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Sur l'écologie humaine, et la surpopulation adverse.
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PageRank

25 Novembre 2019, 19:36 Message

Dans l'esprit du PageRank (par CAIRN)

« Quand l’appareil devient machine

La dernière tension qui pèse sur l’esprit du PageRank a trait aux transformations que les ingénieurs de Google ne cessent d’apporter à l’algorithme dans leur combat contre les stratèges du référencement et le marché noir du lien. À force de révisions et de réglages, l’algorithme de Google apparaît de moins en moins comme un appareil posé sur le web pour l’enregistrer et de plus en plus comme une machine que pilote avec une précision toute stratégique l’équipe Quality Search d’Amit Singhal 

Sous l’effet des multiples pressions que connaît Google en raison de ses ambitions commerciales et de sa place dominante sur le marché des moteurs, l’entreprise est de plus en plus conduite, bien qu’elle s’en défende, à « agir à la main » sur les résultats de son algorithme et à faire le deuil de son souci de neutralité non interventionniste. Sous la pression des juridictions nationales, elle a dû censurer certains sites racistes et antisémites en France et en Allemagne (Zittrain et Edelman, 2002). Sous la pression des industries culturelles, elle a été amenée à déclasser les résultats de recherche conduisant vers des sites proposant des contenus piratés (Menell, 2012). Sous la pression des entreprises, elle a accepté de refuser à leurs concurrents l’achat de certains adwords. Sous la pression de l’industrialisation des triches destinées à produire artificiellement du « jus de liens », Google s’est affranchi de sa position d’extériorité pour faire sa police en filtrant et en punissant les contrevenants. L’entreprise a même récemment dû mettre en place un dispositif de délation permettant aux internautes de dénoncer les sites fabricant de la réputation. Il ne fait guère de doute que l’idéal mécanique d’un appareillage de règles enregistrant le web pour le classer en aura été fortement ébranlé. Si Google a sacrifié sa position d’extériorité parce que les internautes se préoccupaient trop de lui, il est indéniable que la stratégie industrielle de Google, et notamment le fait que la firme de Mountain View ait développé de nombreux autres services dont la commercialisation, peut entrer en conflit avec la logique de neutralité du moteur de recherche contribue à rendre de plus en plus fragile, et de plus en plus rhétorique, la revendication de neutralité de la recherche naturelle. Par ailleurs, l’algorithme de Google incorpore de plus en plus des technologies dites d’apprentissage (machine learning) permettant de calculer les classements présentés à l’utilisateur. Ainsi, il n’est désormais plus nécessaire de fixer les multiples paramètres qui donnent du poids à tel ou tel des signaux, notamment le PageRank, extraits de chaque page du web pour être déposés dans l’Index de Google. Il suffit de laisser les techniques d’apprentissage ajuster au cas par cas ces paramètres en fonction des requêtes, de ce que Google sait des pratiques antérieures de l’utilisateur, de l’acquisition de connaissance permise par les liens cliqués par les autres internautes pour une même requête (Granka, 2010) et in fine des jugements humains sur la pertinence des sites recueillis par les quality rater embauchés par Google (PotPieGirl, 2011). Au principe d’autorité qui a fait la force du PageRank, Google substitue de plus en plus un principe d’efficacité qui renvoie de manière toujours plus appropriée vers l’internaute les choix que l’algorithme a appris de ses comportements.

De fait, la machine inventée par Google est devenue si complexe, si sensible aux tests statistiques qui ne cessent de la reparamétrer, si dévoreuse de variables et de traces, si auto-apprenante, que ses comportements ne peuvent plus désormais être compris et interprétés, pas même par ses géniteurs. »

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