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Réconciliation

Sur notre déréliction civilisationnelle et sur les manifestations du délire contemporain.
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Re: Réconciliation

30 Décembre 2019, 10:15 Message

« Les racines européennes du christianisme sont généralement moins mises en avant que les racines chrétiennes de l’Europe. Pourtant, un peu de recul historique conduit à poser la question de leur importance fondamentale dans la construction de l’église catholique, et plus généralement du christianisme lui-même. »

Bonne question.
On ne reprendra pas ici le texte qui suit, bêtement pagano-centré, le fait d'une énième émule des sottises des Benoist and co. La question de l'hybridation hellenistico-romano-chrétienne, et de ce qui, in fine, l'emporte en son sein en terme de destin reste ouverte.

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Re: Réconciliation

22 Janvier 2020, 08:55 Message

La connaissance, miroir du mensonge.

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Re: Réconciliation

23 Janvier 2020, 10:09 Message

Exemplaire, en effet.
Hélas, c'est si loin !

Le 22 janvier 1941, c’était aussi l’arrestation d’Honoré d’Estienne d’Orves (Bd Voltaire)

« Je n’aurais pas la prétention de vouloir retracer l’ensemble de la vie d’Honoré d’Estienne d’Orves, désigné communément comme le "premier martyr de la France libre".

Toutefois, en ces temps de déréliction, où l’exaltation de ce qui par trop national paraît suspect, la mort du capitaine de corvette d’Estienne d’Orves interpelle et nous oblige.

Elle nous oblige car cet homme, dont le tribunal militaire allemand en charge de son procès ira jusqu’à demander sa grâce au Führer, n’a jamais renié ni sa foi dans la France catholique ni son espérance de triompher de l’ennemi. Ennemi qu’il considérait, d’ailleurs, en patriote qu’il devait être, comme le rappelle la phrase qu’il prononça avant d’être fusillé au magistrat allemand qui le condamnait : "Monsieur, vous êtes officier allemand. Je suis officier français. Nous avons fait tous les deux notre devoir. Permettez-moi de vous embrasser."

Admettons qu’un tel comportement soulève l’espoir le plus fou. L’espoir de penser que quelques hommes de conviction peuvent encore demeurer parmi nous et qu’ils ne craindront pas de désigner les ennemis mortels de la civilisation française.

Car c’est bien à cet acte de résistance et de sursaut que nous convie cette triste date de l’arrestation d’Honoré d’Estienne d’Orves. Elle désigne aussi toute la profondeur du courage et du panache français, que l’exemplarité d’un homme incarna à travers une aristocratie de sang et de cœur. »

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Re: Réconciliation

31 Janvier 2020, 10:17 Message

Écologie « humaine »

Me revient qu’un auteur, je ne sais plus lequel, affirmait quelque chose comme ceci : l’Âme du Monde est, comme lui, finie ; elle se partage entre les humains — de façon très inégalitaire, il va de soi, et par éclats ou en parcelles. C’est, au fond, l’idée de la réminiscence platonicienne, avec, à l’autre bout de la chaîne, Zarathoustra qui « marche parmi les hommes comme parmi des fragments et des membres d'homme ».

Plus nombreux sont les hommes, moins chacun reçoit de part de cette Âme au sein de la sienne propre, plus son écho y est mince, et en vérité plus difficile il lui est d’en être digne et même seulement conscient. Plus il s’éloigne de lui-même. Qu’il ne puisse jamais s’en défaire tout à fait, y compris s’il se tripote génétiquement, ne saurait servir de viatique.

Des intérêts autant vils qu’aveugles nous manipulent avec un catastrophisme millénariste si délirant que l’on voit tout de même ces derniers jours le système chercher à contrôler cet emballement, en ramenant un peu de rationalité à ce sujet : des « scientifiques » un peu moins serviles mais tout autant abusés font savoir que « le pire n’est pas du tout certain », et même peu probable…

La question essentielle ne tient pas à la finitude des ressources matérielles, énergétiques ou autres ; ni dans la pollution physico-chimique ; ni même dans la promiscuité, si épouvantable qu’elle puisse devenir — et qu’elle le soit déjà dans nos villes sans avoir besoin d’aller en Chine, Inde ou à Lagos. Elle tient au nombre, à la surpopulation globale du point de vue de l’humanité de l’homme, de son propre. Quand la quantité devient qualité, disait Engels : et quand cette qualité devient une non-qualité presque absolue.

La réponse aux « défis » qu’entraîne le retour par la bande de la limite ne saurait être technique : « il n’y a pas de solution technique au problème de la technique » ; et puis : l’on ne relève que les défis que l’on s’est créé. La réponse ne saurait être politique : cette dernière, et c’est déjà beaucoup, et c’est une condition sine qua non, doit veiller, dans cette époque de risques majeurs et de totalisation triomphante, aux conditions de la survie du pays, de son peuple et de son histoire, c’est-à-dire veiller à sa puissance et sur sa demeure la plus propre, qui va de ses paysages et de ses arts à son âme, précisément.

La réponse tient dans la question.

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Re: Réconciliation

7 Février 2020, 11:21 Message

Samedi dernier, long trajet en voiture comme souvent en fin de semaine ; j’écoute l’émission Répliques, que j’avais délaissée depuis fort longtemps. Il est très probable que les prochaines fois, je profite plutôt de Qobuz... Les invités : Régis Debray et Olivier Rey. Le thème : l’écologie.

Deux choses à dire de cette trop aimable conversation entre gens qui manient les références comme d’autres les étiquettes.

D’abord, ces gens occultent soigneusement et méthodiquement la référence qui sous-tend toutes celles qu’ils utilisent, que c’en est risible autant que pitoyable : les contempteurs de toute omerta, délivreurs de la caverne, sont d’abord des victimes intéressées de leur propre point aveugle — au point qu’il en est aveuglant. On aura droit à l’inévitable receleur de petite monnaie volée Ellul, à ses acolytes en tout genre, on citera Jaime Semprun, et même Girard. On devisera de l’homo faber, on parlera de technè, on pontifiera de-ci delà sur la sortie du christianisme et formulera benoîtement mais allégrement quelque visée globale sur le sens de l’histoire — l’air toutefois de ne pas trop y toucher : il ne faudrait pas se prendre trop au sérieux, c’est malpoli ; il est bien préférable de couvrir de bon aloi une prétention incoercible. En revanche on n’entendra pas un mot sur le penseur qui a rendu possibles ces bavardages typiquement germanopratins : le sulfureux et encombrant Herr doctor H, de longue date recouvert par tous les petits parasites qui l’ont pillé sans jamais comprendre le début du commencement de sa pensée. Il est vrai que se confronter à cette dernière ou aller chercher la racine de quoi que ce soit, c’est risqué, et trop difficile. Mieux vaut tourner en rond.

Et c’est bien ce qui se passe…

C’est le deuxième point : précisément pour cette raison, les palabres de nos brillants causeurs ronronnent en vain et ne délivrent qu’une « pensée » fort commune et vaguement mi-chèvre mi-chou, digne du café du commerce. Et encore ! Au café du commerce, au moins, est-on capable d’un peu plus de punch, et éventuellement de bon sens, dès lors que la gangue idéologique et la chape de plomb du discours obligé ne pèse pas. Nos intellectuels finissent par se dire que tout cela est sans doute une question d’hybris (ça fait bien), qu’il y a eu un passage hélas mal déterminable, « à un moment », du raisonnable au déraisonnable, qu’il y a de l’ordre du processus qui échappe désormais dans tout cela, mais que la technique n’est pas non plus mauvaise en soi, on ne saurait y renoncer — peut-être même qu’elle trouvera à résoudre les problèmes qu’elle pose ! A cet égard, on a atteint un vrai moment de comique quand, à l’appui de cette « idée », Debray à cité… le retour de la trottinette dans les grandes villes ! Si.
Or donc, nous voilà bien embarrassé, mais l’heure tourne, et il est temps d’aller prendre un café au Flore, sans doute.

La défaite de la pensée titrait l’un, la déchéance et l’irresponsabilité des « élites » intellectuelles et autre, plutôt : nous y pataugeons, et depuis des lustres.

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Re: Réconciliation

2 Mars 2020, 10:16 Message

« Non, je ne te trahirai pas. Jusqu'au bout je te serai bon gardien.
Présent et de tout près, quoique loin absent. » (Apollon à Oreste, Euménides 64-65)

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Re: Réconciliation

4 Mars 2020, 11:36 Message

« En vertu de leurs titres, ils sont toujours agrégés ; mais bien plus encore en vertu de leur nature. On l'est dans les journaux comme dans les académies et les collèges. Agrégé, mot admirable, qui signifie qu'on est entré dans le troupeau et que l'on compte au nombre des moutons. » (André Suarès, Commerce n°XV, 1928)

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Re: Réconciliation

6 Mars 2020, 11:21 Message

« La musique est du sentiment qui pense. Le cœur est le cerveau de l'émotion. Toute grande œuvre d'art est pensée dans le cœur, plus ou moins, avant d'être fixée par l'esprit ; et il faut qu'on le sente. » (Suarès, Opinions sur Beethoven)


***

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Re: Réconciliation

7 Mars 2020, 15:12 Message

Magnifique.

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Re: Réconciliation

12 Mars 2020, 09:13 Message

Une chose à bien voir : l'analyse précise du départ de la réaction sunnite à la domination chiite dans l'histoire de la conquête-razzia-colonisation islamique amène à qualifier la première, et tout le sunnisme, de populisme.

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Re: Réconciliation

25 Mars 2020, 09:24 Message

« En effet, toute dégradation individuelle ou nationale est sur-le-champ annoncée par une dégradation rigoureusement proportionnelle dans le langage. » Joseph de Maistre, Les Soirées de Saint-Pétersbourg.

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Re: Réconciliation

27 Mars 2020, 10:12 Message

Un ciel pur de toutes ces zébrures laissées par le passage incessant des avions, voilà au moins un bénéfice de l'arrêt momentané des émissions.

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Re: Réconciliation

4 Avril 2020, 15:17 Message

« Sur un vaisseau qui fait naufrage, la panique vient de ce que tous les gens, et surtout les marins, ne parlent obstinément que la langue des navigations ; et nul ne parle la langue des naufrages. » (Christiane Rancé, à propos de Simone Weil)

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Re: Réconciliation

4 Avril 2020, 15:19 Message

Pertinent, éclairant.

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Re: Réconciliation

8 Avril 2020, 17:40 Message

« La politique est le moyen pour des hommes sans principes de diriger des hommes sans mémoire. » Voltaire

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Re: Réconciliation

17 Avril 2020, 18:56 Message

Ah, ce Téodor ! Je l'aime, avec ses embardées, son originalité, sa jeunesse éruptive mais subtile à y bien regarder. Ce gréco-russe iconoclaste ne peut laisser indifférent — encore, et c'est très heureux, un ovni dont on se demande d'où il peut bien sortir. Son prénom lui va à ravir. Téodor Currentzis vient d'enregistrer la 5ème de Beethoven : comme toujours, il va droit au but. Avec la prétention crânement affichée de la faire entendre comme jamais cela ne s'était fait, rien de moins, de "faire quelque chose de nouveau", de "retrouver le choc souhaité par Beethoven, mais qui s'est perdu dans les usines pseudoexistentielles du legs discographique" (fermez le ban).

Après réécoute, pour éviter les emballements superficiels, confirmation de mes premières impressions. Téodor en fait un peu trop ici et là (tempi, rubato...), quoique d'une façon qui peut se légitimer, en tout cas : qui est toujours musicale ; mais il apporte indéniablement à l'interprétation de cette œuvre trop paresseusement rabâchée, avec un sens du phrasé et une finesse d'interprétation qui enchantent souvent. Sa lecture est bien plus sophistiquée qu'on pourrait le penser, au fond elle est d'un classicisme de très haute tenue. Et s'il comprend la dimension révolutionnaire de ce compositeur et surtout de cette symphonie, comme tout un chacun y est désormais bien obligé après Harnoncourt, il ne la systématise pas. Pour cet aspect, cela dit, il n'égale pas Monsieur le Comte, en particulier dans le dernier mouvement, où ce dernier est intouchable, tant il confine au génie pur et simple.

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