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Etre de gauche, être de droite

Sur la dimension philosophique de la crise civilisationnelle
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Etre de gauche, être de droite

2 Octobre 2013, 14:10 Message

Au hasard de mes lectures, cette trouvaille :
"…………………………. l'opposition de la droite et de la gauche, qui a peu de sens en politique, mais qui met en lumière l'antinomie de deux tempéraments, source de conflits et de haines bien plus que les réformes mises en discussion. Les hommes de gauche ont une définition rationnelle et abstraite de l'homme et ils veulent ranger de force les hommes dans les rayonnages qu'ils ont préparés. Cette fureur de rendre les hommes heureux et parfaits selon leurs principes détruit leurs intentions les plus louables. Ils aiment sincèrement la liberté, mais ils sacrifient la liberté à l'égalité. Leur amour de l'égalité les oblige à contraindre, ils construisent une caserne pour l'imposer. Et comme il faut encore que les hommes soient frères à l'intérieur de cette caserne, ils leur extirpent leur conscience pour leur transfuser de force cette fraternité. Les hommes de droite n'ont pas de système, ils ne construisent pas la cité avec la règle et le compas. Ils prennent les hommes comme ils les trouvent, à l'endroit où ils ont poussé, en bottes inégales que la nature a formées et qu'il ne faut ni défaire ni pressurer : ils respectent la croissance naturelle des choses. Elle leur paraît injuste parfois, mais ils pensent qu'il n'est pas impossible de réparer ce mal. Car ils croient qu'il existe partout une noblesse parmi les hommes, appelant ainsi des hommes qui ont en leur cœur un certain instinct qui les pousse à la justice et à la générosité. Ils ont confiance en ces hommes, et ils pensent que la politique consiste à identifier cette élite et à lui confier la fonction de diriger les autres hommes. Leur but est de vivre selon les moules et dimensions que la nature a préparés pour les hommes et particulièrement pour chaque peuple, et dans lesquels chacun peut trouver sa place, si l'on ordonne avec bienveillance, bon sens et loyauté."

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Re: Etre de gauche, être de droite

4 Octobre 2013, 15:21 Message

Une version plus triviale de cette optique, banalisée par je ne sais plus qui, est de dire que l'homme de droite croit au péché originel, alors que celui de gauche, pas. Définition qui reste intéressante si on la sort de la vulgate au sujet de ce "péché originel", et qu'on entende à nouveau ce dernier comme l'a imaginé son "créateur", Augustin — ce phénoménologue (au sens de l'ami Pierre Henri) dans ses grandes intuitions.

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Re: Etre de gauche, être de droite

27 Juillet 2014, 10:55 Message

Il est amusant de lire dans le même texte que "les hommes de gauche veulent ranger dans des rayonnages" puis une description des caractéristiques très détaillées des identités des hommes de droite et de gauche. ;)

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Re: Etre de gauche, être de droite

27 Juillet 2014, 10:57 Message

"si l'on ordonne avec bienveillance, bon sens et loyauté."

Le seul problème c'est qu'il n'y a rien de plus subjectif que le bon sens. ;)

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Re: Etre de gauche, être de droite

27 Juillet 2014, 12:30 Message

Il nous reste la bienveillance et la loyauté!

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Re: Etre de gauche, être de droite

27 Juillet 2014, 13:13 Message

« Tout doit tendre au bon sens, mais pour y parvenir le chemin est glissant et pénible à tenir; pour peu qu'on s'en écarte, aussitôt on se noie. » Boileau.

Au reste, je lis : " dans les rayonnages qu'ils ont préparés." Tenter de caractériser, d'analyser, est tout autre chose. Différence entre fonctionnement idéologique à tropisme totalisant, pour ne pas dire totalitaire, et approche circonspecte — entre autres. Entre théologie inaperçue, en mode sécularisé, et quête active du sens.

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Re: Etre de gauche, être de droite

21 Avril 2016, 23:34 Message



Débat Zemmour Bruckner intéressant. Qui a gagné ?

Attention rien à voir avec les Francs Maçons au bout d'une seconde.

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Re: Etre de gauche, être de droite

22 Avril 2016, 08:15 Message

La séquence Bruckner commence à 53' 50.
Le débat Zemmour/Bruckner commence à 1 h 10'

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Re: Etre de gauche, être de droite

22 Avril 2016, 09:02 Message

Jeanne a écrit:Qui a gagné ?
La question n'est pas la bonne, comme vous le savez bien chère Jeanne ! ;)

Débat intéressant — quoique malgré tout un peu trop dans la façon du temps, qui manque de respect, et pour tout dire de... politesse (là-dessus Zemmour est nettement en faute, entraîné par l'habitude qu'il a du prendre pour survivre en milieu hostile, alors que Bruckner est très agréable). Débat un peu artificiel, cela dit : on y retrouve ce que Naulleau et Zemmour disent au début du livre de Bruckner, un peu ce que je suis en train de dire de celui de Gauchet : des analyses de détail stimulantes, des réflexions parfois fines ou subtiles, mais pour déboucher sur quelques clichés, un brillant essai pour finalement ne brasser que du commun plus ou moins bien maîtrisé, et tordu juste ce qu'il faut pour cadrer avec une intention idéologique (ici : "américaniste"). C'est si vrai qu'on peut en dire autant d'une partie, d'une partie seulement, de la contradiction apportée par Naulleau, et surtout Zemmour. Inévitable d'y tomber, avec son vis-à-vis, si l'on n'apporte pas une critique radicale, au sens propre, racinal devrait-on dire, si l'on ne fait pas surgir le tranchant des véritables questions de fond.

Globalement, la position Bruckner ne tient pas, il est brillant mais finalement assez creux, désolé de le dire (s'il le faut je détaillerai, point par point), c'est un intellectuel organique plus libre et intelligent que la moyenne, mais un intellectuel organique tout de même — sur qui l'invite au "mea culpa" de Zemmour glisse comme l'eau sur les ailes du canard, alors que... (encore un problème de mauvaise conscience et de fuite en avant...) ; les objections qu'on lui fait, celles de Zemmour notamment, sont le plus souvent pertinentes, elles aident à établir ce jugement sur Bruckner, mais elles sont elles-mêmes insuffisamment démêlées, approfondies, bref : pensées.

Ainsi en va-t-il chaque fois que c'est peu ou prou la "morale" qui sert d'instance suprême pour la pensée.

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Re: Etre de gauche, être de droite

22 Avril 2016, 09:20 Message

P.S. message supra écrit un peu vite — four et moulin oblige. Je l'ai remanié.

Une petite note en sus : j'ai été surpris par la petite incise de Zemmour sur la vie d'autrefois, et je l'ai aimée. Au risque d'être caricaturé en idôlatre d'un passé idéalisé, il a souligné qu'on y était plus pauvre qu'aujourd'hui, que la vie y était plus dure, tout cela de beaucoup, mais qu'on y vivait mieux, il aurait pu dire : que la gaité, la gaité française, y dominait avec les chants, le rire, et bien d'autres choses aujourd'hui mimées spectaculairement, c.à.d d'une façon fausse de part en part, suintant le mensonge et la mort la plus vile, dans la recherche éperdue du "lien social" et de la "convivialité". Tous ceux, désormais très âgés, qui peuvent encore en témoigner le confirmeront, si heureux qu'ils soient d'avoir conquis le "confort moderne", si étourdis qu'ils soient par le modernisme malgré la face des plus inquiétantes qu'il commence à montrer.

Qu'est-ce donc qui manque, qui a été perdu ?
Pourquoi, et comment ?
Voilà déjà de meilleurs questions.

P.P.S. retour, avec (un peu) d'humour au petit bout de la lorgnette : la seule tâche, mais elle est de taille, sur le costume plaisant de Bruckner c'est son soutien à... cet abruti de Valls. Comment est-ce possible ???

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Re: Etre de gauche, être de droite

12 Juillet 2019, 12:34 Message

Les six questions posées à l’humanité dont les réponses conditionnent sa survie et son harmonie (Bd Voltaire)

En effet, c'est la troisième question qui est décisive.
Mais pour que le politique "revienne", encore faut-il qu'il reste des citoyens — et pour commencer, des hommes.

« Six questions, essentielles, divisent les sensibilités socio politiques du monde actuel. Les deux premières sont inouïes, nouvelles, dans l’histoire de l’humanité, et ne se posaient pas il y a 60 ans. Elles sont d’ailleurs imbriquées mais peuvent aisément être réglées pour peu que l’on donne une réponse positive à la troisième question, qui elle, au contraire, est aussi ancienne que l’histoire du monde.

1 Démographie : Passée de 1 milliard d’individus à 7 milliards en 1 siècle (1910/2010), l’humanité ne doit elle pas, pour la première fois de son histoire, se poser la question de la limitation de cette croissance ? Si elle septuple encore au cours du siècle à venir, peut on imaginer ce que serait la vie (ou la mort) pour un humain au milieu de 50 milliards de ses semblables ? Et cette question pose aussi celle des flux migratoires de masse : faut-il les encourager, les subir ou les maîtriser ? Et qui en décide ?

2 Environnement : La seconde question est provoquée par la première. comment permettre à cette masse humaine de vivre dignement, décemment et sainement tout en préservant les ressources naturelles, la biodiversité et la beauté de la planète, et l’humanisme dans les giga-villes ?

3 Nation et démocratie : quel est le territoire (région, nation, empire, globalisme), la forme politique (autocratie, ploutocratie, démocratie), le mode de gouvernement d’un peuple (représentation, majoritaire ou proportionnelle, referendum) ?

4 Conception de l’homme, du citoyen, de l’homo œconomicus (producteur, consommateur) : L’entreprise est-elle faite pour la nation, ou pour l’homme ? Ou à l’inverse les nations et les hommes sont-ils les variables d’ajustement ? La chrématistique, la spéculation font elles partie de l’économie ? Sont-elles licites ? A quelles conditions ? Que sont de justes rémunérations ?

5 Droit, égalité solidarité et justice : L’égalité des droits, l’état de droit, l’institution judiciaire, son insoupçonnabilité, son efficacité, la justice sociale. La confection de la loi qui devra être stable, claire, et consentie (référendum obligatoire sur les sujets majeurs). Place et rôle des services publics. Redistribution fiscale.

6 Famille, instruction : Qu’est-ce que la famille, le mariage, la parentalité ; quelle instruction, quel système éducatif, pour faire quel citoyen, quel être humain ; quelles valeurs promouvoir, quelle valorisation des fonctions et missions sociales ?

C’est la réponse à la troisième question qui conditionne la réponse aux cinq autres. C’est si vrai que la plupart des dirigeants du monde font tout ce qu’ils peuvent pour empêcher la liberté des nations : que ce soit leur souveraineté internationale, ou que ce soit leur démocratie interne. Ces deux libertés étant naturellement intimement liées car de même nature. »


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