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"Réformer l'euro"

Sur l'économie, la finance et le travail à l'époque du virtuel et de la décroissance à venir.
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"Réformer l'euro"

14 Février 2014, 16:42 Message

Avec Sapir et Berruyer.


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Re: "Réformer l'euro"

31 Mai 2014, 17:24 Message

Voici un dossier intéressant de Christian Authier sur l'euro, paru dans L'Opinion Indépendante, avec une interview de Bernard Maris.
J’espère que le débat va enfin s’ouvrir sur l’euro car il est minuit, Docteur Schweitzer…

http://www.lopinion.com/journal/article/5541_alors-euro.html

Alors, euro ?



Une dizaine d’années après sa mise en circulation, peut-on encore contester la monnaie unique ?


En France, on débat de tout, même des sujets les plus importants. Un ministre a-t-il le droit de ne pas chanter la Marseillaise ? Dieudonné est-il un peu, beaucoup ou pas du tout raciste ? François Hollande a-t-il pris des risques en prenant son scooter pour rejoindre Julie Gayet ? Mais il y a un sujet avec lequel on ne discute pas : l’euro, et à travers lui l’Europe. Il suffit d’ailleurs de se pencher sur le terme utilisé pour désigner les réfractaires à la monnaie unique ou à l’Europe telle qu’elle est : «eurosceptique». Ils sont «sceptiques», ils ne croient pas à la religion révélée de l’Europe et à son totem monétaire. De fait, on ne dialogue pas avec de tels hérétiques. On les bannit, on les immole sur des bûchers (médiatiques).

L’européisme relève autant aujourd’hui de la religion que de l’idéologie. Celle-ci ne supporte aucune contestation et range ses opposants dans le camp des dangereux obscurantistes : populistes, nationalistes, démagogues, extrémistes… Voire des fous. Dans un récent éditorial du Point, Franz-Olivier Giesbert qualifiait les eurosceptiques de «penseurs lobotomisés», d’«imbéciles» proférant des «âneries» et développant une «psychose paranoïaque». «L’Europe n’est pas la question, c’est la solution», tranchait-il. Du vocabulaire psychiatrique à l’établissement d’un dogme inébranlable, on reconnaît là les caractéristiques des pensées totalitaires.

Sauver l’euro ou le quitter ?

Pourtant, tous les adversaires de l’euro ne sont pas forcément des «imbéciles». Leurs arguments méritent d’être examinés, contestés, mais pas mis au ban de la raison. Des économistes libéraux (Jean-Luc Gréau, Jean-Jacques Rosa, Alain Cotta), des économistes de gauche ou keynesiens (Jacques Sapir, Frédéric Lordon, Bernard Maris), des personnalités comme le démographe Emmanuel Todd ou le banquier d’affaires Philippe Villin (ancien vice-PDG du Figaro) ne sont pas des illuminés ni des extrémistes.

Quelques lauréats du prix Nobel d’économie – comme feu Maurice Allais, Paul Krugman ou Joseph Stiglitz – n’ont pas été avares de critiques contre l’euro. Stiglitz déclarait encore voici quelques jours que l’euro avait été une erreur et qu’il fallait corriger le tir. Comment ? En mettant en œuvre dans la zone euro «une politique fiscale commune, une mise en commun de la dette, une union bancaire et une politique de croissance». Toujours selon lui, si l'Europe n'adoptait pas ces réformes communautaires, elle risquerait des «scénarios douloureux pour les pays membres» et l'Allemagne pourrait d'ailleurs être la première à quitter l'Union monétaire. Bernard Maris ne dit pas autre chose sur la façon dont on peut préserver l’euro sauf qu’il ne croit pas l’Europe capable de telles réformes qui tourneraient le dos aux choix opérés depuis tant d’années.

L’Europe ne se réduit pas à une banale question monétaire (sinon, elle n’a aucun intérêt), elle a existé avant l’euro et continuerait d’exister après lui. Pourquoi une crispation hystérique sur un thème au final purement «technique» ? Une monnaie commune est sans doute mieux adaptée à l’Union européenne d’aujourd’hui dont les pays membres ont des situations économiques, fiscales, budgétaires, sociales, administratives, démographiques si différentes. L’euro est venu trop tôt alors que l’union monétaire aurait dû parachever une intégration politique. Le caractère «sacré» et intangible que semblent lui prêter ses partisans peut faire sourire. L’Histoire tranchera. Rappelons qu’il n’est jamais bon d’avoir raison trop tôt. En 1920, l’historien Jacques Bainville annonçait le réarmement d’une Allemagne revancharde, l’annexion de l’Autriche, la crise des Sudètes, un pacte germano-soviétique contre la Pologne. En 1981, quelqu’un déclarant que dix ans plus tard l’URSS n’existerait plus aurait évidemment été classé dans la famille des «penseurs lobotomisés». À suivre.




Bernard Maris : «L’euro a créé une désagrégation économique et politique»

L’économiste et essayiste, membre du conseil général de la Banque de France, estime que la France doit abandonner l’euro. Explications.

Depuis plusieurs semaines, vous expliquez dans Charlie Hebdo que vous avez changé d’avis sur la monnaie unique et que la France doit quitter la zone euro. Pourquoi ce «coming out», selon l’expression d’un journaliste du Point ?

Il est temps de faire le bilan. Le couple franco-allemand est devenu un leurre et la zone euro va mal. L’euro est en usage comme monnaie de compte depuis 1999 et il a été mis en circulation en 2002. Si l’on regarde l’histoire économique de la France depuis quinze ans, on voit qu’il y a un basculement très net et un effondrement. L’euro a créé le contraire de ce qu’il devait créer. Il devait favoriser l’unité politique et l’intégration des économies. Or, il a créé une désagrégation économique et une désintégration politique.

Quel est l’intérêt des Allemands à un euro fort ? Pourquoi est-il bénéfique à leur industrie alors que, selon vous, il a détruit l’industrie française ?

L’industrie allemande est en amont et la nôtre est en aval. Nous sommes soumis à la concurrence internationale et à la mondialisation tandis que les Allemands fournissent les machines pour produire des avions ou des automobiles. Cela leur permet de fixer les prix. Par ailleurs, le renchérissement de la monnaie n’est pas un problème pour l’Allemagne. Chaque fois que l’euro se réévalue, les Allemands répondent par une augmentation de la qualité, notamment grâce aux conditions de négociation salariale. L’euro a été mis en place en échange de la réunification allemande, mais la façon dont la réunification s’est produite a été une faute majeure. L’Allemagne s’est immédiatement tournée vers son «hinterland» (Tchécoslovaquie, Pologne…). Elle a fait fabriquer hors zone euro, avec des salaires très faibles, et a assemblé en Allemagne. L’euro fort profite aux Allemands même s’ils arrivent au bout d’un cycle. Ils ont laminé les économies en Europe et se tournent de plus en plus vers la Chine, le Brésil ou les Etats-Unis. D’une certaine manière, la zone euro les intéresse moins, comme en témoigne leur commerce extérieur majoritairement hors zone euro. Surtout, ils ne veulent pas d’un euro que l’on pourrait, comme le dollar, piloter à la baisse ni d’une BCE qui serait contrôlée par le Parlement. En fait, l’euro est le nouveau nom du deutsche mark. La France est aujourd’hui en déflation avec 0,4 % de croissance quand les Allemands sont à 1,4 et les Autrichiens à 1,9 %. La politique de l’euro fort pour une économie comme la nôtre conduit inévitablement à la déflation.

Comment sort-on de la zone euro ? Avec une monnaie commune servant de référentiel aux différentes monnaies nationales ? Quels en seraient les avantages ?

Ce serait la meilleure solution. Si l’on veut vraiment préserver la zone économique européenne des Etats-Unis ou de la Chine, il faut une monnaie que l’on puisse piloter à la baisse comme le font les autres puissances. On peut imaginer un double euro avec un euro unité de compte et des euros nationaux qui fluctueraient : un euromark, un eurofranc, etc. Mais ces derniers ne seraient pas convertibles directement sur les marchés de change internationaux. On passerait par une conversion interne qui limiterait la spéculation. Un retour simple au franc provoquerait une fuite des capitaux et une spéculation contre le franc. La double convertibilité limiterait grandement les attaques contre les monnaies. Cela soulagerait aussi les intérêts de notre dette.

Selon les défenseurs de la monnaie unique, quitter l’euro entraînerait de l’inflation, de la spéculation, une chute du pouvoir d’achat, un appauvrissement national…

Pour la France, il y aurait en effet des conséquences négatives comme des risques de spéculation et d’hémorragie des capitaux, une forte inflation et une baisse du pouvoir d’achat, mais il y aurait à court terme une très forte reprise des exportations ainsi qu’une baisse du chômage et un désendettement rapide du pays par la croissance. Les capitaux reviendraient rapidement et la dévaluation ferait fondre notre dette de 20 à 30 %. L’euro fort nous a coûté un million de chômeurs. Même des économistes libéraux de droite comme Jean-Jacques Rosa ou Alain Cotta dénoncent la monnaie forte. Aujourd’hui, le triomphe de la Corée du Sud repose sur une monnaie faible. Les Chinois et les Américains ont aussi une monnaie faible. Combien de temps va tenir la Grèce ? Elle est entrée dans une spirale déflationniste avec une baisse des prix de 4 %. Une grave crise spéculatrice va survenir dans la zone euro car une économie ne peut pas vivre à 0 % pendant dix ans…

Vous dites que l’alternative est de sortir de façon coordonnée et en douceur de l’euro ou bien d’attendre le tsunami financier qui fera éclater la zone euro à la prochaine crise de spéculation contre la Grèce, le Portugal, l’Espagne, la France ou l’Italie.

L’euro a été sauvé au prix de l’austérité, d’une hausse des impôts, d’une baisse du pouvoir d’achat… Lors de la prochaine crise, les gens ne croiront plus que les Etats sauveront l’euro. Ils feront jouer les contrats CDS, c’est-à-dire les contrats d’assurance sur les dettes. Or, les banques n’auront pas les fonds pour honorer ces contrats. Ce sera une crise majeure.

Vous connaissez l’argument massue des partisans de l’euro : le contester ou pire appeler à sa disparition vaut d’être assimilé à Marine Le Pen…

Oui, on est alors catalogué extrême gauche douteuse ou extrême droite. On n’a pas le droit de réfléchir sur l’euro. C’est un débat interdit d’une certaine manière. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Peut-être parce que s’interroger sur l’euro revient à constater l’échec tragique de la zone monétaire dans la construction européenne. On oublie que par le passé il y a eu de nombreuses zones monétaires qui n’ont pas tenu. Pour qu’une zone soit viable, il faut un budget commun, une fiscalité commune, une mobilité du capital et du travail. Les Etats-Unis ont mis un siècle pour avoir une monnaie unique. Mais il a fallu un budget fédéral correspondant à presque 20 % du PIB. Le budget de l’Union européenne s’élève à 1 %… Je me sens européen parce que je considère que face aux Etats-Unis, la Russie, la Chine, nous pouvons être une puissance et que nous avons une histoire, une culture. Puis, j’étais assez fier lors de la naissance de l’euro, mais maintenant si c’est pour ficher en l’air la France, cela m’intéresse beaucoup moins.

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Re: "Réformer l'euro"

24 Octobre 2014, 08:40 Message

Un argumentaire simple et direct, proposé par l'ami Versini : (Entreprises et emplois)

« L’harmonisation fiscale et sociale ne permettrait-elle pas d’établir une convergence économique, et d’éviter qu’un pays ne se retrouve en excédent et un autre en déficit ? Encore une idée absurde. Un marathonien a-t-il la moindre chance de réussir s’il adopte le régime alimentaire d’un champion olympique de lancer de poids ? Ce qui convient à l’un est néfaste pour l’autre.

Nicolas Sarkozy avait commandé une comparaison des règles fiscales et sociales entre la France et l’Allemagne [6]. Il n’y apparaissait aucune différence décisive. En revanche, il est clair que l’industrie allemande des machines-outils profite à plein du développement industriel de la Chine. Et que son industrie automobile, positionnée depuis longtemps dans le haut de gamme, profite de l’essor dans de nombreux pays d’une classe aisée que la mondialisation enrichit. Ce sont les différences de ce type-là qui provoquent la divergence économique de nos deux pays. Aucune intégration européenne ne peut les effacer. Seul un ajustement des parités monétaires pourrait y remédier.

D’ailleurs, la coordination économique entre les pays de la zone euro s’est développée ces dernières années. On voit où elle conduit : faute d’une remise en cause de l’euro, il ne reste qu’à pousser les pays déficitaires à faire des programmes d’austérité, qui certes redressent les balances commerciales en réduisant la consommation, mais qui créent en même temps chômage et récession. »

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Re: "Réformer l'euro"

24 Octobre 2014, 09:13 Message

C'est tout à fait cela. Il faut avoir fait trop d'études pour être parvenu à ne plus voir qu'il puisse y avoir quelques difficultés à appliquer les mêmes normes sociales et fiscales à ceux qui produisent des BMW et à ceux qui produisent de la féta.

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Re: "Réformer l'euro"

24 Octobre 2014, 10:00 Message

Les titres zemourriens commencent à fleurir : L'Europe de Merkel, ou la revanche du Saint-Empire romain germanique (Le Figaro)

Sans doute la raison de la rage de Haziza, qui, lui, ne doute pas un instant exercer en toute bonne déontologie son métier de journaliste...

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Re: "Réformer l'euro"

24 Octobre 2014, 10:41 Message

La différence essentielle entre l'Allemagne et le reste de l'Europe réside dans le fait que les élites allemandes sont restées patriotes ce que dit d'ailleurs avec justesse Zemmour.

En outre la grande industrie allemande je veux dire l'automobile, la chimie, la machine-outil, la sidérurgie, etc.. dispose d'une fédération patronale qui est la seule à avoir un plan de bataille clair et orienté vers l'avenir.

Mais en fait ce sont les PME qui sont la force de frappe de l'économie allemande cad des entreprises non-cotées en bourse. Elles sont la plupart du temps leader de leur secteur et vendent dans le monde entier.

Ensuite il ne faut pas oublier que l'Allemagne a une vieille tradition à l'exportation car c'est un pays d'émigration cad que des millions d'allemands ont émigré aux USA, Canada, Amérique du sud, Afrique du sud, Australie, etc... et que dans ces pays les entreprises allemandes ont trouvé des collaborateurs de qualité pour vendre leurs produits.

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Re: "Réformer l'euro"

29 Octobre 2014, 08:48 Message

Une émission signalée par l'ami Rogemi, sur Radio-Courtoisie, avec Charles Gave :


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Re: "Réformer l'euro"

4 Novembre 2014, 10:41 Message

Le même sur BFMTV, en un raccourci saisissant :



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