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Europe, cabri, falaise

Sur les événements internationaux, par temps de "globalisation"
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Europe, cabri, falaise

23 Octobre 2014, 08:10 Message

Extrait du dernier livre de Zemmour, ce court chapitre est fait uniquement de citations...

Sans doute, si l'on faisait la même chose du côté "anti", trouverait-on aussi des perles, des exagérations, des prédictions fumeuses ; mais le discours de Seguin restera comme un modèle, dont pour ainsi dire pas une ligne n'a été démentie ; mais les discours et arguments du côté "pro" n'ont fait que se caricaturer depuis, dans le déni et l'incantation bêlante, dans l'entourloupe et le déni, au grand dam de tous les européens sincères et lucides, européens parce que français, et donc premièrement français.

Je n'oublie pas non plus la part désastreuse de Seguin, et son évocation lyrico-sentimentale de l'équipe "black-blanc-beur" image de la France de ses rêves fracassés, lui le natif de Tunisie...

« Paroles, paroles, paroles…

Bernard Kouchner : « Avec Maastricht, on rira beaucoup plus. »
Martine Aubry : « L’Europe, ce sera plus d’emplois, plus de protection sociale et moins d’exclusions. »
Jack Lang : « La France est une locomotive. Elle n’a pas le droit d’être dans le wagon de queue. […] Le train de l’espoir ne passe pas deux fois. »
Pierre Bérégovoy : « Le trafic de drogue ou la grande criminalité ne connaissent pas de frontières. Il était grand temps de développer une coopération pour la justice et les affaires intérieure. Maastricht est une nouvelle étape. La France agit en faveur d’un espace social européen, non seulement pour éviter la concurrence déloyale, mais aussi pour donner une vraie cohérence humaine à cette Communauté. “Un jour viendra, disait Victor Hugo, où l’on verra ces deux groupes immenses, les États-Unis d’Amérique et les États-Unis d’Europe, placés en face l’un de l’autre, se tendant les mains par-dessus les mers, échangeant leurs produits, leur commerce, leur industrie, leurs arts, leurs génies […]. Et ce jour-là, il ne faudra pas quatre cents ans pour l’amener […]. À l’époque où nous sommes, une année fait parfois l’ouvrage d’un siècle.” »
Élisabeth Guigou : « L’Europe ne vous enlèvera rien. Et surtout pas vos avantages sociaux. La monnaie unique permettra de nous protéger contre les effets des désordres monétaires internationaux et des récessions chez les autres. »
Michel Sapin : « L’Europe est la réponse d’avenir à la question du chômage. En s’appuyant sur un marché de 340 millions de consommateurs, le plus grand du monde ; sur une monnaie unique, la plus forte du monde ; sur un système de sécurité sociale, le plus protecteur du monde, les entreprises pourront se développer et créer des emplois. Pour la France, l’union économique et monétaire, c’est la voie royale pour lutter contre le chômage. Si vous voulez que la Bourse se reprenne, votez oui à Maastricht. »
Michel Rocard : « La monnaie unique, ce sera moins de chômeurs et plus de prospérité ; la politique étrangère commune, ce sera moins d’impuissance et plus de sécurité ; et la citoyenneté, ce sera moins de bureaucratie et plus de démocratie. »
Valéry Giscard d’Estaing : « Si le traité était en application, finalement la Communauté européenne connaîtrait une croissance économique plus forte, donc un emploi amélioré. »
Alain Madelin : « Le traité de Maastricht agit comme une assurance-vie contre le retour à l’expérience socialiste pure et dure. »
Jean-Luc Mélenchon : « Il y va, je le répète, d’un enjeu de civilisation. L’alternative au monde violent et injuste, où la chute du mur de Berlin reçoit en écho les émeutes de Los Angeles, c’est l’avènement de la nation européenne porteuse de paix, de civilisation et de solidarité. Mes chers collègues, quand on aime la France – et on peut l’aimer de bien des façons – on sait qu’on ne peut la faire dans un seul pays. Si j’adhère aux avancées du traité de Maastricht en matière de citoyenneté européenne, bien qu’elles soient insuffisantes à nos yeux, vous devez le savoir, c’est parce que le plus grand nombre d’entre nous y voient un pas vers ce qui compte, vers ce que nous voulons et portons sans nous cacher : la volonté de voir naître la nation européenne et, avec elle, le patriotisme nouveau qu’elle appelle. »
Edouard Balladur : « La création de cette monnaie européenne n’aura rien d’automatique […]. En outre, chaque État conservera la maîtrise de sa politique budgétaire et fiscale, dans des limites qui ne seront pas plus étroites que celles d’aujourd’hui. »
François Loncle : « [Les opposants au traité sont] un cartel de beaufs et de franchouillards. »
Jacques Delors : « On a voulu créer un grand marché avec la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux. L’exigence des règles du jeu communes explique que le Conseil des ministres a adopté 280 lois. Mais ce qui était indispensable étant fait, il y aura dans l’avenir moins de lois européennes. »
« En 1998, plus de 80 % des lois nationales seront communautaires. »
« L’euro nous apportera la paix, la prospérité, la compétitivité et, rien que pour la France, il se traduira par la création d’un million d’emplois. »
« [Les partisans du non] sont des apprentis sorciers. […] Moi je leur ferai un seul conseil : Messieurs, ou vous changez d’attitude, ou vous abandonnez la politique. Il n’y a pas de place pour un tel discours, de tels comportements, dans une vraie démocratie qui respecte l’intelligence et le bon sens des citoyens. » »

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Re: Europe, cabri, falaise

23 Octobre 2014, 09:46 Message

« [Les partisans du non] sont des apprentis sorciers. […] Moi je leur ferai un seul conseil : Messieurs, ou vous changez d’attitude, ou vous abandonnez la politique. Il n’y a pas de place pour un tel discours, de tels comportements, dans une vraie démocratie qui respecte l’intelligence et le bon sens des citoyens. » »


Fascinant. Déjà en 92 cad une éternité vu d'aujourd'hui on nous expliquait que There is no alternative. En Allemagne le mot préféré de Mme Merkel est: TinA.

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Re: Europe, cabri, falaise

5 Janvier 2015, 23:13 Message

« Vous connaissez l’argument : la pluralité des appartenances ne constitue pas un problème puisqu’il n’y a pas lieu de choisir entre elles ; la multiplicité des appartenances est au contraire une richesse ; n’est- ce pas une richesse d’être à la fois et également breton, français, européen et citoyen du monde ? Je crois que cette présentation est séduisante mais trompeuse. Toutes les appartenances ici sont en fait aspirées vers et absorbées par l’appartenance à l’humanité. Or l’humanité ne constitue pas un corps politique puisqu’elle est incapable de se gouverner elle- même. Les circonstances, principalement la protection et la suzeraineté américaines, ont relâché et presque suspendu en Europe la pression de la nécessité politique ; et parce qu’ils sont en vacances, les Européens croient qu’ils sont à jamais délivrés du travail. Qu’ils en profitent, cela ne durera pas.

Quelles pourraient être, selon vous, les suites de ces vacances européennes ?

Si les États- nations sont en train de disparaître en Europe, c’est la matrice de la vie européenne qui est en train d’être défaite. Par conséquent, l’ampleur de la recomposition qui sera nécessaire est considérable. Nous devrons accomplir quelque chose de radical qui a très rarement été accompli dans l’histoire, et qui est de fonder une nouvelle forme politique. Il est temps que l’on en prenne conscience. Et il est temps que nous nous préparions à la fin des grandes vacances européennes qui ne saurait tarder. Pourquoi ? La religion de l’humanité qui est un voile sur nos yeux et un édredon sur notre cœur, tire sa crédibilité de conditions politiques qu’elle- même est incapable de créer. Les Européens peuvent penser qu’ils sont les citoyens naturels de l’humanité parce qu’ils n’ont pas besoin de se défendre, parce qu’ils n’ont pas besoin d’assurer eux- mêmes leur défense. L’ensemble européen peut se concevoir comme l’avant- garde de l’humanité pacifiée parce que les États- Unis se chargent encore d’assurer la défense européenne. La religion européenne de l’humanité repose donc, ultimement, sur les armes américaines. Ainsi les Européens vivent- ils aujourd’hui de l’inertie de la forme nationale, de ce que j’ai appelé la religion de l’humanité et de la protection américaine. Tout cela ne fait pas un ordre politique vigoureux et destiné à durer. Il est donc très probable que l’espace européen sera bientôt le lieu de recompositions puissantes de la vie commune et nous ne savons pas quelle forme ces recompositions prendront. Espérons seulement qu’elles seront pacifiques. Car, encore une fois, si l’on prend au sérieux cette question des formes politiques, si l’on mesure l’importance qu’elles ont eue dans l’histoire de l’ordre et du désordre européens, on mesure la profondeur du bouleversement qui se produira lorsque l’inertie qui fait tenir encore ensemble l’ordre européen sera parvenue au bout de sa course – lorsque nous serons obligés de constituer effectivement une nouvelle forme politique capable de succéder à l’État- nation. Il s’agit de quelque chose de plus profond qu’une révolution, parce qu’une révolution ne comporte qu’un changement de régime. On peut évidemment aussi imaginer que l’Europe va continuer tranquillement de décliner démographiquement et politiquement, et devenir soit une dépendance de la Méditerranée, soit une dépendance de l’Atlantique, à moins qu’elle ne soit partagée entre la puissance atlantique et, disons, l’aire méditerranéenne, c’est- à- dire musulmane. L’entrée de la Turquie dans l’Union européenne signifierait précisément l’accomplissement de cette dernière possibilité. Mais si l’Europe entend continuer dans l’histoire, elle est devant la nécessité, soit de produire une forme politique inédite, soit de redonner vie aux éléments traditionnels, et qui ont fait leurs preuves, de l’ordre européen, à savoir les vieilles nations d’un côté, et, peut- être, la vieille religion de l’autre. En tout cas, il n’y a pas d’avenir pour l’Europe dans les projets européens tels qu’ils sont constitués, pas d’avenir pour l’Europe dans la Commission et dans le Parlement, puisque, précisément, ces projets, ces institutions, ne prennent en compte ni la question de la forme politique, ni même la question du régime. Tôt ou tard, la condition politique des hommes se rappellera au souvenir des Européens. »

Pierre Manent, Le regard politique

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Re: Europe, cabri, falaise

6 Janvier 2015, 01:18 Message

En tout cas, il n’y a pas d’avenir pour l’Europe dans les projets européens tels qu’ils sont constitués, pas d’avenir pour l’Europe dans la Commission et dans le Parlement, puisque, précisément, ces projets, ces institutions, ne prennent en compte ni la question de la forme politique, ni même la question du régime. Tôt ou tard, la condition politique des hommes se rappellera au souvenir des Européens.


Comme dirait l'autre c'est un plat très indigeste que nous donne Pierre Manent à digérer.

La question cruciale est la suivante: qu'elles seront les conditions de l'éffondrement d'un régime qui dure maintenant depuis plus d'une génération et quel sera le prix que les peuples européens devront payer après que la course infernale vers l'abîme ait été stoppée.

Quand je vois les réactions de panique spontanée du régime à PEGIDA et la mise en branle de la lourde artillerie médiatique dont ils ont le monopole pour contrecarrer le mouvement je me dis que l'on est loin d'être sorti de l'auberge.

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Re: Europe, cabri, falaise

6 Janvier 2015, 09:30 Message

La lecture de Pierre Manent — ces deux derniers ouvrages (Le regard politique / Les métamorphoses de la Cité) représentant une sorte de synthèse de sa pensée — est certes très intéressante, stimulante à divers égards, mais cela dit décevante à d'autres. J'y reviendrai, le cas échéant.

Les préjugés, quand ils sont fondés sur de solides références, comportent décidément beaucoup de vrai, et s'il n'est jamais inutile de se confronter à une réflexion approfondie et nourrie au long d'un parcours personnel, on regrette souvent d'avoir dérogé aux impasses qu'on s'est choisi...

Reste que dans ce passage, qui, tel que, peut paraitre un peu lourd ou abscons (ce qui n'est pas le cas du livre), se retrouvent quelques considérations essentielles qui décrivent bien la problématique dans laquelle nous nous sommes perdus, qui ne peut pas ne pas se dénouer d'une façon ou d'une autre, c'est aussi le sens de ce propos, que je partage assez largement (cf. le thème récurrent "du" politique, et de sa reconquête impérieuse sur ce site).

Pour le compléter, et peut-être mieux éclairer ce que pense Manent, voici un extrait de la suite :

« Parmi les réponses possibles à la situation actuelle de l’Europe, vous suggérez de redonner vie aux vieilles nations et à la vieille religion. Est- ce une proposition politique réaliste ? Dans quelle mesure ces éléments traditionnels sont- ils encore disponibles ? Comment leur « redonner vie » ?

Ce n’est pas une proposition que je fais. C’est une possibilité que j’envisage. L’éventail des possibles n’est pas illimité ; il est au contraire terriblement restreint. Je ne parviens à concevoir que trois grandes possibilités. La moins probable est la production « héroïque » de cette forme politique nouvelle. Si vous discernez aujourd’hui en Europe un homme, un pays ou une institution capable de remplir ce rôle fondateur, dites- le moi. La plus probable est que nous nous abandonnerons de plus en plus complètement à l’inertie, que nous boirons jusqu’à la dernière goutte la coupe de l’endormissement moralisateur. We feel so good . Mais enfin les pressions extérieures – économiques, politiques, militaires, migratoires – venues de pays ou de zones qui non seulement ne partagent pas notre religion de l’humanité mais même la méprisent (croyez- vous que les Chinois ou les musulmans se considèrent comme des citoyens du monde ?), ces pressions susciteront peut- être ce que j’appellerais des réactions de survie, quelque chose comme un : « nous ne voulons tout de même pas mourir ». Nous aurons peut- être envie de sauver du moins quelque chose de la vie européenne. Eh bien, ce que je dis seulement, c’est que dans ces conditions, troisième possibilité, les vieilles nations et la vieille religion seront une ressource inappréciable. Tout simplement parce que nous n’en avons pas d’autre. Comment leur redonner vie ? Je ne sais pas, mais la nécessité, Machiavel nous l’a appris, est un grand maître. »

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Re: Europe, cabri, falaise

6 Janvier 2015, 09:48 Message

Très intéressant, cher Didier.

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Re: Europe, cabri, falaise

26 Janvier 2015, 11:59 Message

Amusant de constater ceci :

- hier soir Mélenchon and co, avec de grands sourires et des expressions emphatiques, nous expliquent qu'ils ont gagné en Grèce, comme ils vont le faire bientôt partout, et donc en France ; quand Philippot ou le FN signale sa satisfaction, ils rugissent et parlent de récupération éhontée (rien que cela ne manque pas de sel...) ;

- ce matin Syriza (un rassemblement au sein duquel la "gauche de la gauche" n'est pas majoritaire), à qui il manque quelques sièges pour avoir une majorité absolue, ne s'allie pas avec le parti de centre gauche To Potami (très sensible à l'oligarchie européiste), mais avec un parti de "droite souverainiste" (ANEL)...

Et ce n'est pas fini...

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Re: Europe, cabri, falaise

26 Janvier 2015, 14:35 Message

mais avec un parti de "droite souverainiste" (ANEL)...


Et personne ne s'en offusquera ... inouï !!!!

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Re: Europe, cabri, falaise

27 Janvier 2015, 09:02 Message

La fin de l'austérité ou demain on rase gratis. Quand le masque tombe et que les journalistes révélent ce qu'ils sont vraiment cad des crypto-communistes au service de ...qui en fait ? Bon éditorial de Monsieur Vanneste.


SYRIZA, ou le mépris des électeurs à qui on peut faire gober n’importe quoi…

Cette victoire annoncée avec le sourire par des journalistes qui feraient une tête d’enterrement si c’était l’autre extrême qui l’emportait relève du scandale.
Christian Vanneste

Depuis des années, l’oligarchie politico-médiatique européenne crie au loup en pointant son regard vers l’extrême droite. Celle-ci n’a pris le pouvoir nulle part, et quand elle y a participé, en Autriche, ce fut sous le joug d’une condamnation générale de la part du système. L’extrême gauche devient majoritaire en Grèce. À l’évidence, la parenté communiste de SYRIZA n’effraie pas. Pourtant, cette victoire annoncée avec le sourire par des journalistes qui feraient une tête d’enterrement si c’était l’autre extrême qui l’emportait relève du scandale.

Les socialistes grecs ont fait rentrer leur pays dans l’Euroland en fraude. La logique économique aurait dû obliger ce pays à retourner dans le monde réel. La troïka CE-BCE-FMI a préféré éviter cette défaite de la construction européenne. Elle a donc puissamment aidé la Grèce, mais en lui imposant des réformes contraires à son histoire et à sa sociologie.

Les efforts entrepris par le gouvernement de centre droit ont porté leurs fruits sur le plan économique, puisque la Grèce a réduit ses déficits et retrouvé une légère croissance. La souffrance sociale a, en revanche, été insupportable avec une montée du chômage à 26 % et l’installation d’une réelle pauvreté. La dette à 175 % du PIB et avec des taux qui restent élevés est toujours préoccupante. Le succès de M. Tsípras, c’est celui d’une démagogie éhontée : il a gagné, non pas en disant que la Grèce quitterait la zone euro dont les contraintes sont inacceptables, mais en faisant croire qu’il pouvait offrir aux Grecs l’huile d’olive, la fin de l’austérité, l’argent de l’huile d’olive, le maintien dans l’euro moyennant une renégociation de la dette transférée en partie sur le contribuable européen, et le sourire de Mme Merkel en prime.

L’impossibilité de réaliser un tel programme conduira soit à une déception des électeurs qu’on aura, une fois de plus, bernés, soit à une nouvelle crise européenne. Les Espagnols qui ont déployé des efforts considérables mais subissent un chômage record qui ne recule que lentement seront en droit de crier à l’injustice et de faire gagner Podemos. Les marchés risquent de mal réagir. Et cela alors que la planche à billets, cette vieille recette des États laxistes, a été mise en route par la BCE avec « Super Mario » Draghi, pour le bonheur des gouvernants qui n’ont pas fait les réformes nécessaires et en sont récompensés, comme M. Hollande. Que l’occasion de relancer l’appareil productif français ait été manquée importe peu. Louis XV, aussi, quittant les bras de la Pompadour pour ceux de la Du Barry, disait, paraît-il, « Après moi, le déluge ! »

L’enseignement le plus fort de cet événement, c’est la révélation de l’abîme qui s’est creusé entre les peuples et la caste qui les gouverne. La ressemblance entre M. Tsípras et M. Hollande, ce n’est pas la gauche, c’est le mépris envers ces braves électeurs à qui on peut faire gober n’importe quoi…

Le vote grec est donc d’abord une révolte contre les oligarchies, celle de leur pays et celle de l’Europe. La première a entraîné la Grèce dans l’Euroland par la fraude, la seconde a laissé entrer ce pays dans un bizarre système monétaire fondé sur un rêve politique, mais contraire aux réalités économiques. L’acharnement thérapeutique européen a conduit les Grecs à un sursaut. Les drapeaux à marteau et faucille, l’enthousiasme des Mélenchon et consorts donnent le sentiment que le « passé d’une illusion », analysé par François Furet, le communisme, est redevenu pour certains son avenir. L’euro est un fardeau, sa baisse est un cadeau pour les économies les moins compétitives. La victoire de l’extrême gauche grecque risque de bercer les Européens dans l’illusion qu’ils pourront maintenir leur niveau de vie sans accroître leur compétitivité, avec ou sans monnaie unique. Cette illusion est mortelle.

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Re: Europe, cabri, falaise

27 Janvier 2015, 10:53 Message

Tout cela est vrai ; j'émettrais toutefois un jugement plus nuancé. Il me semble qu'il faut attendre de voir ce que Tsipras va donner, les surprises ne sont pas impossibles : le phénomène dépasse tout le monde. Même H16, dont voici la conclusion de la contribution du jour :

« À présent, le chemin est tracé, et il est d’une épuisante banalité.

La première hypothèse — fort hardie — est bien sûr que les nouveaux dirigeants grecs, pas complètement dépourvus de toute lucidité, renoncent à leurs lubies électoralistes et populistes (je vous avais dit qu’elle était hardie) ; un « bon » vent de sociale-démocratie molle souffle alors sur la Grèce qui continuera donc de vivoter aux crochets de l’Europe en faisant semblant d’appliquer un programme inabordable. La situation ne s’améliorera évidemment pas pour les Grecs, qui pourront continuer à accuser l’ultra-turbo-libéralisme, mais permettra de faire durer un statu quo douloureux mais gérable pour pas mal d’autres pays européens. Évidemment, ce chemin n’a rien d’enviable, mais il ménage un peu tout le monde, autour du pays. Hollande pourra s’en inspirer, quand le tour de la France sera venu… En fait, rassurez-vous : même hardie, cette hypothèse reste la plus probable, sur le papier en tout cas.

La seconde hypothèse, un peu moins joyeuse et un tantinet plus rocailleuse dans le parcours, est que les nouveaux arrivants décident qu’après tout, foutus pour foutus, autant y aller carrément. Ils appliquent alors les « bonnes » recettes proposées en amont de l’élection. Le communisme en mélange plein-riche est alors injecté dans le puissant moteur de l’économie grecque qui, immédiatement, vrombit de plaisir. Et explose en vol, comme il se doit : après tout, il s’agit de faire à peu près comme les exemples vénézuéliens ou argentins, mais sans le pétrole de l’un ou les terres arables de l’autre. La situation, déjà pas brillante, passe au carrément sinistre. Sans étonnement, l’ultra-turbo-libéralisme est accusé.

À partir de là, tous les paris sont possibles mais l’hypothèse d’une sortie en catastrophe du pays pour éviter que l’euro ne soit emporté dans le délire collectiviste grec reste une hypothèse relativement raisonnable face aux autres possibilités, au rang desquelles on trouve la fuite de l’Allemagne hors de la zone euro avant son explosion, ou toute autre solution intermédiaire à base de cris (pour 34,5%) et de grincements de dents (pour 53,6%) – excipients à base de fuite en avant, inflation galopante et bank-runs rigolos, q.s.p. pour 100%.

Mais ne vous inquiétez pas puisque de toute façon, Le Communisme, C’est Magique™. »

Pas faux non plus, mais...
Je crois que tout le monde (comme La Méluche, Le Monde, et autres) va trop vite : Tsipras semble lucide et pas totalement idiot, redoutablement "politique" ; le beurre et l'argent du beurre c'est pour la campagne, maintenant tout le monde, y compris Bruxelles, Merkel, etc. est au pied du mur ; les citoyens veulent reprendre en main leur destin, et c'est cela qui compte.

***

Qu'il faut commencer à s'informer plus finement...

Syriza/Podemos : les faux jumeaux (Causeur)

« L’année 2015 sera jalonnée de rendez-vous électoraux cruciaux pour la gauche de la gauche européenne. Pour y voir clair, il faut lire Luis Ramiro, universitaire spécialiste de la gauche espagnole : « Podemos ressemble davantage au mouvement cinq étoiles de Beppe Grillo » qu’à Syriza. Et même si Pablo Iglesias se montre – pour l’instant – bien moins autoritaire que le leader populiste italien, l’établissement de « loyautés personnelles dans les organisations où la charge idéologique est légère » ne peut qu’inquiéter la gauche radicale classique. Non, décidément, Podemos et Syriza n’ont rien des frères jumeaux que l’on nous décrit hâtivement. »

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Re: Europe, cabri, falaise

27 Janvier 2015, 11:53 Message


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Re: Europe, cabri, falaise

27 Janvier 2015, 12:11 Message

Au-delà des glapissements de joie de la gente journalistique il ne faut pas oublier que l'Allemagne se considère comme la victime des tricheries et manipulations comptables de la Grèce et elle soupconne l'Italie et l'Europe du sud des mêmes vilenies.

On va voir ce qu'on va voir car l'Euro est une monnaie essentiellement idéologique qui a complétement échoué économiquement et dans la zone euro seules l'Allemagne et la Hollande en ont profité.

Pour ma part je suis convaincu que le nouveau gouvernement grec échouera comme ont échoué les gouvernements de gauche en Argentine et au Vénézuela et cela d'autant plus qu'ils vont essayer de résoudre la quadrature du cercle en restant dans la zone Euro.

La seule question qui reste pour moi en suspens est la suivante: l'Allemagne va-t-elle céder et rentrer dans le rang cad accepter l'annulation quasi compléte de la dette grecque et tout ce qui s'ensuit ou faire le contraire ?

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Re: Europe, cabri, falaise

27 Janvier 2015, 14:45 Message

Grèce : pourquoi le nouveau ministre des Finances a raison (La Tribune)

« Le gouvernement d'Alexis Tsipras qui sera annoncé aujourd'hui comptera probablement parmi ses membres un économiste grec d'importance internationale : Yannis Varoufakis. Comme Ulysse qui revient d'un long voyage, il revient des Etats Unis ou il a été trouvé refuge après avoir été contraint de quitter son poste à Athènes au plus vif de la crise grecque. C'est James Kenneth Galbraith de l'université Lyndon Baines Johnson d'Austin au Texas qui lui a fait bon accueil. Il est peu connu du public français même si ces deux ouvrages majeurs « Le minotaure planétaire » et « Modeste proposition pour résoudre la crise de l'euro » ont fait l'objet d'une traduction récente à la fin de l'année 2014. »

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Re: Europe, cabri, falaise

30 Mai 2015, 07:41 Message

Mouvement pour une Europe des Nations et des Libertés


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Re: Europe, cabri, falaise

30 Mai 2015, 10:39 Message


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Re: Europe, cabri, falaise

30 Mai 2015, 11:10 Message

Cet homme me touche par la raison et par le cœur. Il est ce que j'appellerais, une voix. Mais les voix aujourd'hui, pour peu qu'il s'en trouve encore et qu'elles puissent se faire entendre, prêchent dans le désert.
[D'où et de quand, cette vidéo ?]

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Re: Europe, cabri, falaise

30 Mai 2015, 11:37 Message

Cher Eric,
il s'agit d'un discours prononcé par Philippe de Villiers le 5 février 2013 au Parlement Européen à Strasbourg.

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Re: Europe, cabri, falaise

30 Mai 2015, 11:42 Message

Merci, Cher Yannick et très belle journée à vous.

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