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Dormition de la France

Ce qu'il en est, et la volonté de demeurer dans cet être
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Re: Dormition de la France

15 Mars 2016, 10:54 Message

"Cours plus vite, camarade, le Désastre te devance..."

Feuilleton.
Bon, je vais avoir du mal à finir le livre de Le Goff.
De "Libres enfants de Summerhill" en Dolto, de Christopher Lasch en Julien Freund, c'est un passage en revue, un peu scolaire et court, un peu pénible à force de découverte de l'eau chaude, des analyses longtemps refoulées ou refusées par son milieu idéologique, une remontée amont vers des lectures soudain (re)trouvées malgré l'ostracisme dont elles faisaient l'objet, etc. Il y a tout de même encore beaucoup de boulot pour reprendre pied sur terre... Ne parlons pas d'approfondir. Une façon de repentance qui s'ignore, à vouloir "problématiser" lucidement... Tant mieux, il rattrape son retard (en urgence) et accorde une vraie place critique aux thèses à ce jour parfaitement inadmissibles (nauséabondes) pour son camp. C'est fait honnêtement, intelligemment, quoique trop élémentairement. À partir de là, il tente manifestement, comme déjà indiqué, de penser un dépassement de limites, dans la dernière période, comme cause de dérèglements intempestifs, une sorte de fin de cycle par excès incontrôlés, pas vus, d'épuisement par exagération, et partant la nécessité d'une reprise... moderniste. "C'est un peu court...". Où le sens, la provenance, le "pourquoi", etc. ? Il n'est pas le seul à trop vite stopper sa réflexion, à manquer de "recul", et surtout des outils intellectuels pour traverser tout à fait le miroir, on le pointe régulièrement ici. Dieu que c'est lent et difficultueux à venir !

On peut en un sens le suivre, car il faut aussi "retrouver les promesses non fallacieuses de la modernité" ; mais c'est un guide peu fiable, un convalescent pas encore bien guéri, un tropiste du biais idéologique. Disons que tout l'intérêt de sa démarche (publique), c'est de redonner sa chance à un vrai débat démocratique sur ces questions de fond, et c'est déjà beaucoup par temps de totalitarisme rampant, tartuffe, sainte nitouche, et de moins en moins soft au fur et à mesure que l'effondrement du système qu'il promeut se précise à l'horizon proche.


***

Cela dit, voici en prime un parmi les meilleurs passages du livre, à mon sens. Il ne sont pas si nombreux. Il suffit de se replonger dans d'autres auteurs (je ne sais pas, moi : Brague, par exemple, sans chercher très loin), pour mesurer la distance qui reste à couvrir...

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Re: Dormition de la France

15 Mars 2016, 10:58 Message

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Re: Dormition de la France

16 Mars 2016, 11:12 Message

Au passage ce petit rappel au sujet de Vilar :

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(Le Goff, Malaise dans la démocratie)

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Re: Dormition de la France

16 Mars 2016, 23:02 Message

Suite et fin de la lecture du dernier livre de Le Goff (puisque j’ai commencé à en parler…).
(Private joke : songer à une deuxième auréole…)

Après Lasch, Dolto ou Freund, il faut encore passer en revue Vanheighem, Nicolas Hulot, Pierre Rabhi (!), Matthieu Ricard, Psychologie Magazine, le néobouddhisme, le new age, l’ennéagramme, et j’en passe… pour dérouler jusqu’à plus soif le panorama de toutes les facettes du « monde fictif » dans lequel sont noyés nos ravis de la crèche, et qui délite jusqu’à la base anthropologique de notre société. Que Le Goff soit désormais iconoclaste pour son « camp », qu’il lui soit donc nécessaire de bien mettre les points sur les i, de justifier son (relatif) virage de cuti (ou plutôt rattrapage de réel), admettons ; mais pour ceux qui depuis longtemps savent tout cela, et bien plus, et bien mieux, c’est pénible à suivre plus encore qu’insuffisant. Le livre donne la désagréable impression d’une compilation laborieuse, d’une collection de fiches-résumés qu’on enfile comme des perles, et qui obligent à subir la litanie de ce que l’on ne sait que trop. Mis à part quelques faits ou citations ici ou là qui sont toujours bons à se remémorer, quelques délires qu’on avait raté, il n’y a presque rien à gratter, et aucun humour pour faire au moins passer la chose — sauf quand il évoque Muray, bien entendu. On se prend alors à se dire : vite, une bonne rasade d’Exorcismes spirituels ! Je suppose que l’auteur doit néanmoins se trouver fort caustique dans certains portraits (Hulot, Rabhi…) ; il y a pourtant encore de la marge…

Revenons « au fond ».
Que « ce n’était pas mieux avant », que de toutes façons « cela » ne reviendra pas, nous sommes d’accord. Qu’il faille néanmoins revoir ce qu’étaient ces temps passés pour mieux appréhender ce qui a changé, ce qui s’est passé, et partant ce qui manque ou pose problème dans l’état actuel des choses, d’accord aussi. Qu’il faille repartir d’un autre pied, en urgence, ce n’est pas douteux. Enfin, peut-être pas tant que cela pour Le Goff, lequel, comme subodoré au début de la lecture, considère non pas qu’il y a dérive intégrale, moins encore fatale, mais seulement abus et phase terminale d’un processus qui a dérapé et dont il faut reprendre le cours un peu en amont, « par le bon côté », côté que l’on a de fil en aiguille perdu de vue ou perverti (sans qu’on sache très bien pourquoi, tout au fond).

Et puis toujours ce même déni, insupportable, ce tabou redoutable : il est rapidement (moins d’une page !) question des problèmes que pose l’islam — qui devra s’adapter, ainsi qu’on le lui expliquera. Changement de peuple ? Lutte de civilisation importée sur sa propre terre ? Islamisation ? Multi-tout fourrier du pire ? Aberration historique, culturelle, politique ? Circulez, rien à voir. Il est où, l’problème ? « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » (je cite) : c’est le rêve infantile qu’il faut critiquer chez les modernistes ; sinon : tous les hommes sont les mêmes, vous ne voudriez pas que l’on s’affiche en plus xénophobe, non ? Bref, sans parler du reste : on ne se refait pas, note éliminatoire !

Pour finir, il n’y a que neuf petites pages sur 259 en tout, à la toute fin de l’ouvrage, pour donner quelques pistes sur ce qu’il faudrait faire pour contrer et dépasser l’impasse mortifère actuelle — pages qui contiennent encore beaucoup de rappel des critiques de l’existant. C’est très vague, ça ne mange pas de pain, ça ne veut pas dire grand-chose. Ça tient même en deux lignes : « Reconstruire. Cette reconstruction — qui ne se fera pas en un jour — implique des exigences et un travail à un double niveau : la formation d’un ethos démocratique et d’une citoyenneté éclairée ; la restauration de la dignité de la politique et de l’État. »
Voilà le dernier mot d’une sommité du monde intellectuel, face à « ce qui survient », le bilan du « retour au réel » de quelqu’un qui se pense de part en part de gauche au point de ne pas trop savoir ce que peut bien être que de droite… (NDLR c'est osé, mais c'est volontaire)
Fermez le ban.

Comment dire ?...
Ce n'est pas avec ce genre de pensum que la France se réveillera...

Dès demain, je retourne à des livres.

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Re: Dormition de la France

20 Mars 2016, 17:22 Message

Extraits :
[...]
Lorsque je parle donc désormais de «retour du peuple», cela ne signifie pas que j'annonce le retour du peuple comme acteur collectif, cela signifie que je tente de comprendre de quel refoulement le peuple a été l'objet, et pourquoi le peuple revient s'exprimer désormais sous la forme du «populisme». Le retour du peuple, c'est aussi son retour comme question politique et philosophique.
[...]
Nos élites «avancent masquées», comme le dit très justement Marcel Gauchet dans son dernier essai, et les Français ont mis beaucoup de temps à comprendre qu'ils étaient menacés de désintégration. Au final le résultat est le même: nous héritons d'une république qui est une coque vide: privée de souveraineté comme de l'unité d'un peuple qui puisse la rendre légitime. Tout est à recommencer. Il ne s'agit pas seulement de refonder une république mais de réinstituer un peuple.
[...]

Cet entretien avec Vincent Coussedière qui, après Éloge du Populisme, publie Le Retour du Peuple, An I, a retenu mon attention. Ceux qui pourraient être intéressés, le trouveraient ici: Le Figaro.fr le 18/03/2016 à 20:20

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Re: Dormition de la France

20 Mars 2016, 18:54 Message

Merci pour ce signalement, cher Éric !

C'est remarquable, mais nous avions déjà remarqué Vincent Coussedière, très tôt.

Sa limite actuelle est sans doute de n'envisager pas d'autre "horizon" que le couple nation-république, dès lors "indépassable" ; or, ce couple a fait son temps, manifestement, ou, en tous cas, la percée oligarchique l'a, de fait, rendu au moins en partie obsolète. Que le retour de ce cadre — qui est le dernier connu pour notre exercice politique, et le dernier avatar de notre destin en tant que peuple, pays, et civilisation —, soit un préalable nécessaire, c'est certain, avec la récupération de souveraineté qu'il entrainerait. Qu'il suffise et permette de faire l'économie d'une réflexion renouvelée quant à notre place propre en Europe et dans le monde tel qu'il a muté, c'est plus douteux — mais alors, la question se corse grandement.

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Re: Dormition de la France

20 Mars 2016, 19:09 Message

Prolongement pertinent de votre part, cher Didier. Les perspectives ultimes sont corsées ainsi que vous le soulignez.

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Re: Dormition de la France

1 Décembre 2016, 13:51 Message

Une interprétation du réveil possible et de l'endormissement (très intéressant) par Regis Chamagne



Régis Chamagne - Comment relever la France ?

(biographie) http://www.regischamagne.fr/biographie/

C'est un ancien militaire qui s'est mis à la retraite et a été un moment candidat de l'UPR et en a démissionné.

La conférence a été prononcée au cercle Aristote.

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Re: Dormition de la France

18 Septembre 2020, 12:07 Message

Je me plonge dans la lecture de l'ouvrage de Jean de Viguerie "Les deux patries";
Ci-dessous l'avant propos de la deuxième édition :
"Les Deux patries ont cinq ans. Voici maintenant la deuxième édition de cet ouvrage. Augmentée d'un index* et de plusieurs notes, cette édition ne modifie guère la substance du livre. Sauf en de rares endroits, le texte a été laissé inchangé. Aucun de mes livres ne m'avait valu tant d'approbations. J'ai reçu un grand nombre de lettres. J'en reçois encore aujourd'hui. La presse française et étrangère a fait largement écho. Les comptes rendus ont afflué, presque tous favorables. Enfin plusieurs lecteurs ont bien voulu me dire en conversation le fruit retiré de mon livre. Privé de tels encouragements, je n'aurais jamais, cela va sans dire, envisagé une deuxième édition. Mon propos a été compris de beaucoup. Pour en faciliter à tous l'intelligence, je voudrais formuler deux remarques. La première concerne le patriotisme révolutionnaire. Ce patriotisme diffère du patriotisme traditionnel, mais il s'infiltre en lui et le dénature. Pourtant certains de mes lecteurs ne le voient pas tel qu'il est. « Nous voulons bien, me disent-ils, que le patriotisme traditionnel soit préféré, mais le patriotisme révolutionnaire n'est pas à rejeter entière-ment; il contient lui aussi 1' amour du sol natal, et, finalement, sert lui aussi la France ». Or, cela est faux, les textes et les faits le prouvent. « Passion factice envers un être abstrait » (Benjamin Constant) 1, le patriotisme révolutionnaire n'est pas l'amour de la France, et la patrie que sert ce patriotisme, n'est pas la France. On doit distinguer les idées et les personnes qui les adoptent. Si d'honnêtes Français ont mélangé les deux patriotismes, cela ne change en rien la nature utopique et mensongère du patriotisme révolutionnaire. Qu'un brave homme adhère à un mensonge, ne fera jamais de ce mensonge une vérité. Ma deuxième remarque est une réponse. « Votre livre, me demande-t-on parfois, n'est-il pas démobilisateur? Car si la France est morte, il n'y a plus qu'à baisser les bras et à rentrer dans sa coquille. » Une telle question, je l'avoue, m'étonne. Je ne vois pas pourquoi la mort de la France nous condamnerait à l'inaction. J'y verrais plutôt de pressantes raisons d'agir. Nous avons à conserver l'héritage et à le faire fructifier. Nous devons perpétuer la langue française, trans-mettre les usages de notre civilité, entretenir la flamme de notre civilisation. Cela n'est-il rien? Si la France est mourante ou morte, doit-on pour autant cesser de fonder des familles et d'élever les enfants? Cela n'est-il rien? La cité a disparu, mais il y a toujours des hommes vivants, et ceux-ci ont à survivre; ils ont à se défendre tous les jours contre les agressions de l'État ennemi, ils ont à se protéger à tout moment contre 1' avilissement des mœurs et la désagrégation générale de la société. Cela n'est-il rien? Enfin il ne suffit pas de survivre, il faut vivre, et vivre d'autant plus intensément que la« culture de mort», comme on dit, est omniprésente.
(-l. Benjamin Constant, De l'Esprit de Conquête et de l'Usurpation (1814), GF, Paris, 1986 Livre 1er, p.118. La citation complète est la suivante« Tandis que le patriotisme n'existe que par un vif attachement aux intérêts, aux mœurs, aux coutumes de localité, nos soit-disants patriotes ont déclaré la guerre à toutes ces choses. Ils ont tari cette source naturelle du patriotisme, et 1'ont voulu remplacer par une passion factice envers un être abstrait, une idée générale, dépouillée de tout ce qui frappe l'imagination et de tout ce qui parle à la mémoire»). Or, qu'est-ce que vivre? C'est nous conduire en êtres humains doués de raison et créés à 1' image de Dieu ; c'est prier, étudier, servir nos proches, secourir les malheureux, cultiver l'amitié, célébrer les événements heureux, et bannir la tristesse et la désespérance. Tout cela doit-il être compté pour rien? J'ajouterai ceci. Les obligations nouvelles qui s'imposent à nous, les meilleurs de la génération qui nous suit, les ont, me semble-t-il, instinctivement comprises. Ils s'organisent pour survivre et pour vivre. Ils forment des réseaux d'amitiés. Ils se cuirassent contre les coups. Ils ont encore sous les yeux, et peuvent même y goûter, les restes de la France, de la grandeur de ses monuments, de la beauté de ses paysages et de la douceur de sa vie. Mais 1' être moral, auteur de ces biens, a disparu semble-t-il. Un jour, il est raisonnable de le craindre, les vestiges eux-mêmes seront effacés. La cité a été détruite. Il s'en formera une nouvelle, mais pas avant long-temps. On ne peut, nous avait-on dit, exister sans le politique. Mais n'existons-nous pas? En tout cas cette génération se prépare à se passer de lui. Elle n'en est pas effrayée, mais elle se sait condamnée à 1' excellence. Là est la voie étroite où elle trouvera sa patrie .

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