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De l'effondrement

Sur notre déréliction civilisationnelle et sur les manifestations du délire contemporain.
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Re: De l'effondrement

5 Avril 2019, 08:03 Message

Alors là...
Collectorissime !

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Re: De l'effondrement

14 Mai 2019, 08:30 Message

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C'est incontestable.

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Re: De l'effondrement

16 Mai 2019, 09:31 Message

Édition de 1987 vs celle de 2016.
Et encore, "Martine", c'est pour le très haut du panier...


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Re: De l'effondrement

2 Juillet 2019, 08:25 Message

“La France ne sait plus construire de centrales nucléaires”


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Re: De l'effondrement

7 Juillet 2019, 08:01 Message

Pour une fois assez d'accord avec le billet du jour de Philippe Bilger.
Ce dernier est assez fin pour être très inquiet, malgré son irrépressible tropisme pour l'eau tiède.

« Pour le général de Villiers, plusieurs causes expliquent ce délitement, mais il cible d’abord, en même temps qu’une "mondialisation de l’indifférence", l’éloignement du pouvoir conduisant le citoyen à se sentir totalement perdu.

Le pouvoir, sur lequel il a cette phrase définitive : "On manque de chefs parce qu’on manque de vision."

Pensée qu’on pourrait, d’ailleurs, retourner et qui me semblerait plus juste encore : "On manque de vision parce qu’on manque de chefs."

C’est, en effet, la pauvreté la plus criante de notre monde, et de la France en particulier, que cette absence de vrais chefs. En tout cas de personnalités qu’on imaginerait bien en chefs. Avec ce mélange de courage et d’intelligence qui, dans un univers désordonné favorisant d’incessantes poussées contre la normalité et la rectitude démocratiques, permettrait précisément d’avoir une vision. Cette dernière étant un regard qu’on porte sur l’au-delà de la quotidienneté politicienne, nationale ou internationale. Une lumière qu’on projette sur le temps d’après.

Cela exige de la hauteur sans arrogance, de la proximité sans familiarité, de la morale sans affectation, de l’ambition pour son pays et pas d’abord pour soi.

Certes, le général de Villiers campe sur la même ligne mais une redite n’est pas grave si elle enfonce dans la tête d’un pays ce qui lui manque. Ce dont il aurait besoin. »

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Re: De l'effondrement

25 Juillet 2019, 08:49 Message

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Re: De l'effondrement

26 Juillet 2019, 08:40 Message

Bien vu, pas mal dit.

J'ai toujours pensé que l'électro, comble de l'abrutissement néantisant, exprimait parfaitement par ses manifestations le cul de sac machinal de la métaphysique occidentale en son interminable agonie, et la déréliction de l'époque. En un sens, ses misérables captifs sont les plus dégénérés qui soient et pourtant les échotiers en mode archi terminal d'une haute culture — qui demeure, indemne.

L’electro et le chant grégorien, l’ubac et l’adret de l’Occident (Bd Voltaire)

« Ici, dans la musique techno, on privilégie les moyens techniques de l’âge postindustriel ; là, c’est la voix, a cappella, qui est vecteur de l’âme. Ici, on se fond dans une foule pour s’abîmer dans un vide saturé de sons agressifs ; là, on porte à l’unisson fraternel un texte sacré qui, par les silences qui le ponctuent, nourrit le silence intérieur de la méditation. Ici, on se réclame du devoir de plaisir aigu, d’un hédonisme matérialiste, sensoriel, qui nimbe le monde d’une glu prégnante ; là, on recherche l’ascèse, le dépouillement, l’oubli de la forme et des conditionnements existentiels pour retourner à l’origine, à cette étincelle divine que chacun porte en soi. Ici, on s’enferme dans un pathos tribal, une sensiblerie érotisée, dont le narcissisme ne renvoie qu’à un ego éclaté ; là, par le latin, langue de l’Empire d’Occident, par l’œuvre liturgique, en harmonie avec l’assemblée monastique, où chacun est une personne unie au groupe, on s’ouvre à la charité, à l’universalité d’une humanité régénérée par l’appel du Divin. Ici, on bascule de plain-pied dans le domaine vorace de la consommation, de vêtements de marque – autant de codes d’appartenances – , de drogues, d’appareils de toutes sortes, d’inscriptions dans la chair ; là, on se vêt d’une bure, on s’annihile, on cultive humblement la pauvreté christique pour offrir l’intégralité de son être à la Beauté sacrée. Ici, on finit la nuit dans la fatigue propres aux bêtes épuisées ; là, on a le cœur empli d’une joie virile et fraternelle. »

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Re: De l'effondrement

26 Juillet 2019, 13:48 Message

L'ennuyeux de ce type de pensée dichotomale fonçant dans la métaphore filée est qu'elle fait fi de l'ambiguïté pour ne pas dire de la complexité du réel. C'est une vieille, et très belle, tradition française qui tente de refondre (pas "refonder", bien refondre) poétique et politique. Victor Hugo en reste le maître incontesté. Cette pratique de la pensée, qui exhalte le goût de "se tromper en beauté", incontestablement séduisante pour l'esprit, fourvoie depuis fort longtemps (tout le 20e siècle en France) la droite (à commencer par Maurras), après avoir fourvoyé la gauche au siècle de Hugo. Elle participe au jeu dialectique de l'échange d'argumentaires et de positions entre ces deux bords imaginaires de l'histoire politique en France.

Un exemple pris à ce texte : "Divin. Ici, on bascule de plain-pied dans le domaine vorace de la consommation, de vêtements de marque – autant de codes d’appartenances – , de drogues, d’appareils de toutes sortes, d’inscriptions dans la chair"

La dichotomie qu'on nous inflige ici libéralement, file droit dans le mur : d'abord parce que la musique techno (que je ne défends pas, que j'exècre pour tout dire), en tant que mode d'expression ou de communion se passe volontiers de "consommation de vêtements de marque", un anneau dans le nez et des hardes sans valeur lui suffisent amplement; "autant de codes d'appartenances" : comme si l'habit qui, comme le veut le dicton, ne fait pas le moine, était sans importance chez les chantres du chant gréorien ! de "drogues" (passez-moi la bénédictine, ça s'arrose); "d'appareils de toutes sortes" (l'auteur de ces lignes a-t-il jamais visité une sacristie ?); "d'inscriptions dans la chair" (a-t-il jamais entendu parler de ce qu'est un cilice chez les religieux ?)

Bref, la fureur dichotomale emporte notre petit auteur dans le comique involontaire où toutes ses affirmations peuvent être retournées comme un gant sans perdre ni gagner la moindre valeur puisque l'original n'en n'a aucune.
Dernière édition par Francis Marche le 26 Juillet 2019, 18:48, édité 1 fois.

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Re: De l'effondrement

26 Juillet 2019, 15:23 Message

Bien vu, pas mal dit... ;)

Procédé littéraire, en effet, et c'est logique : l'auteur est professeur de Lettres.
Vous vous saisissez bien évidemment, cher Francis, de la comparaison la plus hasardée ; il faut dire que pour patauger dans les champs qui servent de lieux de "concert" improvisés... au reste, il y a bien fonctionnement "tribal", et besoin de s'afficher comme sectateurs d'un nihil brut de fonderie.
D'autre part, bien des choses se tiennent dans l'ensemble du texte — et au moins autant, certes, se peuvent discuter, c'est la loi du genre.

Cela dit, il m'a surtout été, ce texte, l'occasion d'un commentaire — pas outrageusement dialectique... — sur le phénomène.

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Re: De l'effondrement

26 Juillet 2019, 19:09 Message

Le paganisme (la techno, pour faire court), et la spiritualité chrétienne (le chant grégorien, pour faire encore plus court) s'articulent sur des cultes dont les apparâts, que cela plaise ou non, sont à peu près symétriques. La gauche en joue (hugoliennement, on l'a vue récemment, chez ARTE ou Télérama, nous faire un beau et fort comique parallèle entre les disputes de deux rappeurs miliardaires, racailleux à souhait, d'une part, et Leonardo Da Vinci en brouille avec Michelange), notre droite littéraire s'amuse pareillement et symétriquement à la gauche dans ce type d'article.

La droite est bête, en France, de ce talent littéraire. Un Henri de Lesquen, par exemple, excelle à cela en mélangeant tout et en posant des lignes de fuite imaginaires sur le devenir de nos sociétés. Alain de Benoist, esprit talentueux et fin, le dépasse encore. Devenir pessismiste chez cette droite absurde, et devenir optimiste chez cette gauche non moins absurde qui voit dans le dernier rappeur à la mode, cuir et lunettes noires, bavassant son monosyllabisme, le Michelange moderne.

Le jeu politique est un reflet de ce jeu littéraire ou tout le monde, dès la deuxième ligne, part en vrille, fantasme, chute dans le néant de la pensée où il s'emballe comme un moteur débrayé, sur absolument tout, de la musique aux biotechnologies, du réchauffement climatique à la déraison des nations face aux périls de l'inculture et de la submersion migratoire.

Il faudrait revenir à une pensée froide (c'est très difficile, et je m'en sais personnellement à peu près incapable) où l'on ne fauterait pas dans le discours poético-politique qui aligne gaiement le smartphone, la GPA, la PMA pour toutes, la musique de sauvage qui nous envahit et le surendettement des nations. Ces phénomènes peuvent être liés, peuvent entretenir des rapports et même des relations de cause à effet, mais ils peuvent aussi, émanant chacun d'un fil historique propre et parfois quasi indépendant par la source et le cheminement du fil des autres, ne présenter aucun trait de parenté autre qu'illusoire, n'avoir aucun rapport. Un exemple, très énorme : il n'y a strictement aucun lien de cause à effet, de parenté fatale et ontologique, entre la mondialisation et la submersion migratoire. Ces deux phénomènes se rattachent à des fils historiques libres l'un de l'autre; la contre-épreuve de cela, qui devrait nous débarrasser de nos illusions, de nos lectures grossières du réel, serait donnée par les pays d'Asie orientale (Corée, Chine, Japon, etc.) plongés depuis quatre décennies à présent (cas du Japon) dans la mondialisation économique et le libre échange sans rien n'avoir cédé sur le plan migratoire. Or un pan gigantesque de notre droite (et Zemmour n'y échappe pas) est encore piégé dans cette illusion d'un rapport entre les deux.

L'intelligence est dangereuse en ce sens que dès que l'on est un peu intelligent, on l'est de trop !. L'intellection sans la discrimination froide, la pratique cartésienne primitive du doute de la raison (j'entends, du doute qui prend la raison pour objet), l'intellection n'est que surchauffe poétique de ses illusions.

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Re: De l'effondrement

27 Juillet 2019, 08:52 Message

L'intelligence ? Le problème, comme de juste notablement français, c'est qu'elle a peu à voir avec la littérature, si du moins on l'entend (la première)... littéralement. A mon tour de relever votre exemple, qui ne me semble pas pertinent : je ne crois pas qu'un Zemmour, ou d'autres qui partagent une certaine optique foncièrement critique sur "ce qui survient", relient de cause à effet mondialisation et immigration submersive, comme vous l'affirmez. Qu'il y ait un lien entre les deux phénomènes, c'est l'évidence et chacun le voit, mais il est indirect : il tient essentiellement au règne totalisant du dogme remplaciste, conséquence logique de l'uniformisation récapitulatrice de l'état terminal de la "métaphysique" occidentale — que promeut la technique, son aboutissement pratique, sa Critique de la raison pratique en acte.

L'immigration submersive a des causes plus immédiates et concrètes, qu'on a le regret de devoir lister ainsi : avortement généralisé, pilule, travail des femmes, qui tiennent à devenir un homme comme les autres tandis que ces derniers s'évertuent à n'être plus rien de masculin, individualisme consumériste pour tous, spectacularisation de l'existence quasi totale où les êtres sont désormais les ombres même de la caverne, etc. On évitera de développer plus, tant la chose est patente, et serait ennuyeuse à décliner une fois encore. Autrement dit : la nature, le vide, et ainsi de suite (ou bien : le commerce, la clientèle, ou encore : les flux, les éléments liquides — etc. derechef). Soit : la raison première de ce suicide est notre effondrement démographique, brutal, inédit, parfaitement prévisible, calculable, mais impensé, et même pire : encouragé sans esprit de suite en s'appuyant sur le maître de ces phénomènes : le nihil, et sa tangente infinie. Je crois que les gestionnaires de ces dernières décennies se contentent d'un pis-aller qui doit leur sembler inévitable, et qu'il l'est, en effet, dès lors que l'on a pas repensé de fond en comble qui nous étions, et ce que nous avions à être.

Le Japon, un modèle ? certes : d'une impasse. Le temps des robots palliant le manque de petit personnel et assurant une prospérité permettant au petit nombre des survivants de se croire au jardin d'Eden ne viendra pas à temps — il ne viendra tout simplement pas, du reste, car s'il est une illusion, c'est bien celle-là, n'en déplaise à nos libéraux adorateurs du "progrès" et autres rêveurs ! Et n'en déplaise à ceux qui aurait bien vu le problème résolu ainsi, confortant leur confortable déréliction, sur fond d'humanité réduite aux "meilleurs d'entre nous".

Vous connaissez mon antienne : qu'il n'y a pas de solution technique au problème de la technique...

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Re: De l'effondrement

28 Juillet 2019, 13:32 Message

Francis Marche a écrit:L'ennuyeux de ce type de pensée dichotomale fonçant dans la métaphore filée est qu'elle fait fi de l'ambiguïté pour ne pas dire de la complexité du réel.


Je partage cet avis. C’est bien trop binaire, je dirais même caricatural.

C’est comme mettre en opposition le festival du HellFest aux « bons cathos », qui dans l’esprit de certains résonne comme une lutte entre Satanisme et forces célestes.

Je passerai sur les détails sémantiques, l’électro étant devenu un terme fourre-tout, quasi synonyme de la techno, alors que l’électro est un sous-genre bien particulier de la musique, dite, électronique, ce courant embrassant une multitude de genres et de nuances, bien loin de se restreindre au seul rythme du « boum-boum » parodique.

Non, je ne me fais pas l’apôtre des musiques électroniques, encore moins de l’image, l’idéologie qui en émanent depuis quelques années, mais je souhaite simplement rappeler d’éviter de tomber dans le piège toujours bien trop séduisant de tout réduire à un manichéisme primaire : la techno ou le chant grégorien, être catho ou écouter du métal etc.

On peut, selon la circonstance, passer d’un titre à l’autre, et relativiser la chose, conserver à l’esprit cette échelle de valeur, comme l’on dégusterait tel grand vin aux grandes occasions, tel autre pour le quotidien, écouter différentes musiques, sachant pertinemment qu’elles font appellent à moins de génie que certaines symphonies du Grand Siècle.

Pour finir, pas d’intelligence dans la littérature ?
"Où le secret commence, commence aussi le pouvoir réel" H. Arendt, Le système totalitaire

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Re: De l'effondrement

28 Juillet 2019, 20:10 Message

Jonathan a écrit:Pour finir, pas d’intelligence dans la littérature ?

Mon cher Jonathan, c'est un peu caricatural, si je puis me permettre...

J'ai dit que la littérature avait peu à voir (et non pas rien) avec l'intelligence prise strictement dans son sens premier (intellegere), et pas en son sens le plus large. Je reconnais toutefois que c'est un peu rude, et il est vrai que j'ai toujours eu la dent dure pour ce reste qui "n'est que littérature"... lequel, décidément, m'ennuie. Mais enfin, entre la faculté de comprendre et la vérité du comédien ou du roman, il y a comme un écart, et ce n'est pas le bon à mes yeux — du reste, même un René Girard dans son opus initial développe son analyse de la "vérité romanesque" sur un fond aussi peu littéraire qu'il est possible.

Laissons cela, ce n'est pas le point important.
Plus ennuyeux à mes yeux est que le contrepied d'une opinion un peu artificieuse mais non dénuée d'intérêt vous mène tout droit à un relativisme bien en phase avec son époque. Couper les cheveux en 25 pour distinguer courants et sous-courants d'un prétendu domaine de la "musique" (l'électro, ou la techno, ou tout ce que vous voudrez de cet acabit), tel un fan des articles de Philippe Manoeuvre dans la revue Rock'Roll, grand "historien" devant l’Éternel de ce genre de choses, et comparer l'écoute de ce néant bruyant d'un racoleur aussi misérable que primaire (pour ne pas dire pis...) avec la dégustation d'une piquette, dans les circonstances idoines, entre deux Château-Laffite : plus qu'une erreur, c'est une faute, à mon sens (de plus : les "symphonies du Grand Siècle" : je me perds en conjectures...).

Une faute, oui vraiment, et peut-être même LA faute, aujourd'hui. Je ne dispose que de trop peu de temps ce soir pour le justifier— il y faudrait quelques solides paragraphes. Que dis-je ! un Parti-pris vidéo de la belle époque...

Chacun sait que ce genre de phrase de ma part ne signifie jamais que je me défile ; simplement que le débat est ouvert et qu'il peut prendre son temps, le cas échéant.

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Re: De l'effondrement

28 Juillet 2019, 20:33 Message

Nulle part dans mon intervention vous verrez que je donne le Japon pour modèle. Ce que j'aimerais donner pour modèle, ou seulement illustration de mes objections: l'obligation scientiste vieux jeu de contre-épreuve, celle qui consiste, avant de tirer des conclusions hâtives sur des liens supposés entre des phénomènes indépendants les uns des autres (mais fruit chacun de sa propre infra-histoire, son fil de développement singulier), que l'on s'oblige à décomposer ces phénomènes, délier leurs composantes pour redistribuer ces dernières dans des contextes autres afin de voir si naissent de ces recompositions les mêmes monstres.

Donc, pardon d'insister mais l'enjeu est de taille: si la mondialisation économique, celle des échanges mondialisés de biens et de services (y compris de capitaux) était consubstantiellement ou ontologiquement liée à l'invasion, la déferlante, l'entropie migratoire, nous verrions cette dernière se manifester au Japon, comme en Corée, à Taïwan et bien sûr aujourd'hui en Chine.

De cette contre-épreuve nous devons tirer l'enseignement que décidément, cette association mondialisation-migrations sauvages n'est qu'un leurre, une illusion. et que celles-ci sont le fruit non point d'une mécanique ou d'une dynamique économique et culturelle planétaire mais bien de choix politiques localisés (en Occident, particulièrement dans l'Europe de l'UE).

Il y a donc bien, à la racine de l'invasion migratoire, libre choix, stratagème, et calcul géo-politique de gouvernants occidentaux oeuvrant en collusion. Le pacte de Marrakech n'est en rien forcé par les lois de l'économie mondialisée, mais concocté par des cercles volontaristes, emportés dans un programme anthropologique auquel les impératifs économiques de la mondialisation sont étrangers.

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Re: De l'effondrement

28 Juillet 2019, 22:14 Message

Jonathan a écrit:On peut, selon la circonstance, passer d’un titre à l’autre, et relativiser la chose, conserver à l’esprit cette échelle de valeur, comme l’on dégusterait tel grand vin aux grandes occasions, tel autre pour le quotidien, écouter différentes musiques, sachant pertinemment qu’elles font appellent à moins de génie que certaines symphonies du Grand Siècle.


Cher Jonathan,

je vous suis pour le vin. En revanche, je ne suis pas certaine que l'on puisse parler d'échelle de valeurs pour tenter de faire la différence entre la musique techno (électro machin chouette et tout et tout) et la musique communément dite "classique": du chant Grégorien à Boulez, pour aller très très vite.)

Un lien important existait réellement (encore assez récemment - mettons avant Johnny - :lol: ) entre une certaine musique populaire (autrement dit traditionnelle) et la musique savante. Il y a régulièrement eu de jolies passerelles entre ces deux-là, au cours de l'histoire de la musique. Et l'une n'allait en réalité pas sans l'autre.

Mais il y a une scission franche depuis que la musique n'est plus organique. Vous aurez sûrement remarqué la quasi disparition de la musique traditionnelle. (Hormis pour le folklore, donc les touristes. Et quelques irréductibles qui tentent de sauvegarder quelque chose coûte que coûte...) La musique savante quant à elle...se trouve en extrême difficulté depuis déjà quelques décennies.

Le glissement opéré entre la musique anciennement populaire et la "pop" au siècle dernier, et avec elle l'apparition d'une multitude de sous-groupes de musiques techniquo-boum-boum, masque en réalité un saut dans "autre chose", qui n'a plus rien de commun avec la Musique, sauf le fait de produire des sons... Ce qui ne saurait bien entendu suffire à faire un lien entre les deux.

En un mot comme en cent la chose est en réalité très simple à distinguer : si, sur scène, les musiciens ont besoin d'électricité pour jouer leur concert (je ne parle évidemment pas de l'éclairage, mais vous me suivez), alors vous n'êtes plus dans le domaine de la musique, mais de la techno, bref, de la technique.

Je réalise que cela n'est pas sans rappeler une certaine antienne chère à Didier Bourjon. ;)

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Re: De l'effondrement

29 Juillet 2019, 21:45 Message

C’est toujours un plaisir de vous lire, et nous sommes immanquablement d’accord sur la décadence et l’empreinte puissante de la technique recouvrant peu à peu tous les replis de notre quotidien. C’est pour cette raison que je me suis contenté de viser précisément l’esprit de l’article cité plus haut.

Je persiste à croire que certains styles musicaux englobés dans le champ des musiques électroniques ne mènent pas systématiquement leurs auditeurs vers la perdition intellectuelle et morale - ça me semble une évidence, mais il est de votre droit le plus strict de penser le contraire.

Concernant la littérature, longtemps abonné exclusivement aux essais…avide de connaissances, le parcours d’un roman, entre deux pépites me donnant à penser, me semblait un long désert aussi chronophage qu’ennuyant; mais, mon avis est beaucoup plus nuancé depuis quelques temps ;)
"Où le secret commence, commence aussi le pouvoir réel" H. Arendt, Le système totalitaire

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Re: De l'effondrement

30 Juillet 2019, 09:14 Message

Jonathan a écrit:mon avis est beaucoup plus nuancé depuis quelques temps


Et c'est tant mieux ! On ne juge que ce que l'on a suffisamment pénétré. Et comme il n'y pas de règle sans exceptions, je dois dire également que mes exceptions en la matière sont nombreuses.

Jonathan a écrit:certains styles musicaux englobés dans le champ des musiques électroniques ne mènent pas systématiquement leurs auditeurs vers la perdition intellectuelle et morale - ça me semble une évidence,


Là, en revanche, mon désaccord total, et ce n'est pas qu'une "question d'opinion", comme on parle des "goûts et des couleurs" ; je persiste, pour ma part également, à penser que ce point est tout sauf secondaire ; il est même au cœur de ce qui s'est le plus effondré parmi nous, entraînant tout le reste : l'éducation, à commencer par celle du... goût, et mieux : de l'âme.

Mais pour cela, il faudrait que je m'explique, en développant une position aussi inactuelle que possible, aussi à contre-courant qu'il est imaginable, et partant très nécessaire (cf. Pascal, et le courant qui emporte tous et chacun sans que cela leur soit sensible, et que seul voit celui qui s'en est extrait...).

Je le ferai sans doute une fois ou l'autre, car cela me semble vraiment capital, quoique, hélas, "inaudible" (pour causer comme le veut le moment présent), jusque dans les milieux les moins perméables à la modernante modernité, cette farce lugubre. "Vivre avec son temps" a presque toujours relevé de l'oxymore.

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Re: De l'effondrement

1 Août 2019, 17:06 Message

D'un romancier...
Et d'un amoureux de la langue, notre unique et véritable patrie.

Ce qu'on en dit et lit là est remarquable ; à vérifier à la lecture complète de l'ouvrage.

Pierre Mari regarde la France tomber
"En pays défait", superbe essai sur un monde fini
(Causeur)

« "La croyance dominante est inhabitable, l’incroyance personnelle est sans feu ni lieu. La plupart des hommes de ce temps sont ainsi rejetés d’une impossibilité à une autre : ils ne peuvent pas plus se fixer dans le credo général qu’ils ne parviennent à fixer l’expression de leur mécréance."

(...)

Si cette "lettre ouverte" touche au cœur le lecteur, c’est que le chagrin avoué de l’auteur s’inscrit aussi dans un paysage culturel où la voix des uns répond encore à celle des autres, et qu’à travers colères et dégoûts transparaît malgré tout ce que Rilke nommait "la mélodie des choses" ; une mélodie infiniment plus profonde et durable que le brouhaha qu’on nous impose car y redevient perceptible "le fond palpitant, enchevêtré et désarmé du langage". Une poétique reste ainsi à l’œuvre derrière l’insanité d’un monde qui se défait mais dont la chaîne, tendue à craquer, laisse parfois entrevoir le maillage d’une trame intemporelle et indéfectible faite de "discrétion préservatrice" et de "maturation solitaire". Haletant mais sobre, ce texte doit être lu d’une traite afin de n’en pas morceler la coulée ni laisser retomber l’élan. Et puisque l’auteur, renonçant à spéculer sur "une révolte prochaine des accablés", dit rêver de voir à nouveau chaque être humain « souffler sur ses propres braises », sachons-lui gré d’avoir su préserver l’étincelle permettant à chaque existence de redevenir si elle le veut un "foyer de sérieux", fût-il sans éclat apparent. »

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