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Complotisme

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Re: Complotisme

16 Novembre 2020, 10:25 Message

Oui, dans l'immense variété et des arsenaux et des moyens, je vois plutôt un avènement de la technique comme forme de vie autonome, omniprésente, agissant par et pour elle-même — avec l'homme comme dindon de la farce, ou plutôt comme remplacé, à nouveau, mais cette fois-ci dans sa chair, par la version de lui-même la plus incapable et consentante.

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Re: Complotisme

16 Novembre 2020, 16:55 Message

Je découvre cette citation d'Einstein, un vrai complotiste qui cachait bien son jeu :

« Rien n'est plus proche du vrai que le faux ».

2 500 ans auparavant, les sophistes le savaient et, déjà, en jouait sans vergogne.
La Caverne s'est seulement technologisée à don'f.

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Re: Complotisme

16 Novembre 2020, 19:17 Message

Par exemple, la Chine, depuis un an environ, soit le moment où est apparu son virus sur la scène mondiale, pousse à la roue de la numérisation partout, dans toutes les organisations multilatérales notamment, où elle a pu placer ses pions/agents.

Mon propos est le suivant : ce que recouvre ce terme "numérisation" est désormais si vaste, il déborde si manifestement le berceau des technologies de la communication où il a vu le jour, qu'il s'agit d'une véritable matrice de choix de moyens, et non plus un ou plusieurs moyens techniques ou technologiques.

Quand De Gaulle, avant le deuxième conflit mondial, prônait la mécanisation ou la "motorisation" de l'armée, ce que recouvrait ce terme, à vrai dire, ne laissait guère de choix à l'imagination: il s'agissait de permettre une progression des troupes sur le terrain plus rapide et plus massive, et c'est à peu près tout, suffisant cependant pour éviter de tomber dans la guerre de position qui avait marqué le conflit précédent.

La numérisation ouvre un univers de modalités nouvelles à l'agir, univers modulable, où le choix des armes est si vaste qu'il en devient asservissable à la volonté (de puissance), à ses guises et ses humeurs.

La bombe atomique sur Hiroshima représentait l'usage d'un moyen technologique supérieur mais épouvantablement grossier, grossier comme peut l'être le choix binaire du tout ou rien, du 1 ou du 0, de l'annihilation comme moyen d'obtenir la paix. Bref, la bombe atomique n'était qu'un énorme gourdin, celui de l'homme des cavernes !

La numérisation, la production d'outils numériques divers et connectés, n'est pas totalement entre les mains des maîtres du monde (comme pouvait l'être la production de chars d'assauts au siècle dernier, pour ne rien dire des bombes atomiques ou des missiles de croisière): s'il fallait apporter la preuve de cela, il suffirait d'un seul mot pour l'évoquer : le hacking.

Quel est ce nous ? Il n'est pas interdit d'imiter l'adversaire dans ce mode de pensée : ce "nous" se compose de tout ce qui n'est pas "eux". Mais ce "eux", que recouvre-t-il ? Ce "eux" est le nom de tout ceux qui pense comme Bill Gates, savoir la pensée selon laquelle il n'est pas d'extérieur au monde tel qu'il est, qui veut la guerre actuelle si totale que nous devrions la mener en étant privé d'ennemi ! Tel est le monde selon Bill Gates. Nous ne sommes pas des ennemis du genre humain, mais nous le sommes de ceux qui affirment péremptoirement que le genre humain n'a pas d'ennemi et que le règne de ses maîtres est sans concurrence possible.

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Re: Complotisme

17 Novembre 2020, 14:08 Message

Il faut affronter l'idée que le retournement est possible : la critique de la technique par Heidegger, même si sa pensée plongeait ses racines chez les présocratiques, était celle d'un penseur du vingtième siècle. Or tout indique que le vingtième siècle (qui cumulait en lui au moins les trois précédents, soit en remontant à ce "prospectus technique" qu'était le Discours de la Méthode) vient de s'achever, en mars 2020 pour être exact.

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Re: Complotisme

17 Novembre 2020, 15:46 Message

Désolé, cher Francis, mais je ne souscris toujours pas.

Sans se lancer dans une grande démonstration ni trop s'élancer dans des considérations « philosophiques » de haut vol, outre la logique imparable que j'ai évoquée (subvertir la subversion... et dindon de la farce), il faut bien reconnaître que la pensée du Dr H, et tout spécialement son regard sur la "technique" et son essence (qui n'est « rien de technique »), non seulement n'est pas tributaire de son siècle ni du seul cap franchi par Descartes, nonobstant l'importance de ce dernier, mais qu'elle nous devance formidablement, si on le lit bien, et attentivement, soit en se déprenant de tout ce qui fait la vulgate que nous trimballons même sans « culture », et sans doute bien plus encore avec de la « culture ». Ce serait trop long de le montrer, et sans doute pas vraiment le lieu pour le faire, mais je vous assure, sans la moindre allégeance à quelque « maître » que ce soit, qu’il en est ainsi, à un point que vous semblez ne pas même imaginer. Qu’il suffise de dire que ce « sujet » a ensuite été largement exploité par mille épigones, plus ou moins brillants, plus ou moins pertinents à certains égards ou sur quelques annexes, mais dont aucun n’arrive à la cheville de leur inspirateur au lieu de le « dépasser », presque tous se gauffrant qui pis est plus ou moins gravement dans la lecture d’icelui — que c’en est parfois stupéfiant… et toujours significatif de notre déréliction.

Vous avez bâti votre premier exposé sur la volonté de puissance, dans un sillage nietzschéen. Que veut la volonté ? Elle-même. La volonté de puissance est volonté de volonté. C'est une parfaite clôture sur soi, qui pense englober le tout du Monde — un cercle non pas tant vicieux que néantisant. En cette conception culmine l'impasse métaphysique de l'Occident, de longue date préparée. Il ne lui reste qu'à radoter. Et qu'est-ce qui explique cette conclusion ? La « mort de Dieu », que Nietzsche constate, effaré et angoissé, et à laquelle il tente de répondre. Il est le contrepoint de Dostoievski, sensiblement aux mêmes dates (je vous sais sensible à ces occurrences). La « mort de Dieu » et le triomphe du moteur… L’accaparement des ressources et de toute énergie en vue d’alimenter sa rotation sempiternelle et l’opium de son rythme, de réaliser la reprise de tout dans sa machinerie. Qu’est-ce qui nous a menés là, dans quoi nous nous abîmons chaque jour un peu plus ? L’informatique, le « numérique » : aucun saut qualitatif ; la simple continuation d’une même logique, la simple accélération exponentielle du tourbillon qui tend toujours plus vers un centre qui lui échappera toujours ; pour comprendre « l’essence de la technique qui n’a rien de technique », il faut commencer par se souvenir que ce mot, 'logique", est bâti sur le grec logos.

Cercle il y a bel et bien, notre existence s’y déploie tout entière, et la différence entre l’ emprise vicieuse ou vertueuse de cet « orbe pur » tient à très peu, on pourrait presque dire : à Rien. C’est l’enjeu. Le XXème ou le XXIème siècle comme tels sont presque sans importance à cette aune, qui pourrait être suivis de bien d'autres du même tonneau, et risquent fort de l'être.

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