulmans sont les premières victimes. Victimes de ce fascisme islamique décrit par l’auteur musulman Hamed Abdel-Samad dont j’ai parlé avant.

Après vous être débarrassés du communisme et du nazisme, ce serait tragique de tomber dans un fascisme bien pire que les précédents car il se réfère à Dieu lui-même, ce qui fait que ce serait plus difficile de l’éradiquer. Donc une fois qu’il aura pris racine, vous aurez ce que nous avons connu pendant des siècles chez nous au Moyen-Orient et que je connais dans ma propre famille qui a vécu le massacre de 20.000 chrétiens en 1860, qui a fait que mon grand-père s’est réfugié en Egypte. »

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Re: La résistance

11 Avril 2017, 10:53 Message

Que décidément, ce sont souvent des femmes qui nous rappellent à nos devoirs et à la résistance...

Alexandra Laignel-Lavastine : Comment se comporter en homme debout au XXIème siècle ? [url](Le Figaro)[/url]

« FIGAROVOX.- Votre dernier essai s'intitule Pour quoi serions-nous encore prêts à mourir? Le mot «encore» signifie-t-il que mourir pour un idéal est une faculté que nous avons perdue? Quand est-ce arrivé?

Alexandra LAIGNEL-LAVASTINE.- Je dirais que l''Europe s'est construite, depuis 1945, sur le désaveu du Mal radical. Le voyant revenir sous une forme imprévue et embarrassante — l'islamo-fascisme —, elle a choisi de faire l'autruche. Quant à la guerre, elle s'est perdue dans les méandres du XXème siècle. Et outre notre ramollissement consumériste, un autre facteur joue en sous-main: nous vivons sur l'idée folle selon laquelle, pour se débarrasser des tragédies du XXème siècle, il suffirait d'en finir avec le tragique lui-même. D'où le fait que nous nous savons en guerre, mais que nous ne voulons toujours pas le savoir: nous voulons avoir la paix!

Qu'est-ce qu'un homme vivant et debout ? C'est un homme encore capable de se demander pour quelles valeurs et au nom de quel héritage il serait éventuellement prêt à se battre.
J'ai choisi ce titre parce qu'une guerre se gagne d'abord dans les esprits. Or, justement, l'esprit n'y est toujours pas et c'est là notre talon d'Achille. En effet, qu'est-ce qu'un homme vivant et debout? C'est un homme encore capable de se demander pour quelles valeurs et au nom de quel héritage il serait éventuellement prêt à se battre et, le cas échéant, à se risquer lui-même. Tout est là. Il s'agit, bien sûr, d'un horizon pour guider l'action. Mais cette question n'est rien de martial ni radical, contrairement à ce que pensent les dénis oui-oui qui, en France, continuent de donner le ton. Elle est au contraire minimale: elle est même la seule qui vaille face à un ennemi qui possède, lui, de la transcendance monstrueuse et mortifère à revendre.

Les dissidents d'Europe de l'Est, eux, l'avaient compris et comme l'écrivait magnifiquement le philosophe tchèque Jan Patocka, assassiné par la police politique en 1977: «Une vie qui n'est pas disposé à se sacrifier à son sens ne mérite pas d'être vécue». Vladimir Jankelevitch disait la même chose quand il estimait qu'une vie incapable de placer ses «raisons de vivre» au-dessus de sa survie est «une vie de fourmi ou de ruminants». Sans cette noblesse d'âme, nous n'aurions pas eu un seul Résistant en France pendant la dernière guerre.

Vous vous souvenez peut-être de la controverse qui a secoué le microcosme parisien cet automne, suscitée par cette phrase d'Eric Zemmour dans un entretien à Causeur: «Je respecte les djihadistes prêts à mourir pour ce en quoi ils croient - ce dont nous ne sommes plus capables». Le mot «respect» n'avait certes rien à faire ici, mais la seconde partie de la proposition («ce dont nous ne sommes plus capables») méritait l'attention, ce pourquoi elle a été symptomatiquement omise. Du reste, cette intuition n'est pas de Zemmour, mais du penseur Philippe Muray. Dès 2002, et avec une cruelle ironie, celui-ci invitait déjà les djihadistes à craindre «le courroux de l'homme en bermuda descendant de son camping-car». Il poursuivait en substance: nous vaincrons et nous serons les plus forts car nous sommes les plus morts. La question est donc de savoir si nous souhaitons, ou pas, faire mentir cette sombre prophétie.

Tous ceux qui n'ont plus ni idéaux ni principes en vertu desquels ils accepteraient de se sacrifier se sont déchaînés lors de l'affaire Guy Môquet.

Autre exemple plus ancien, mais tout aussi révélateur de notre décrépitude morale: l'affaire Guy Môquet. En 2007, le président de la République avait demandé aux enseignants de lire la lettre que ce garçon de 17 ans avait adressé à ses parents avant d'être fusillé. Sur le chemin du supplice, devant le peloton d'exécution, le jeune Résistant et ses camarades n'ont pas crié «Vive la vie!». Ils ont crié: «Vive la France!». Tous ceux qui n'ont plus ni idéaux ni principes en vertu desquels ils accepteraient de se sacrifier se sont déchaînés. Un torrent de boue sur les réseaux sociaux comme dans les pages «opinions» de la presse de gauche. Pourquoi surcharger la tête de nos enfants avec des héros, des héros morts de surcroît? Du reste, mourir pour qui? Mourir pour quoi? Mais il est vrai que les nains détestent les héros qui leur rappellent qu'ils sont des nains. Voilà où nous en sommes.


Votre précédent livre, La Pensée égarée, explorait la responsabilité de nombreux intellectuels dans le déni français sur l'islamisme, que vous ne cessez de dénoncer. Sont-ils en partie coupable de notre aveuglement?

Oui, cette «trahison des clercs» version XXIème siècle me paraît très grave, hormis quelques-uns, presque tous menacés, placés sous protection policière ou sous le coup d'une plainte du Collectif contre l'islamophobie (ce qui en dit long…), lequel CCIF déverse sa haine du matin au soir, au point qu'on se demande comment il peut encore sévir en France. Une bonne partie du monde médiatico-politique me semble tout aussi coupable en ce qu'il contribue aussi à formater les esprits dans le sens de la lâcheté et du somnambulisme, version perverse ou bons sentiments bobo-nunuche.
La gauche française est devenue authentiquement maurrassienne sans s'en apercevoir à force d'enfermer les individus à double tour dans leurs déterminismes sociaux-culturels.
La première, c'est par exemple Edwy Plenel qui, en 2013, parlait encore de «terrorisme dit islamiste», un méchant fantasme raciste donc, comme chacun aura eu maintes fois l'occasion de s'en apercevoir depuis. Après «Charlie», ce fut, entre autres, l'Evangile selon Emmanuel Todd — un best-seller quand même! — à savoir qu'au printemps 2015, il ne s'agissait déjà plus de combattre l'islam radical mais le «laïcisme radical» et les cathos (quand les islamistes massacrent!). Quant aux bourreaux, les kouachi et coulibaly, on avait mal vu: ils étaient en fait les victimes indirectes de l'exclusion post-coloniale. À suivre ces esprits tordus, les assassins du jour, les pseudo «damnés de la terre», seraient innocents par essence, comme si les musulmans étaient, selon la formule d'André Versaille, des «bébés phoques». C'est dire si la gauche française est devenue authentiquement maurrassienne sans s'en apercevoir à force d'enfermer les individus à double tour dans leurs déterminismes sociaux-culturels. Tel est l'immense paradoxe de la situation intellectuelle où nous nous trouvons.

En résumé: la France est attaquée de front: empressons-nous de lui tirer dans le dos! C'est ce que Jacques Julliard, l'icône de la Deuxième gauche, pas vraiment un abominable homme de droite, donc, appelle «le parti collabo». Il a raison. D'autant que si ces petits bourgeois d'extrême gauche voulaient faire monter le Front national, c'est réussi! Après le massacre du Bataclan, certains, peut-être un peu honteux, ont cherché à retomber sur leurs pieds. Le cas le plus pathétique est celui du sociologue Olivier Roy, avec cette formidable trouvaille: «Ce n'est pas l'islam qui se radicalise» — ah ça non, ô grand jamais! — «c'est la radicalité qui s'islamise». Pourquoi, comment? Mystère.

Après le Bataclan, les bobos parisiens ont cru répliquer en s'invitant le vendredi d'après à la terrasse des bistrots branchés. Pour trinquer... au vivre et au vivre ensemble.
La version nunuche, la capitulation par bonté, «au nom de l'Autre», celle du parti «padamalgamiste» des cools et des sympas, n'en est pas moins redoutable. J'en veux pour preuve le slogan «Tous en terrasse!» qui a suivi le Bataclan et qui m'a consterné. Les bobos parisiens ont cru répliquer en s'invitant le vendredi d'après à la terrasse des bistrots branchés. Pour trinquer... au vivre et au vivre ensemble. Les massacreurs, pardon, ces fous d'Allah forcément fous, auraient voulu «tuer la vie». Les «résistants» du jour riposteraient donc par la vie. En leur montrant que, pour nous, la vie est la valeur cardinale et qu'à cet égard, nous ne céderions pas un pouce de trottoir. Nul, sur le moment ni après-coup, n'a songé à se demander ce que cette initiative a priori bon enfant pouvait avoir de foncièrement indigente.

Pourquoi? Parce que riposter à l'amplitude du fléau djihadiste par la seule platitude du vivre relève d'un lourd contresens. Il se trouve en effet que si la vie est tout, si les individus ne sont plus capables de laisser derrière eux le sens rabougri du petit rythme vital dicté par la fascination de la vie corporelle et son enchaînement à elle-même, alors elle n'est plus grand-chose. Elle s'abaisse. Et lever le coude ne relèvera rien de grand en l'homme. Ni la tête ni le moindre défi véritable. Rien qui puisse nous élever un peu au-dessus du vivre pour vivre, bref, du vivre couché. En vérité, l'apologie tous azimuts du vivre fait cause commune avec la peur et la soumission: elle leur ouvre grand les portes.

Vous mettez aussi le doigt sur un vide sémantique qui empêche de se dresser contre le terrorisme islamiste parce qu'il empêche de le nommer clairement…

Avoir le courage de nommer l'ennemi reste en effet fondamental, nous sommes un certain nombre à le répéter — en vain — depuis deux ans. Et à se faire traiter de «néo-réactionnaire islamophobes». Certes, «le loup solitaire» a fini par regagner sa tanière et «les enfants perdus du djihad» se sont volatilisés. On n'ose plus. Mais nous avons droit à de nouvelles catégories: cet été, «le terroriste avec antécédents psychiatriques», à Orly «le terroriste défoncé» … Tout est bon pour ne pas désigner clairement l'ennemi. On préfère d'ailleurs terroriste tout court (Basque? Corse? Résurgence de la bande à Bader?) à terroriste islamiste et Daech, un acronyme muet, vaudra toujours mieux que «Etat islamique», du moment que le mot «islam» n'apparaît pas. Mais malheureusement pour nous, nos ennemis ne sont ni fous ni nihilistes, pas plus que ne l'étaient les nazis: ils sont islamistes. Et ils adhèrent fanatiquement à une idéologie à visée totalitaires, de conquête et de destruction de l'Europe.

Va-t-on se donner éternellement rendez-vous après chaque attentat pour déplorer, entre deux siestes, notre impréparation ?

Je me demande parfois si nous sommes conscients du spectacle grotesque que nous offrons au monde depuis deux ans? Va-t-on se donner éternellement rendez-vous après chaque attentat pour déplorer, entre deux siestes, notre impréparation? Titrer en une «La France en guerre», ressortir du tiroir le même éditorial horrifié et feindre de se demander pour quelles raisons le brin de jugeote qui permettrait de mieux nous protéger nous fait à ce point défaut? Phase un: sidération et compassion. Phase deux (pendant une semaine): reconnaissance contrite que le contre-projet de société porté par l'islam politique ne cesse de gagner du terrain dans nos «quartiers», comme le prouve encore une enquête récente de cet automne: la moitié des jeunes français se disant musulmans préfèreraient vivre sous la Charia plutôt que sous le droit français. Phase trois: retour au déni, à la re-sociologisation des assassins «discriminés» et au procès systématique de la France coupable.

En guise d'illustration, voyez l'insondable détresse lexicale qui saisit à tous les coups les journalistes de télévision. On les voit se débattre, après chaque attentat, entre l'obligation de mettre des mots sur des images atroces et le prêt-à-penser où ils se piègent eux-mêmes, qui se reconstitue à l'identique entre deux tueries, et proscrit l'usage de termes «stigmatisants». D'où l'impossibilité de nommer. Et quand le mot «islam» doit en plus être suivi du poncif religion-de- tolérance-d'amour-et-de-paix, comme si une religion n'était pas ce que les hommes en font à un moment donné de leur histoire ; et quand il n'est pas jusqu'au terme «islamisme» qui ne soit jugé amalgamant dans certaines rédactions publiques — on se frotte les yeux… —, les braves gens finissent par avoir un peu de mal à saisir pourquoi toutes ces vies fauchées et ces êtres martyrisés...
Le danger à persévérer dans cette voie accommodante est double: non seulement on risque d'encourager l'esprit de pogrom contre le musulman du coin de la rue et ainsi tomber dans le piège que nous tendent les islamistes, celui d'une hostilité indiscriminée à l'égard des musulmans en général ; et en prime, on fait campagne à la place de Marine Le Pen, qui n'a plus qu'à ramasser la mise. Brillante performance!

Vous pointez à cet égard dans votre livre la déclaration de Bernard Cazeneuve à la fin de l'été meurtrier 2016…

Après le carnage de Nice, après le couple de policiers égorgés et le prêtre supplicié dans son église normande (et tous ces meurtriers étaient bien connus des services de police), Bernard Cazeneuve, encore ministre de l'Intérieur, a réussi à faire cette déclaration de prime abord sibylline, à savoir que «la France a plus que jamais besoin d'une relation apaisée avec les musulmans».
S'est-on avisé du terrible aveu d'impuissance logé au cœur de cette proposition ministérielle ?
S'est-on avisé du terrible aveu d'impuissance logé au cœur de cette proposition ministérielle? Primo, Bernard Cazeneuve ne jugeait pas utile de distinguer les musulmans entre eux, amalgamant, pour le coup, les musulmans «normaux» qui s'étranglaient de rage face aux largesses du conseil d'État sur la question du burkini, et les extrémistes qui leur font un tort immense. Les voilà ainsi versés, sans vergogne, dans le même sac. Deuxio: si «la France a plus que jamais besoin d'une relation apaisée avec les musulmans» après cette vague de massacres, c'est qu'elle ne l'est pas. Elle serait donc tendue. Mais avec qui? Pourquoi apaiser nos relations avec les musulmans... paisibles? Il n'y a pas lieu, elles le sont déjà. Alors avec qui ces relations sont-elles compliquées ou conflictuelles? Réponse: avec les fondamentalistes et les salafistes dont les troupes grossissent à vue d'œil. Il conviendrait par conséquent de les caresser dans le sens du poil. En clair: apaisons les frustrations des ennemis déclarés de la République en leur donnant satisfaction. Les musulmans d'ores et déjà apaisés n'ont qu'à se taire. Cela leur apprendra à être de bons citoyens.
Serions-nous invités à comprendre que l'islam politique rallierait en France un nombre croissant de sympathisants? Si on lui demandait d'être cohérent avec lui-même et de convenir que cette idéologie est l'une des plus vigoureuse du moment et Daech une des marques les plus prisées dans nos banlieues (la France est tout de même la première fabrique de djihadistes en Europe), d'où le fait que le ministre ait précisément éprouvé le besoin d'énoncer une proposition aussi imbécile, il répondrait certainement qu'une telle vision est très excessive et relève presque du racisme. À ce stade, nous perdons, au sens strict, la raison. Plus l'islam radical nous tue pour ce que nous sommes, plus on lui déclare la paix.

Cet aspect moral vous paraît-il plus important que les décisions politiques et judiciaires, ou que le renforcement de la sécurité?

Une chose est sûre: en opposant la seule culture de la vie à leur culture de la mort, on se met à découvert. C'est en effet parce que nous sommes enchaînés au vivre bien et non plus attelés à ce que les Grecs appelaient le bien-vivre, la vie selon le courage et la vertu, que nous sommes si exposés et si fragiles. En ce sens, l'ennemi est aussi en nous-mêmes. En cela, ces différents volets sont liés. Comment être à la hauteur du défi que le djihadisme adresse, non pas tant à notre sécurité, qu'à notre civilisation? Comment faire pour se comporter en homme (ou en femme) debout en ce début du XXIème siècle?

Les soldats sont formidables, mais leurs conditions de travail sont indignes et la proportion de suicides et de divorces augmente dans des proportions alarmantes.
Pour le côté sécuritaire (police, justice, armée), les policiers font leur maximum avec les moyens du bord, c'est-à-dire avec une hiérarchie qui a quinze ans de retard à l'allumage et a failli à sa mission dans les grandes largeurs, par aveuglement plus que par incompétence. Les soldats aussi sont formidables, mais leurs conditions de travail sont indignes et la proportion de suicides et de divorces, depuis la mise en place de l'opération Sentinelle, augmente dans des proportions alarmantes. Leurs consignes sont souvent incohérentes et c'est là qu'on retrouve l'aspect moral, cette guerre où nous ne parvenons toujours pas à entrer: sachez par exemple, puisque les Pâques (juive et chrétienne) approchent, que quand des militaires gardent un lieu de culte, il leur est interdit de fouiller les sacs. Il ne faudrait pas indisposer les fidèles. N'importe quel djihadiste pourra donc entrer avec une arme ou une ceinture d'explosifs et y commettre un carnage…

Vous écrivez que nous devons opposer un nouveau «sacré» à nos adversaires. De quel «sacré» parlez-vous? Un sacré religieux, philosophique, national?

Je suis convaincue que pour se réarmer moralement et intellectuellement, il y aurait urgence à ce que chacun se demande: quel sacré opposer à l'ennemi? Et ce sacré découle, encore une fois, de la question qui donne son titre à mon livre et nous devons tous nous poser: Pour quoi serions-nous encore prêts à mourir? Car c'est à cette condition, en effet, qu'un «sacré laïc» peut émerger. Mais il ne s'agit pas, à mes yeux, d'un sacré révélé ou religieux. Dans une démocratie qui ne prend plus ses ordres ni du Ciel ni de la Tradition, ce «sacré» suppose que nous soyons capables de se réclamer d'un certain nombre de valeurs universelles et non-négociables qui, seules, peuvent assurer la coexistence. Des valeurs qui nous transcendent dans la mesure où elles nous dépassent, nous engagent et ne dépendent pas de nos caprices. Or, notre humanité consiste à en répondre personnellement.

Sacré et sacrifice procèdent de la même racine.

C'est là notre seule transcendance. De fait, sacré et sacrifice procèdent de la même racine. Ce qui revient à dire que ces valeurs — en l'occurrence, celles de la République, évidemment inséparables de notre histoire nationale et des principes fondateurs de l'humanisme européen — ne se maintiennent, dans l'absolu, que de notre éventuelle disponibilité à tout jeter dans la balance pour qu'elles triomphent. Qu'il s'agisse de notre petit confort ou de notre vie même car c'est tout ce dont nous disposons. Nous n'avons rien de plus précieux.

À propos de sacré, vous évoquez votre fils parachutiste dans le prologue de votre livre et vous écrivez ceci: «Tu as juré, une main sur la Bible, une autre sur le revolver, comme hier les partizaners des forêts du grand Est. Là, j'invente. Il s'agissait du drapeau tricolore». Pour vous, la Bible et le drapeau, c'est la même chose?

Mon fils a choisi d'être parachutiste dans l'armée française, ce dont je suis très fière. J'ai osé ce rapprochement car les jeunes partisans juifs de la Seconde Guerre mondiale, souvent des adolescents d'une bravoure inouïe, avaient coutume de prêter serment, une main sur la Bible (ou la Torah), une autre sur un pistolet. Une façon d'affirmer leur détermination à défendre les leurs, massacrés par les nazis, et de le faire en choisissant de porter les armes et de rendre coup pour coup — œil pour œil. J'ai été élevé dans leur culte et j'ai dû lui transmettre!

La prière des paras ne réclame ni la richesse, ni le repos, mais au contraire l'insécurité et l'inquiétude, le courage et l'intranquillité. Cela a un peu plus d'allure que le pot en terrasse !
Sans aller jusqu'à fusionner la Bible et le drapeau tricolore, je crois qu'on peut faire l'analogie. Abba Kovner, le jeune héros du ghetto de Wilno qui s'est ensuite battu à la tête d'une unité de partizaners, disait que «le contraire de la vie, ce n'est pas la mort, c'est l'insignifiance de la vie, son abaissement». Dans la très belle «Prière du para», affichée dans tous les mess de nos officiers, nous avons la même idée. Elle émane d'ailleurs du superbe André Zirnheld, FFI, juif alsacien, professeur de philosophie, mort pour la France à 28 ans. Ce texte magnifique demande à Dieu ce qu'il lui reste, ce qu'on ne lui demande jamais: Zirnheld ne réclame ni la santé, ni la richesse, ni le repos, mais au contraire l'insécurité et l'inquiétude, la tourmente, le courage et l'intranquillité. Cela a un peu plus d'allure que le pot en terrasse!

Vous dites à la fin de votre essai que «la partie n'est pas jouée». Un réarmement des consciences et un retour au meilleur de notre culture nationale sont-ils encore possibles à vos yeux? N'est-il pas trop tard?

Je suis, en vérité, assez pessimiste. Mais Jan Patocka, à qui j'ai consacré quelques livres, disait que la philosophie doit toujours se tenir sur la ligne du front. Alors j'essaye, il nous faut de toute façon mener ce combat, nous n'avons pas le choix. D'une manière générale, il me semble que tout n'est pas perdu à condition que nous portions tous, haut et fort, un triple impératif: retrouver le courage moral d'admettre qu'une guerre nous a été déclarée (ce n'est pas rassurant), nommer l'ennemi (ce n'est pas plaisant) et mobiliser la volonté politique de le mettre hors d'état de nuire (d'où quelques inévitables petits sacrifices). Et enfin comprendre qu'un rapport de cause à effet relie ces trois exigences: sans courage moral, la volonté politique pourra toujours attendre. »

(merci à l'ami Philippe)

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Re: La résistance

28 Avril 2017, 09:46 Message

Trop de diversité sape les fondements de la solidarité (France Culture)

"Depuis longtemps, David Goodhart avertit les Britanniques que l'idéologie multiculturaliste constitue une menace à moyen terme pour les Etats-providences.

Quelles réactions provoque le livre de David Goodhart, The Road to Somewhere, dont je vous parlais hier ? Comment les médias, en particulier, prennent-ils sa thèse selon laquelle ils sont eux-mêmes, comme la classe politique et l’Université, entre les mains des « Gens de Nulle Part », ces libéraux cosmopolites - que rejetterait « le Peuple de Quelque part » ?

Très intéressante réaction dans le quotidien de gauche, The Guardian. Sous la plume de Jonathan Freedland, on peut lire que David Goodhart est, hélas, une sorte de prophète. Freedland rappelle, en effet, la vague d’indignation qu’avait soulevée, dans l’intelligentsia de gauche de l’époque, l’article publié par Goodhart dans Prospect, intitulé « Est-ce que la Grand-Bretagne est trop diverse ? » C’était dans le numéro de février 2004 de ce magazine intellectuel, plutôt proche des idées du New Labour, dont Goodhart était alors le directeur. Ce papier a valu à son auteur, écrit The Guardian une quasi-proscription des milieux comme il faut. Et pourtant, ajoute-t-il, cet article était tout bonnement prophétique. Car il posait crûment une question que personne ne voulait voir, à l’époque, et qui est devenue le sujet dominant de notre vie politique.

J’ai conservé ce numéro « collector » de Prospect. Qu’écrivait donc David Goodhart pour passer soudain dans le camp des traîtres à la cause ? Que la solidarité risquait d’entrer en conflit avec la diversité. Vous êtes d’autant mieux disposés à laisser l’Etat recueillir une part importante de vos revenus sous forme de cotisations et d’impôts, disait-il, que vous avez la certitude que cet argent sera redistribué à des gens qui sont comme vous. Si leurs valeurs et leurs styles de vie diffèrent trop des vôtres, alors vous deviendrez réticent.

Il faut choisir entre deux modèles de société, disait Goodhart. Celui de la Suède, cette nation très homogène où l’Etat-providence vous accompagne du berceau à la tombe, ou celui des Etats-Unis, où l’individualisme et la diversité font qu’on se sent peu d’obligations réciproques.

Il s’appuyait sur les travaux de deux économistes, Alberto Alesina et Edward Glaeser, qui avaient démontré cette thèse, chiffres à l’appui. Aux Etats-Unis, la majorité des pauvres appartiennent à des communautés ethniques minoritaires. Les plus aisés, majoritairement blancs, sont peu enclins à partager. Voilà ce qui risque d’arriver à notre Royaume Uni, prévenait Goodhart, si nous poursuivons dans la voie du multiculturalisme. Car il crée, entre des communautés, un sentiment d’étrangeté qui ne favorise pas la solidarité. L’inclination à s’obliger mutuellement alors s’érode. L’Etat-providence britannique, très généreux, contrairement à ce qu’on croit chez nous, était déclaré menacé.

L’article était d’autant plus prophétique, poursuit The Guardian, qu’il a été publié à la veille de ce que Goodhart lui-même, dans son récent livre, appelle « the one », la grande vague migratoire, la plus inattendue. C’est celle qui a suivi l’ouverture du marché du travail britannique aux citoyens des nouveaux membres de l’Union européenne, l’Europe centrale. La plupart des autres Etats d’Europe occidentale, et même les Allemands, avaient décidé un moratoire de plusieurs années. Mais le New Labour au pouvoir a voulu montrer son ouverture. On attendait quelques milliers de « plombiers polonais » et ils furent un million.

C’est d’autant plus incompréhensible, écrit Goodhart, que déjà à l’époque, les sondages montraient que près des trois quart de la population estimait le rythme de l’immigration dans le pays trop rapide. Trois quart des sondés estimaient et que le pays avait changé au point qu’on ne s’y sentait « plus chez soi ». Pour Goodhart, qui fut lui-même membre du Labour, ce refus d’entendre ses propres électeurs sur la question de l’intégration, constitue l’une des causes de l’échec électoral de 2010, face aux conservateurs.

Le modèle multiculturaliste n'a plus la cote auprès des Britanniques. On se souvient comme ils se moquaient, de notre modèle d’intégration républicain... Si l’on en croit Goodhart, le multiculturalisme n’est plus qu’une « idéologie qui a dominé les années 80 »…. Passée de mode. Et il cite une critique qui les résume toutes, celles de Maajid Nawaz, journaliste et homme politique libéral-démocrate, « au lieu d’introduire de la diversité dans la société, le multiculturalisme introduit de la diversité entre les groupes ethniques d'une même société».

Quant à l’intégration, Goodhart écrit que les Britanniques sont encore trop réticents à l’idée de fournir aux nouveaux venus une « feuille de route ». Or, ajoute-t-il, les immigrés ont besoin de savoir ce qu’on attend d’eux. « Si on veut améliorer l’intégration, écrit-il, on ne peut pas se contenter de prêcher l’importance de la tolérance, on doit promouvoir l’interaction et le sentiment d’inclusion dans la communauté nationale. Comme l’a dit Jonathan Haidt, il est possible de faire en sorte que les gens se soucient moins des questions de race et d’identité, lorsqu’on les plonge dans une mer de ressemblances, de buts partagés et de dépendance mutuelle." Une cause commune d’intérêt local, en particulier, est un puissant facteur de rassemblement.

Car la puissance des nations est fondée, poursuit-il, sur leur capital social – la confiance mutuelle qui existe entre leurs membres ; le fait qu’ils partagent les mêmes intérêts et les mêmes valeurs. C’est cette confiance en un avenir commun qui a rendu possible la construction, sur plusieurs générations, des cathédrales. C’est aussi sur cette confiance réciproque que sont fondés nos Etats-providences redistributifs. Seul, le cadre national, insiste Goodhart, fournit le cadre dans lequel peut s’exercer cette indispensable solidarité."


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Re: La résistance

12 Mai 2017, 09:10 Message

Viktor Orban : « la Hongrie accueillera les Européens fuyant l’immigration » (Dreuz Info)

Il faudra peut-être un jour s'y résoudre :(

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Re: La résistance

12 Mai 2017, 10:02 Message

Excusez moi, y a-t-il de la mer, des marées et des bateaux en Hongrie ? Francis?

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Re: La résistance

17 Mai 2017, 07:47 Message


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Re: La résistance

5 Juin 2017, 16:10 Message

Attentat de Londres : la Grande-Bretagne perd son flegme
Par-delà les appels à l'unité, et alors que le gouvernement annonce un durcissement des mesures, la colère des Britanniques prend des aspects inquiétants. (Le Point)

Si les Anglais commencent à se rappeler qui ils sont, ou du moins qui ils étaient, alors honte sur nous...

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Re: La résistance

5 Juin 2017, 16:54 Message

Nous, nous avons des habitudes de pensée totalitaire depuis la fin de la guerre puisque le PCF n'a pas été combattu sur le plan de l'idéologie et qu'il a été encouragé, pour encadrer la population, pour modérer les grèves, et influencer les intellectuels. Le contenu du mouvement de 68 était grandement motivé par une révolte contre l'embrigadement communiste et aussi catholique, et contre la chape de plomb sociétale qui s'imposait alors. Ceci n'a eu qu'un temps et d'autres dérives ont pris la place.

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Re: La résistance

5 Juin 2017, 17:48 Message

En réponse à la question d'Eric du 12 mai sur la Hongrie, question que je ne découvre qu'aujourd'hui. Figurez-vous que oui, il y a une mer d'eau douce en Hongrie : le lac Balaton. Et il y a même des tempêtes sur ce lac, ce dont je peux témoigner pour en avoir essuyé une, lors d'une visite mémorable dans ce pays dans l'été (caniculaire) de 1979; ma petite amie de l'époque eut si peur que, elle qui avait vécu en Amérique latine, quand tout se mit à trembler et que le ciel devenait noir, comme le poteau du même nom, s'exclama à voix douce et sur un ton pénétré, pythique et absent : il va y avoir un tremblement de terre.

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Re: La résistance

5 Juin 2017, 17:57 Message

Au point où nous en sommes, si certains n'éprouvent pas encore un sentiment de honte...je ne suis pas sûr qu'ils l'éprouvent un jour.
Quant aux mesures concrètes, à part des lois plus coercitives pour noyauter un peu plus encore toutes formes de (maigres) résistances (éventuelles) au système dominant, je n'y vois pas grand-chose.
"Où le secret commence, commence aussi le pouvoir réel" H. Arendt, Le système totalitaire

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Re: La résistance

26 Juin 2017, 13:19 Message


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Re: La résistance

26 Juin 2017, 16:07 Message

La manif pour tous en Allemagne (Demo für Alle)


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