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Fractures

Sur notre déréliction civilisationnelle et sur les manifestations du délire contemporain.
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Fractures

18 Novembre 2020, 09:50 Message

Revoilà Guilluy...

Livre : Le Temps des gens ordinaires, de Christophe Guilluy (Bd Voltaire)

« Le dernier essai du sociologue Christophe Guilluy, Le Temps des gens ordinaires, reprend les idées-phares de ses précédents opus : l’analyse des fractures françaises entre deux camps qui coexistent mais ne se croisent guère, celui des élites et celui de la France périphérique. Mais s’il applique sa grille d’analyse à la France confinée, et il le fait avec justesse, il va plus loin. Et c’est réjouissant.

D’une plume rapide, parfois grinçante et d’un trait définitif, il fait d’abord justice des idéologies du progrès : l’écologisme, le multiculturalisme, la société liquide "qui n’est que l’habillage conceptuel des politiques libérales", l’impératif catégorique de l’ouverture à l’Autre sont autant de postures morales qui n’était qu’un prétexte à asseoir la domination des élites. Rappelant la chute culturelle de ces élites, passées de Chateaubriand et Proust à Sarkozy et Hanouna, il y voit la matrice de son entre-soi et l’une des causes de son aveuglement, de son incompréhension et de son mépris pour la classe populaire. "C’est parce que le monde d’en haut a tout abandonné, le bien commun, la souveraineté, l’identité, que les classes populaires s’autonomisent.

On a tous à l’esprit cette image des infirmiers et des caissiers, des humbles, de ces gens ordinaires qui ont tenu le pays pendant le grand confinement et qui ont été applaudis par les élites : "Les partisans de la globalisation rendaient ainsi un hommage appuyé aux inutiles" dit-il.

Héroïsés, les gilets jaunes sortis à coups de Flash-Ball™ de la scène politique l’an passé, vilipendés, récupérés, atomisés par l’action conjointe de la classe médiatique et de l’extrême gauche, tous deux idiots utiles de la mondialisaton, sont rentrés par la fenêtre. Ils sont désormais, dit-il, un bloc populaire constitué et autonome, enfin visible. La réalité, la présence incontournable de ceux pour qui, "dans une société de moins en moins protectrice, leur capital social et culturel est tout ce qui leur reste".

Le Brexit, expression, à trois reprises, de cette volonté populaire irrépressible de ne pas mourir, est pour Guilluy l’illustration parfaite de la fin de la mondialisation heureuse. Pour accompagner ce mouvement de l’Histoire, Boris Johnson a su abandonner le conservatisme thatchérien et la dureté de sa doctrine économique libérale pour, justement, conserver l’identité du peuple britannique. Les "anywhere", ceux de nulle part, ne pesèrent presque plus rien face aux "somewhere".

Mais c’est surtout, dit-il, un événement majeur en ce qu’il inverse, qu’il révolutionne le sens de l’Histoire.

Le retour des classes populaires vu comme une effraction dans l’Histoire ,c’est, dit-il, le retour du temps long, de l’enracinement – une majorité de la population française vit dans son département d’origine -, "du bien commun et du collectif au centre des préoccupations".

La société française ne retrouvera pleinement sa cohérence, dit-il, qu’en s’appuyant sur les classes populaires, et en préservant son homogénéité, notamment par la maîtrise de l’immigration. Le vrai monde d’après – pas celui proposé par les élites, utopie destinée à garder la main sur le peuple, à maîtriser la narration des événements – ne peut être que local, national et populaire.

On souhaite qu’il voie juste, qu’il ne pêche pas par naïveté : malheureusement, les classes populaires fragilisées, précarisées par le premier confinement, le seront bien plus par la folie du second. Il ne faudrait pas que la rage du désespoir brise cette dynamique populaire. Et on comprend encore moins la gestion de crise du gouvernement, qui ressemble de plus en plus à une stratégie du chaos. »

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Re: Fractures

28 Avril 2021, 08:51 Message

En catimini, Bercy milite pour la mise en place de péages urbains… (Courrier startèges)

« Mettre en place des péages urbains pour couvrir fiscalement le coût des externalités négatives de la route et des moteurs thermiques, telle est l’une des idées émises par la direction du Trésor à Bercy pour récupérer des recettes fiscales. Bien entendu, il ne s’agit pas d’augmenter les impôts pour réduire les déficits, mais de mettre en place une politique écologique où les utilisateurs de l’automobile au sens large (individuelle ou professionnelle) paieraient le juste prix des « externalités négatives » qu’ils produisent, c’est-à-dire de la pollution et de la construction ou de l’entretien des routes.

L’écologie, une folie fiscale tous azimuts

La note du Trésor, délibérément technocratique et « savante » mérite d’être lue, car elle illustre parfaitement la folie fiscale qui règne à Bercy, ministère où tout est bon pour justifier une taxe, même parfaitement aveugle.

Ainsi, sans considération pour les externalités positives du trafic automobile (notamment en termes de prospérité économique), Bercy propose de taxer tous azimuts, et de mener une politique d’harmonisation européenne de ces taxes pour éviter les passagers clandestins.

On lira tout particulièrement ce passage savoureux :

" Certains pays frontaliers ont une fiscalité sur les carburants faibles comparée à celle de la France, ce qui incite les usagers à faire le plein à l’étranger. C’est en particulier le cas des poids lourds, soumis à une concurrence internationale et dont la consommation de carburant est six fois plus importante au kilomètre que celle des véhicules particuliers, alors qu’ils peuvent traverser le territoire français avec un plein. Une plus grande harmonisation de la fiscalité des carburants au niveau européen, dans la cadre de la révision de la directive de 2003 sur la fiscalité de l’énergie, permettrait une meilleure couverture des externalités du transport routier de marchandises."

Autrement dit, pour éviter aux poids lourds de transporter de la marchandise du port d’Anvers jusqu’en Suisse, en Italie ou en Espagne sans faire le plein en France (ce qui revient à utiliser nos routes sans payer les taxes qui vont avec), obligeons tous nos voisins à s’aligner sur notre pression fiscale… Mais ne baissons pas nos taxes pour donner envie aux poids lourds de se ravitailler en France…

La contrainte, et non le désir, est la mère de toute politique écologique.

Pour la mise en place de péages urbains

Comme le remarque très bien la note de Bercy, le grand angle mort de la fiscalité française sur l’automobile se trouve dans les villes. C’est là que les routes sont gratuites, alors que la France périphérique paie les péages sur les autoroutes (qui sont, au passage, une vraie spoliation comme le montre très bien la note du Trésor).

Qu’à cela ne tienne, le Trésor propose, pour corriger cette inégalité, d’instaurer des péages urbains :

" Enfin, en milieu urbain très dense, les taux de couverture très faibles (de l’ordre de 10 %, cf. Tableau 4) pourraient être améliorés en permettant aux grandes agglomérations de mettre en place des péages urbains, dont les ressources permettraient d’abaisser d’autres taxes. Cette option a été mise en œuvre avec succès à l’étranger. (…) Dans les villes plus petites, les municipalités pourraient être encouragées – comme elles en ont la possibilité depuis le 1er janvier 2018 – à relever globalement leurs tarifs de stationnement et à les moduler en fonction de la motorisation des véhicules, du degré horaire et du degré général de congestion de la zone considérée. "

Là encore, on voit bien que Bercy considère l’automobile comme un coût et non comme un investissement qui crée de la richesse…

Les lendemains de présidentielles seront difficiles…

On comprend donc à quelle sauce nous serons mangés après les présidentielles de 2022 : au nom de l’écologie et du dogme de la dépense publique incompressible, les impôts augmenteront et taperont dur là où ça fait mal. Surtout pour ceux qui n’habitent pas en centre ville. »

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Re: Fractures

20 Mai 2021, 20:53 Message

Riposte Laïque Les flics n’ont pas parlé de l’immigration et ont même invité un rappeur !

Voici un extrait que j'ai trouvé pertinent dans cet article :

" [...]Au moins, et c’est le mérite de cette manif, un état des lieux sans complaisance est dressé devant les nombreux supporters venus exprimer leur solidarité aux policiers. On fustige même les discours politiques, le déni de réalité des uns et le « baratin sécuritaire » des autres. Il y en a assez de la spirale de l’impunité qui expose toujours les forces de l’ordre aux mêmes individus.
Mais, sur les causes de ces guérillas urbaines, pas question d’aller creuser davantage, même dans les récits des rares policiers qui ont accepté de témoigner. L’explosion des violences contre les forces de l’ordre est présentée comme une sorte de fatalité que l’on pourrait combattre à la racine par « plus d’éducation et de prévention » : un discours rebattu qui n’a pourtant guère fait recette à l’Éducation nationale, c’est le moins qu’on puisse dire ! On réclame aussi des moyens supplémentaires ce qui, pour des syndicalistes, est de bonne guerre ! Donc, un ensauvagement qui progresse sans raison, une haine anti-flics sans explication ? Nous voilà bien avancés !
Finalement le discours syndical n’est guère différent de celui de la hiérarchie policière : l’explosion de la violence n’a rien à voir avec l’immigration. D’ailleurs ni le mot immigration ni le mot djihad n’est prononcé.
Juste avant la Marseillaise, la manif se termine par une curieuse prestation, celle d’un dénommé Karim, qui se dit rappeur d’origine algérienne et qui apparaît sur le podium avec un tee-shirt « sans arme, ni haine, ni violence”. Comme c’est beau ! Il ne chante pas, mais nous lit de belles paroles de paix et d’amour de la France, « au-delà des différences », lues sur son téléphone portable. Il faut venir chez les policiers pour assister à une apologie du vivre-ensemble et du multiculturalisme !
[...] "

La mauvaise position de nos forces de l'ordre entretient ici une situation déjà catastrophique.

Le souvenir des actions commises contre les gilets jaunes reste très présent dans les esprits et le "raté" (attendu selon moi) de cette manif, n'améliorera rien pendant encore un moment, malheureusement...

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Re: Fractures

24 Mai 2021, 16:10 Message

La voix du Nord Belgique: des marches de soutien au militaire d’extrême droite en fuite

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Re: Fractures

22 Janvier 2023, 09:41 Message

Guilluy, le retour (Le Figaro par Lettre Patriote).
Il suit son chemin imperturbablement, et il est toujours aussi pertinent.

« Ce qui joue sous nos yeux c’est la disparition de ce qu’on appelait jadis de la classe moyenne occidentale »

« Le géographe Christophe Guilluy a répondu à nos confrères du Figaro. Une analyse extrêmement pertinente de l’état de la société française aujourd’hui. Extraits.

La contestation sociale et politique d’aujourd’hui, n’est pas un remake des Misérables , elle n’est pas un soulèvement de « pauvres » et ne vise pas non plus l’obtention de nouveaux droits sociaux. Elle n’est pas portée par une aspiration à un « nouveau monde » mais, au contraire, vise la poursuite de l’ancien ; un monde où la majorité ordinaire était encore au « centre ». Au centre des rouages de l’économie, au centre des préoccupations de la classe politique et au centre des représentations culturelles.

Cette révolte est animée par la conviction d’avoir été dépossédé de ses prérogatives, d’avoir peu à peu été mis au bord du monde. Ses ressorts profonds, et c’est bien là sa spécificité, ne sont pas seulement matériels, mais surtout existentiels. Cette dépossession est d’autant plus violente qu’elle s’accompagne d’une perte d’un statut essentiel : celui de référent politique et culturel. Cette angoisse existentielle est renforcée par le refus des élites de reconnaître ses trois échecs les plus saillants sur la mondialisation libérale, la métropolisation et sa gestion des flux migratoires.

Diriez-vous que des décisions de détail –fin du timbre rouge, crise des boulangers, extinction des commerces dans les villes moyennes… – participent de cette inquiétude ?

Le jeu du pouvoir est évidemment de segmenter, de jouer sur des mesures catégorielles, de faire croire que nous ne sommes face qu’à une contestation des marges, de certaines catégories ou de certains territoires. La réalité est que ce qui joue sous nos yeux c’est la disparition de ce qu’on appelait jadis de la classe moyenne occidentale. Les néolibéraux qui ont initié ce modèle (mondialisation, métropolisation) et les néo-keynésiens du « quoi qu’il en coûte » (qui permettent au modèle de perdurer) jouent main dans la main. Ils accompagnent en douceur cette disparition en feignant de répondre à l’inquiétude par la distribution de chèques ou de quelques dotations sur les territoires.

Quelle place donner à l’immigration anarchique et à la délinquance qui parfois en découle dans cette inquiétude ?

Sur l’Insécurité comme sur l’immigration – auxquelles il faut bien évidemment ajouter les thématiques qui s’y rattachent comme l’échec de l’État régalien et la survie de l’État-providence – tout a été dit… depuis si longtemps ! Sur la question des flux migratoires par exemple la démographe Michèle Tribalat a tout écrit il y a plus de 30 ans. Contrairement à ce qu’affirment les médias, ces sujets sont parfaitement consensuels dans les milieux populaires.

L’explosion des violences aux personnes et plus généralement la diffusion de la délinquance sur l’ensemble du territoire ont fait voler en éclats un cadre essentiel aux yeux des gens ordinaires, celui de la maîtrise de l’espace public. Les manquements de l’État et l’autisme d’une bourgeoisie qui surjoue la posture morale (en se protégeant bien sur des effets de l’insécurité et de l’immigration) sont vécus par la majorité ordinaire comme une négation de leur existence. Mais si, sur ces sujets, la brume médiatique et académique est épaisse, elle n’effacera jamais la réalité. C’est ce qu’ont compris les élites scandinaves qui en quelques années ont été capables de penser contre elles-mêmes et tout simplement de faire preuve de responsabilités sur ces sujets vitaux. Un sens de la responsabilité collective et du bien commun qui, pour l’heure, reste totalement étranger à la bourgeoisie progressiste.


Référendum de 2005, «gilets jaunes» et même réforme des retraites, une majorité hétéroclite s’agrège dans un front de refus mais elle ne trouve pas de débouché politique positif…

Cette majorité ordinaire présentée par une part du monde médiatique et académique comme une masse anomique composée d’abrutis a effectivement quelques difficultés à imposer son diagnostic à une classe politique « netflixisée » qui considère que la majorité n’existe pas (pas plus que le pays d’ailleurs) et qui désormais bâtit ses programmes en ciblant des panels socioculturels.

Contrairement à ce qu’on pense, la diabolisation ne vise pas prioritairement ce qu’on appelle « l’extrême droite ». Tout cela n’est que du spectacle. Le principal objet de la diabolisation est de délégitimer le diagnostic solide et rationnel des gens ordinaires ; un diagnostic parfaitement incompatible avec les intérêts des classes supérieures. Cette diabolisation permet au pouvoir de se maintenir sans projet, si ce n’est celui de gérer le chaos. Mais tout cela reste très fragile. Aujourd’hui le narratif dominant ne convainc plus que les bénéficiaires du modèle et une majorité de retraités.
La réalité est qu’aujourd’hui la majorité ordinaire est le seul ensemble socioculturel cohérent, le seul socle sur lequel on puisse reconstruire un dessein politique commun. Autonome, sûre d’elle-même, affranchi du clivage gauche-droite et de la tutelle des syndicats ou des partis, la majorité ordinaire, c’est-à-dire la société elle-même, est engagée dans un mouvement existentiel. Ce n’est pas seulement son pouvoir d’achat qui est en jeu mais son être. Il ne manque qu’une étincelle pour qu’elle s’exprime dans la rue ou dans les urnes. Ce n’est qu’une question de temps. »

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Re: Fractures

23 Janvier 2023, 14:00 Message

Très intéressant !

Mais le temps joue contre nous.


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