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Complotisme

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Re: Complotisme

17 Novembre 2020, 15:46 Message

Désolé, cher Francis, mais je ne souscris toujours pas.

Sans se lancer dans une grande démonstration ni trop s'élancer dans des considérations « philosophiques » de haut vol, outre la logique imparable que j'ai évoquée (subvertir la subversion... et dindon de la farce), il faut bien reconnaître que la pensée du Dr H, et tout spécialement son regard sur la "technique" et son essence (qui n'est « rien de technique »), non seulement n'est pas tributaire de son siècle ni du seul cap franchi par Descartes, nonobstant l'importance de ce dernier, mais qu'elle nous devance formidablement, si on le lit bien, et attentivement, soit en se déprenant de tout ce qui fait la vulgate que nous trimballons même sans « culture », et sans doute bien plus encore avec de la « culture ». Ce serait trop long de le montrer, et sans doute pas vraiment le lieu pour le faire, mais je vous assure, sans la moindre allégeance à quelque « maître » que ce soit, qu’il en est ainsi, à un point que vous semblez ne pas même imaginer. Qu’il suffise de dire que ce « sujet » a ensuite été largement exploité par mille épigones, plus ou moins brillants, plus ou moins pertinents à certains égards ou sur quelques annexes, mais dont aucun n’arrive à la cheville de leur inspirateur au lieu de le « dépasser », presque tous se gauffrant qui pis est plus ou moins gravement dans la lecture d’icelui — que c’en est parfois stupéfiant… et toujours significatif de notre déréliction.

Vous avez bâti votre premier exposé sur la volonté de puissance, dans un sillage nietzschéen. Que veut la volonté ? Elle-même. La volonté de puissance est volonté de volonté. C'est une parfaite clôture sur soi, qui pense englober le tout du Monde — un cercle non pas tant vicieux que néantisant. En cette conception culmine l'impasse métaphysique de l'Occident, de longue date préparée. Il ne lui reste qu'à radoter. Et qu'est-ce qui explique cette conclusion ? La « mort de Dieu », que Nietzsche constate, effaré et angoissé, et à laquelle il tente de répondre. Il est le contrepoint de Dostoievski, sensiblement aux mêmes dates (je vous sais sensible à ces occurrences). La « mort de Dieu » et le triomphe du moteur… L’accaparement des ressources et de toute énergie en vue d’alimenter sa rotation sempiternelle et l’opium de son rythme, de réaliser la reprise de tout dans sa machinerie. Qu’est-ce qui nous a menés là, dans quoi nous nous abîmons chaque jour un peu plus ? L’informatique, le « numérique » : aucun saut qualitatif ; la simple continuation d’une même logique, la simple accélération exponentielle du tourbillon qui tend toujours plus vers un centre qui lui échappera toujours ; pour comprendre « l’essence de la technique qui n’a rien de technique », il faut commencer par se souvenir que ce mot, 'logique", est bâti sur le grec logos.

Cercle il y a bel et bien, notre existence s’y déploie tout entière, et la différence entre l’ emprise vicieuse ou vertueuse de cet « orbe pur » tient à très peu, on pourrait presque dire : à Rien. C’est l’enjeu. Le XXème ou le XXIème siècle comme tels sont presque sans importance à cette aune, qui pourrait être suivis de bien d'autres du même tonneau, et risquent fort de l'être.

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