Afficher le sujet - Ils nous ont quitté.

Ils nous ont quitté.

Sur l'envahissement par le culturel de pacotille, contre la possibilité de toute culture authentique
Avatar de l’utilisateur
Messages: 399
Localisation: Loire-Atlantique

Ils nous ont quitté.

10 Février 2020, 11:18 Message

En l’occurrence : elle nous a quitté, cette grande soprano italienne, qui fit le bonheur de mon adolescence dans le rôle de Suzanne (avec la merveilleuse mise en scène de Jean-Pierre Ponnelle.)

Mort de Mirella Freni

Administrateur
Avatar de l’utilisateur
Messages: 20405

Re: Ils nous ont quitté.

10 Février 2020, 14:01 Message

Ah, la piquante Suzanne ! Et Blondchen, et... tant d'autres rôles qu'elle a marqué de son empreinte. Pour un peu, elle m'aurait fait écouter Puccini...

Il y a peu, c'était Peter Schreier.

Par une sorte de miracle, l'art musical me semble le seul où arrivent encore à surgir de nouveaux artistes de haute tenue. C'est sans doute (un peu) moins vrai dans le chant que du côté des instrumentistes, ou des chefs. Reste que ce qu'ils ont à nous dire s'affadit et s'étiole, tout de même, avec l'époque — fatalement. Là comme ailleurs, la technique, superlative, tâche d'y pourvoir...

Deux petites incises musicales, en cette occasion.

Tout d'abord une interprétation tout à fait remarquable de l'Inachevée de Schubert, par Thomas Hengelbrock (Deutsche Harmonia Mundi), couplée de façon fort intéressante avec le Stabat Mater mal connu du même compositeur et une messe de Schumann qui ne l'est pas moins. L'Inachevée, si chère à mon cœur (mes 17 ans !) est abordée ici avec passion, force, et son dramatisme romantique est débarrassé de tout pathos post-romantique, aussi séduisant qu'hédoniste qu'il soit parfois, ce qui, plus que paradoxal, est faux. L'ombre, l'angoisse, la plainte sont bien là, une façon de puissance, une vive énergie également.

Ensuite une captation de concert du 3ème de Rachmaninoff (Concertgebouworkest) par le très inégal mais toujours appréciable Gergiev — l'homme qui dirige avec une baguette de la taille d'un cure-dent, russe jusqu'au bout des ongles —associé à un tout jeune pianiste ouzbek, Behzod Abduraimov, d'une puissance autant que d'une finesse étonnantes et d'un lyrisme très Rachma. L'entrée du piano au premier mouvement est tout aussi remarquable que les torrents de notes, toujours parfaitement lisibles, qui ponctuent presque toute l’œuvre ensuite. Je reste attaché à la plantureuse et impériale Katia Buniatishvili dans cette œuvre, mais... Toujours dans ce concerto (et les 3 autres, en l'occurrence), et comme pour illustrer mon propos supra, il faut aussi écouter le jeune Daniil Trifonov — encore un sacré ovni, celui-là —, avec le jeune chef canadien Yannick Nezet-Seguin (notamment dans le célébrissime 2ème).

Puisque j'y suis, en matière d'ovni, il y a plus étonnant encore, et il est tout ce qu'il a de français : Lucas Debargue. Si vous en avez l'occasion, ne le ratez pas !


Retourner vers Culturel & culture